La ferme verticale produit 25 kg de fraises par mètre carré par saison et approvisionne, à l’année, une dizaine de commerces de Lanaudière. Photo : Myriam Laplante El Haïli/TCN
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantL’ASSOMPTION – « Fraise, ferme verticale et Japon. » Ces trois mots-clés tapés, en japonais, dans un moteur de recherche ont ouvert d’innombrables possibilités au producteur Olivier Paulus. Aujourd’hui, sa ferme verticale de L’Assomption, dans Lanaudière, serait la première ferme commerciale en Amérique du Nord où ce n’est pas la main-d’œuvre qui se déplace pour cueillir les fraises, mais bien les fraises qui viennent aux cueilleurs.

Outre l’odeur de fraises, une imposante structure métallique sur deux étages nous accueille lorsque l’on entre dans la section de production du bâtiment commercial reconverti. Olivier Paulus, un ingénieur arrivé de Belgique en 2024, raconte que ses recherches en japonais sur le Web – car « les fermes verticales sont originaires du Japon » – l’ont notamment mené à des études nipponnes sur la production de fraises verticales et à un projet pilote de production en serre de fraises amovibles dans la campagne japonaise.
Grandement inspiré, celui qui a produit verticalement des fines herbes en pot en Belgique avant d’emménager au Québec a contacté des fournisseurs aux Pays-Bas pour voir s’ils étaient capables de fabriquer, à échelle commerciale, des tables de production munies de gouttières amovibles. « Ils m’ont dit que j’étais vraiment fou », raconte le copropriétaire de Vertiberry. « On a intégré beaucoup de pièces et des solutions qui sont de nous en se disant que ça allait fonctionner comme producteurs », dit-il, en s’appuyant sur la structure qui produit, aujourd’hui, 25 kg de fraises par mètre carré par saison et approvisionne, à l’année, une dizaine de commerces de Lanaudière.
Pour expliquer le fonctionnement du système de production qu’il a mis au point, l’homme se place devant une tablette grillagée destinée à accueillir les boîtes de fraises à remplir. Car sur chacun des étages de la structure, reliés entre eux par un grand escalier de métal, la surface de production est scindée en deux rangées, chacune composée de gouttières contenant une importante quantité de plants. La station de récolte devant laquelle est positionné le producteur est située en amont de la première rangée, et une autre est située en aval de l’autre. Au moment de la récolte, le système automatisé pousse la gouttière la plus proche sur un rail en direction des cueilleurs, puis la pousse lentement vers la gauche de sorte que le cueilleur ait le temps de récolter les fraises pendant le déplacement. La table partiellement récoltée se retrouve alors dans la deuxième rangée, pour qu’un nouveau cueilleur puisse en récolter l’autre côté. « C’est vraiment un mouvement circulaire », mentionne Olivier Paulus, qui a également profité de son environnement de production contrôlé pour densifier la production à 25 plants par mètre carré par étage. La récolte, effectuée trois fois par semaine, ne nécessite l’usage que de deux employés.
Objectif : robotiser
Pour quelle raison les Japonais ont-ils mis au point un tel système de fraises en mouvement? Pour permettre à la population vieillissante de pouvoir récolter tout en étant assis sur une chaise, explique le producteur. Mais l’ingénieur européen y a plutôt vu une occasion de robotiser la récolte. « Avec les robots, tu as deux problèmes : déplacer le robot et faire la récolte. Donc si on peut déjà en éliminer un, on peut se focaliser sur la récolte automatisée », dit-il.
M. Paulus précise que le coût de la main-d’œuvre est l’un des seuls postes de dépenses qui ne sont pas optimisés dans son domaine de production, que ce soit en champs, en serre ou verticalement. « C’est ça qui manque pour devenir plus concurrentiel [dans les épiceries] envers les importations [de fraises] », indique le producteur en expliquant que l’objectif ne sera pas de diminuer les coûts de production en réduisant la paie des employés, mais plutôt d’intégrer des solutions efficaces, comme les robots, dans l’entreprise.
En contact avec des fabricants de robots, Olivier Paulus estime d’ailleurs que la technologie de récolte automatisée de fraises pourrait être disponible d’ici deux ou trois ans. « On est en train de voir si on peut commencer à faire un projet pilote nous-mêmes avec quelques fournisseurs de robots, juste pour voir c’est quoi, le potentiel. Et on veut faire ça avec d’autres producteurs aussi. Donc ici, dans la région, est-ce qu’on peut partager un robot avec un producteur en champ juste pour voir ce qui se passe et on peut partager le feedback avec les fournisseurs, avec le marché? » lance-t-il en indiquant que ça permettrait d’optimiser cette coûteuse technologie tout en réduisant les coûts de production et en garantissant la rentabilité de l’entreprise. Car le prix de la fraise est défini par le marché, rappelle-t-il.
Deuxième site de production
Le deuxième site que l’entrepreneur Olivier Paulus prévoit construire en 2027 à Repentigny ne répliquera toutefois pas le système de production inspiré du Japon. Les cueilleurs se déplaceront pour la récolte dans la nouvelle ferme verticale commerciale, qui sera 15 fois plus grande que le site actuel et qui approvisionnera les grands distributeurs à travers la province. « Le focus sera sur le rendement. On a assez de données, de chiffres, et maintenant, on doit être honnêtes avec nous-mêmes. Ce système fonctionne pour vrai, mais on a besoin de volume, donc on commence avec cela, juste pour ne pas prendre de risques à cette échelle-là. Ce n’est pas nécessaire », dit-il.
Notre objectif maintenant, c’est vraiment de réduire, réduire, réduire le risque pour être sûrs que le marché voit que c’est vraiment réel, la production en hiver, en bâtiment ou en serre.
Aussi, pour solidifier la filière québécoise de production de fraises intérieure, et pour regagner la confiance des distributeurs échaudés par les difficultés financières d’entreprises prometteuses, comme Ferme d’Hiver, Vertiberry accroîtra prochainement sa production et la vente de plants mères de fraisiers à des producteurs du Québec, de l’Ontario et de la Colombie-Britannique.
Une fois que la rentabilité de l’entreprise sera éprouvée, le nouveau bâtiment commercial intégrera-t-il la technologie d’inspiration japonaise? « Pas forcément. On ne sait pas encore », reconnaît Olivier Paulus, qui évaluera alors lequel des deux systèmes sera le plus rentable.