Acériculture 29 mai 2026

Sirop adultéré : les PPAQ disent avoir fait la job des instances gouvernementales 

LÉVIS – L’avocat des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), Me Mathieu Turcotte, est venu expliquer en détail l’opération d’urgence qu’ont menée les PPAQ dans le dossier du sirop adultéré mis en marché par l’acériculteur Steve Bourdeau. 

« Je vous dirais que jusqu’à présent, on a pas mal fait la job des instances gouvernementales », a souligné l’avocat. Ce sont les PPAQ qui ont entrepris les démarches auprès de la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec pour soumettre le producteur fautif à une série d’engagements, à laquelle il a souscrit, c’est-à-dire de rapatrier à ses frais le sirop pur et adultéré qu’il a produit. Il a également dû livrer le tout, à ses frais, aux installations des PPAQ, a énuméré Me Turcotte aux délégués présents à l’assemblée générale annuelle des PPAQ, le 26 mai, à Lévis. « Cette démarche-là a permis de rapatrier l’ensemble du sirop que nous avions inventorié chez le producteur, lors de la visite du 16 avril. Je ne veux pas me tromper dans les chiffres, mais il y a eu des livraisons jusqu’à vendredi dernier […], l’équivalent de 46 totes de sirop d’érable, qui ont été livrés [à l’entrepôt des PPAQ], et 142 barils », spécifie l’avocat. 

Il a également mentionné que le contrevenant serait en train de rapatrier des conserves de son sirop d’un peu partout à travers le Québec. « Il y aurait une cinquantaine de palettes de cannes de sirop d’érable, très probablement adultérées, encore dans différents points de vente.  Évidemment, la médiatisation du dossier a fait en sorte que c’est radioactif. Il n’y a personne qui est intéressé à mettre ça en marché pour l’instant. »

Pourquoi le sirop adultéré du contrevenant a-t-il été livré aux installations des PPAQ? « Pour la simple et bonne raison qu’on veut sécuriser les marchés, faire en sorte de pouvoir garantir que ce mauvais souvenir est derrière nous et qu’il n’y a plus de sirop d’érable adultéré en circulation […]  et faire en sorte que le jour où le MAPAQ [ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec] ou l’ACIA [l’Agence canadienne d’inspection des aliments] vont venir faire ce qu’ils devraient faire, c’est-à-dire prendre des échantillons pour vérifier que ce produit-là est propre ou non à la consommation humaine, qu’ils puissent le faire plus facilement », a-t-il ajouté. Les PPAQ ne commercialiseront évidemment pas ce sirop, et personne ne sait pour l’instant ce qu’il en adviendra.

Une résolution 

Plusieurs acériculteurs dans la salle se disaient offusqués que leur travail soit terni par les pratiques malhonnêtes d’un seul individu. Afin de protéger le nom et l’image du sirop d’érable pur, les délégués ont voté une résolution demandant entre autres aux PPAQ d’étudier la possibilité de modifier la réglementation, afin de pouvoir inspecter le sirop vendu par un producteur acéricole aux épiceries et autres intermédiaires. Ils veulent aussi que le MAPAQ ainsi que l’ACIA renforcent leur système d’inspection du sirop d’érable vendu au détail. 

Au cours des discussions, un intervenant a d’ailleurs déploré que le MAPAQ ait été informé, l’an dernier, de la présence de sirop adultéré, sans qu’il fasse analyser ledit sirop par un laboratoire ayant la compétence de le faire. Questionné par La Terre, le MAPAQ a répondu, par courriel, qu’il ne pouvait commenter de dossier particulier, « notamment pour ne pas compromettre d’éventuelles suites administratives ou judiciaires, et ainsi garantir la robustesse de la preuve ».