Politique 15 mai 2026

Une compensation de 87 M$ aux agriculteurs pour la taxe carbone

DRUMMONDVILLE – Durant la course à la direction de la Coalition Avenir Québec, Christine Fréchette s’était engagée à rembourser la taxe carbone aux agriculteurs et à bonifier le programme de subvention à l’établissement de la relève agricole. Lors de la réunion annuelle des partenaires de la Politique bioalimentaire, le 15 mai, la première ministre a fait une série d’annonces, notamment une compensation de 87 M$ sur deux ans pour la taxe carbone.

Pour l’année 2026-2027, une enveloppe de 41 M$ sera versée aux 15 500 producteurs admissibles aux programmes AGRI. Les montants accordés à chaque entreprise seront calculés à partir des récentes dépenses de carburant déclarées. Ils seront octroyés dès le mois de juillet par dépôt direct ou par chèque par l’entremise d’un programme de La Financière agricole du Québec. « Ça va se faire de manière automatique, sans attendre. Ils vont recevoir rapidement leur argent », a assuré la première ministre aux 700 acteurs du milieu agroalimentaire réunis à l’occasion de la rencontre.

En mêlée de presse, Christine Fréchette a souligné que l’enveloppe budgétaire proviendra du Fonds d’électrification et de changements climatiques pour les deux premières années. « Pour la suite, on va analyser dans les prochains mois le coût exact que ça va représenter – parce qu’il y a encore, je dirais, une part d’incertitude sur le coût exact – et la meilleure façon de financer ça de manière pérenne. Tant et aussi longtemps que je serai première ministre, ce sera pérennisé », a-t-elle affirmé.

Le PAFRA doublement bonifié 

Christine Fréchette a également annoncé une double bonification du Programme d’appui financier à la relève agricole (PAFRA) de la Financière. D’abord, l’enveloppe de ce programme de subvention consacré aux agriculteurs de moins de 40 ans qui démarrent ou reprennent une ferme sera rehaussée de 30 %, soit de 9 M$ par année. L’aide maximale passe ainsi de 50 000 $ à 65 000 $.

Ensuite, le montant versé dépendait du niveau de scolarité et d’un établissement à temps plein ou à temps partiel dans l’exploitation, mais voilà que Québec abolit la notion de travail à temps plein ou à temps partiel. « Il y aura une seule catégorie : la relève. Point à la ligne et de cette façon-là, on va aider toute la relève agricole », a mentionné Mme Fréchette. Le gouvernement répond à une demande historique de la Fédération de la relève agricole du Québec. En effet, elle réclame depuis une dizaine d’années que le programme tienne davantage compte de l’obligation, pour plusieurs, de travailler à l’extérieur de la ferme durant les premières années d’établissement.

Le règlement sur l’hébergement des TET retournera à la table à dessin

La première ministre a également annoncé que le projet de règlement encadrant les conditions d’hébergement des travailleurs ne sera pas adopté sous sa forme actuelle. « On a vu que ça aurait un impact important sur les coûts assumés par les agriculteurs, alors on veut tenir compte des commentaires et des suggestions que l’on a eus et remodifier le programme en fonction de ça », a-t-elle indiqué en mêlée de presse.

Rappelons que ce projet de règlement de la Commission des normes, de l’équité, de la santé, de la sécurité du travail comprenait des mesures jugées musclées par le milieu agricole. Les producteurs auraient disposé d’une période de trois ans pour se conformer à de nouvelles restrictions, telles que l’imposition d’une limite de deux travailleurs par chambre, l’interdiction de lits superposés et l’obligation qu’une salle de bain soit partagée par un maximum de cinq personnes.

Rehausser les cibles d’achat local à 60 %

Une lettre a été envoyée par la première ministre à tous les ministères et organismes publics, le 14 mai, afin de rehausser de 47 % à 60 % la part d’achats d’aliments locaux dans les contrats d’approvisionnement gouvernementaux.

La députée d’Iberville et ancienne productrice agricole Audrey Bogemans a la responsabilité de faire respecter cette cible. Elle a récemment été nommée adjointe parlementaire de la première ministre pour le volet approvisionnement de produits et de services québécois. « C’est l’équivalent de 1 G$ injecté dans l’économie du Québec », a dit Mme Fréchette.

Des réactions positives du milieu agricole

L’Union des producteurs agricoles (UPA) et la Fédération de la relève agricole du Québec (FRAQ) ont favorablement accueilli les annonces de la première ministre Christine Fréchette. Le président de la FRAQ, David Beauvais, a mentionné à La Terre que l’annonce représentait une « véritable reconnaissance du rôle essentiel de la relève dans la pérennité de notre agriculture ». En mêlée de presse à Drummondville, le président de l’UPA, Martin Caron, a mentionné que cela représentait un remboursement « intégral » de la tarification carbone. « Il nous reste des choses à travailler pour que toutes nos entreprises agricoles aient accès à ça, mais la bonne nouvelle, c’est que c’est simple, c’est rapide et que l’argent va arriver en juillet », dit-il en rappelant que les producteurs du Québec sont les seuls au Canada et aux États-Unis (en dehors de deux États) à être touchés par la tarification carbone. « L’annonce d’aujourd’hui est un gain majeur pour la compétitivité et la transférabilité de nos entreprises. Nous avons confiance que la première ministre s’efforcera aussi d’augmenter la part des aliments québécois dans nos institutions et de réduire le fardeau administratif et réglementaire, comme elle s’y est engagée », a conclu M. Caron.