Shany et Meggie Bernier, la relève de la Ferme Berni, ont fait le choix d’une structure en bois pour la nouvelle étable de l’exploitation. Photos : Pierre Saint-Yves
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S'abonner maintenantLorsque la famille Bernier, de Sainte-Élizabeth-de-Warwick, dans le Centre-du-Québec, a décidé de construire une nouvelle étable pour regrouper tous ses animaux sous un même toit, il était clair, dès le départ, que la structure du bâtiment allait intégrer une grande proportion de bois.
« On a regardé d’autres options, mais on a vite opté pour une structure en bois lamellé », indique Meggie Bernier, copropriétaire de l’exploitation avec son frère Shany et leur père et leur oncle, Germain et Jacques. « Le bois nous intéressait. On aimait le look et, surtout, c’est du bois qui provenait du Québec. On aimait l’idée d’encourager une industrie d’ici. »
C’est avec cette détermination que la famille a fait construire la plus vaste étable en structure de bois au Québec, avec une superficie de 7 200 mètres carrés, un record, la normale étant de 4 800 mètres. Les nouvelles installations ont été inaugurées en 2023 avec une activité de type portes ouvertes qui a attiré plus de 2 000 personnes.

Pour les propriétaires, il était plus que temps de réaliser ce projet de construction. « On était au maximum de notre capacité partout : logements pour la relève, pour les vaches taries, pour la préparation au vêlage, tout était dû. »
Les propriétaires ont donc rapidement réfléchi à leurs besoins et à ce qu’ils voulaient réaliser comme projet.
« On était déjà en stabulation libre, dit Meggie Bernier. On savait ce qu’on voulait, ce qui allait bien et ce qu’il fallait améliorer pour être plus efficaces. Ça nous a permis d’examiner nos méthodes de travail pour les améliorer. On voulait tout simplifier pour qu’au besoin, une seule personne arrive à faire tout le travail. »
Et les jeunes éleveurs ne se sont pas contentés de réfléchir à la question, ils sont allés consulter sur le terrain.
On est allés voir des producteurs qui ont réalisé des projets. On a visité des installations, on a posé des questions pour profiter de l’expérience des autres. Il y a des producteurs qui ont de bonnes idées, qui ont de l’expérience et qui acceptent de la partager. On en a profité.
Du bois d’ici
La charpente a été construite avec du bois du Québec par l’entreprise Art Massif, de Saint-Jean-Port-Joli, spécialisée dans les structures de bois.
« Des projets de l’ampleur de l’étable de la Ferme Berni, avec des structures en bois lamellé-collé, il n’y en a pas beaucoup, mais on sent un intérêt grandissant des producteurs pour les structures de bois, affirme Dave Savard, directeur des ventes et du marketing chez Art Massif. Ce qu’il faut, c’est faire en sorte de réduire les coûts, par exemple en réalisant des projets qui sont répétitifs. Ça permet de réduire le temps d’assemblage, et donc de diminuer les coûts. »
Le bâtiment abrite 250 vaches en lactation, mais pourrait accueillir plus de 450 animaux. Les stalles sont sur litière de sable, comme dans l’ancienne étable. Une étable froide pour les veaux, jusqu’à trois mois, a aussi été construite à côté de la nouvelle étable des vaches en lactation. L’ancienne étable comptait cinq robots. La nouvelle en a six.

Les structures métalliques ne sont pas totalement absentes puisque les imposantes charpentes en bois sont supportées au centre du bâtiment par deux rangées de piliers d’acier. Une porte coupe-feu a été installée entre l’étable et celle construite en charpente de bois régulière.
D’ailleurs, l’utilisation du bois à une telle échelle dans un bâtiment agricole a nécessité une étude de combustion à laquelle a participé la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).
Économie et aide financière
Si l’option de la structure de bois apparaissait au départ comme un choix plus onéreux, les propriétaires ont vite constaté la possibilité de réaliser d’importantes économies, notamment dans le temps consacré à la construction, selon Meggie Bernier.
« L’installation des panneaux préfabriqués et déjà isolés a été beaucoup plus rapide. On a donc réalisé des économies au niveau de la main-d’œuvre. »
De plus, pour réaliser leur audacieux projet de 8,6 M$, les propriétaires ont obtenu deux subventions du Programme d’innovation en construction bois (PICB) du ministère des Ressources naturelles et des Forêts, soit 203 250 $ pour la conception du bâtiment et 1 M$ pour sa construction. Le PICB a pour but d’accroître l’utilisation du bois dans la construction, de réduire les émissions de gaz à effet de serre des nouveaux bâtiments et ouvrages de génie civil ainsi que de soutenir l’innovation. À ce chapitre, l’audace des propriétaires a permis de diminuer de 46 % les émissions de gaz à effet de serre liées à la fabrication des éléments de la structure.
Chez Art Massif, Dave Savard soulève aussi l’aspect de la biophilie, c’est-à-dire la contribution d’un environnement fait de matériaux naturels au bien-être des animaux. « C’est un aspect qui est de plus en plus documenté », dit-il.
La réalisation du projet de la famille Bernier n’est pas passée inaperçue, même à l’étranger. « On a même reçu des appels d’Europe », indique Dave Savard, non sans un brin de fierté.
Cette réalisation est aussi une source de fierté pour la famille qui, à son tour, est en mesure de partager l’expertise qui a été développée au fil de la réalisation du projet. C’est ainsi que la famille reçoit régulièrement des producteurs désireux de visiter leurs installations pour s’inspirer de ces nouvelles installations et de l’organisation du travail au moment de réaliser un projet de construction, d’agrandissement ou de réaménagement.