Maraîchers 15 mai 2026

Une course aux oignons aidée par le sol humide

SAINT-RÉMI – Accroupi dans son champ, après le passage du semoir qui vient d’enfouir quelques oignons dans la terre noire, l’un des copropriétaires de la ferme Patates Isabelle, Patrick Prud’homme, met sa main sur le sol et observe avec satisfaction le travail qui a été fait.

« Le sol est très beau. Il a fait froid, cet hiver, et ça paraît; le gel a fait en sorte que notre sol s’est soulevé. Ça se travaille mieux », constate le maraîcher, rencontré à Saint-Rémi.

Dans la MRC des Jardins-de-Napierville, en Montérégie, la journée du 8 mai était nuageuse et plutôt froide, après une semaine de grands vents et d’averses entrecoupée de rares moments d’ensoleillement. Si le printemps gris et frais a ralenti la germination des plantes, une bonne dose de pluie, pas trop persistante, a laissé place à de bonnes conditions pour la mise en terre d’oignons. Les semences, qui sont enfouies à moins de deux pouces de la surface, ne s’envolent pas lorsqu’arrive une bourrasque, parce que la terre, juste assez humide, reste au sol. 

La croissance de l’orge, que plusieurs maraîchers comme Pascal Guérin sèment pour protéger leurs oignons des intempéries, n’était pas encore suffisamment avancée, le 8 mai, pour empêcher les semences de partir au vent, mais le producteur estime que la germination se passait bien, malgré le manque d’ensoleillement.
La croissance de l’orge, que plusieurs maraîchers comme Pascal Guérin sèment pour protéger leurs oignons des intempéries, n’était pas encore suffisamment avancée, le 8 mai, pour empêcher les semences de partir au vent, mais le producteur estime que la germination se passait bien, malgré le manque d’ensoleillement.

« Quand c’est sec dans les terres noires, ça devient comme une poussière qui part au vent. Notre inquiétude, à ce temps-ci de l’année, ce sont les vents », fait valoir l’agriculteur, qui se réjouit de ne pas avoir perdu de semences jusqu’ici.

Surtout que la croissance de l’orge, qu’il sème pour protéger ses oignons, est lente, en raison du faible ensoleillement, laissant les sols à nu et à risque d’intempéries plus longtemps. « On ne veut surtout pas ressemer, ajoute son cousin Marc-Antoine Isabelle. Une chaudière de semences, ça coûte cher. » 

Lors du passage de La Terre, c’était le sprint final des oignons à la ferme, qui a terminé ses 69 hectares de semis, quelques jours plus tard. Comme ce légume à croissance longue met 105 jours avant d’arriver à maturité, les maraîchers se dépêchent toujours de le mettre en terre avant la mi-mai, pour s’assurer d’avoir un bulbe du calibre et de la qualité souhaitée au moment de la récolte, en espérant ne pas avoir à ressemer entre-temps.

Aux Jardins A. Guérin, à Sherrington, les transplants d’oignons sont irrigués, même s’il a plu quelques jours avant, parce qu’ils ont besoin de beaucoup d’eau. Il faut motiver les racines à s’étendre pour aller chercher de l’eau, pour établir une bonne connexion entre le plant et le champ.
Aux Jardins A. Guérin, à Sherrington, les transplants d’oignons sont irrigués, même s’il a plu quelques jours avant, parce qu’ils ont besoin de beaucoup d’eau. Il faut motiver les racines à s’étendre pour aller chercher de l’eau, pour établir une bonne connexion entre le plant et le champ.

Aux Jardins A. Guérin, à Sherrington, Pascal Guérin et ses travailleurs étaient aussi sur le point de franchir la ligne d’arrivée de la course aux oignons, le 8 mai. Celle-ci s’est déroulée sans obstacle majeur. Pour éviter que la terre devienne poudreuse lorsque survient une rafale, et qu’elle se mette à virevolter dans l’air avec les semences, des tuyaux d’irrigation ont été installés dans les champs, que l’équipe pourra arroser au besoin. « Pour l’instant, c’est correct, assure le maraîcher. Il y a eu de la pluie après les grands vents, donc ça va bien. » 

Lorsque l’étape déterminante des semis et des transplants d’oignons se conclut sans anicroche, comme ç’a été le cas dans bon nombre de fermes, ce printemps, c’est un indicateur que la saison maraîchère est partie du bon pied, affirme Marc-André Van Winden, président du groupe Vegco.

« Ça donne une idée de l’avancement de semis, en général. On a commencé avec un peu de retard, mais après, on s’est rattrapés. Je ne serais pas étonné que tout le monde dans le groupe finisse les oignons demain », a indiqué, le 11 mai, le représentant de 12 producteurs maraîchers en Montérégie, qui cultivent ensemble une grande partie des oignons au Québec.

Il y a des années très sèches où on ne voit plus les arbres tellement [la terre qui se transforme en poudre] vole haut, mais cette année, on a eu très peu de poudre.

Marc-André Van Winden

À Saint-Liguori, dans Lanaudière, le propriétaire des Cultures Brisson, André Brisson, a fini de semer ses 53 hectares d’oignons très tôt, soit le 28 avril. Comme il fait souvent quelques degrés de moins dans sa région qu’en Montérégie, ce qui peut ralentir la croissance des oignons encore plus, il veut s’assurer que les bulbes auront le temps d’arriver à maturité.

« On a des plants qui ont eu froid, mais on pense que c’est moins dommageable que de les semer le 12 mai. Les oignons, c’est un marathon tout l’été pour les faire grossir », exprime le maraîcher, qui a aussi semé la moitié de ses superficies de carottes, la pédale dans le tapis. « C’est vraiment mieux parti que l’année passée; ça va bon train », observe-t-il.