Maraîchers 12 mai 2026

Une ferme déménagée dans la cour arrière d’une maison

SAINT-GÉDÉON – Lorsqu’il est question de fermes urbaines, les projecteurs se tournent généralement vers les grandes villes, mais une serre agricole a été déménagée derrière une résidence, en plein cœur du petit village de Saint-Gédéon, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Il s’agit de l’œuvre d’Audrey Paradis, une agricultrice qui n’a jamais baissé les bras, malgré une dure épreuve.

 « J’avais mes deux serres et mon bâtiment que j’avais construit sur une terre que je louais depuis 10 ans avec un contrat notarié. Tout allait bien, puis quand mon contrat est arrivé à sa fin, le propriétaire a voulu reprendre sa terre. Je n’ai pas pu le renouveler. Ça m’a fait mal, car j’étais bien organisée. J’avais mes clients et, surtout, j’avais une aspergeraie de 2 000 griffes bio qui ne se déménage pas. L’asperge, elle m’amenait une clientèle très tôt au printemps. Le monde capotait sur mes asperges. C’est tellement dommage d’avoir perdu ça », témoigne l’agricultrice. 

Son garage et l’arrière du terrain ont été transformés pour accueillir une production agricole. Photo : Audrey Paradis
Son garage et l’arrière du terrain ont été transformés pour accueillir une production agricole. Photo : Audrey Paradis

Une idée folle

Elle s’est cherché une autre terre et désirait cette fois devenir propriétaire pour ne pas revivre le même drame. Aucun morceau de moins de cinq hectares n’était disponible dans son secteur. « Je me suis découragée de chercher, mais en même temps, je ne me voyais pas arrêter de cultiver. Il me restait une idée, la plus hurluberlue de toutes : faire une ferme urbaine derrière ma maison. Alors, j’ai déménagé la ferme ici. Mais ce fut difficile. Les lieux sont vraiment plus petits. C’est comme quelqu’un qui part d’une maison trois étages avec garage double et qui déménage dans un trois et demi. Tu vois le genre? » illustre-t-elle en pouffant de rire. Son projet a été accepté grâce aux modalités du nouveau plan d’urbanisation de Saint-Gédéon.

Sous la pelouse de sa cour arrière se trouvait un sol de remplissage, rocailleux et « compacté comme du béton ». Elle a donc dû faire venir de la terre de qualité. Elle a rebâti sa serre de 10 sur 25 mètres, aménagé une salle de semis, déménagé son kiosque à légumes et poursuivi l’aventure de sa ferme, nommée À contre vent. 

L’agricultrice cultive ses légumes par amour. Photo : Martin Ménard/TCN
L’agricultrice cultive ses légumes par amour. Photo : Martin Ménard/TCN

À sa quatrième année d’activité, ce printemps, les légumes poussent bien, atteste-t-elle. Très bien même. « C’est impressionnant de voir comment il sort du stock de ma cour arrière!  J’ai commencé à produire de plus en plus tôt pour avoir une diversité à offrir dès avril par mes cultures d’hiver et dès mi-mai avec mes semis de l’année. Pour une seule serre, j’ai beaucoup de diversité : des tomates, concombres, aubergines, poivrons, basilic, des verdures, etc. À l’extérieur de la serre, je me suis fait un jardin pour compléter l’offre. La clientèle est là; je vends tout. C’est très touristique l’été avec les campings », affirme-t-elle. 

Le seul hic, c’est le salaire horaire, souligne Audrey Paradis. Elle travaille sept jours sur sept, de la mi-avril à septembre, pour terminer l’année avec un modeste profit. « C’est bizarre, notre société : rémunérer si pauvrement ceux qui nourrissent les gens. Et c’est parfois ingrat de voir les gens dire que le local, c’est important, mais qu’ils consomment des produits de l’extérieur. Elles sont où, nos priorités? Même des agriculteurs du coin ne soutiennent pas tant le local dans leurs achats de nourriture », remarque-t-elle. 

L’agricultrice cultive ses légumes par amour. « Je suis vraiment épanouie ici. J’aime pouvoir donner un légume de qualité à mon monde. Et c’est cool, une ferme urbaine. Le matin, je sors avec mon petit café et ma ferme est là. J’aime ma vie. Et l’hiver, je travaille ailleurs pour… payer mon hypothèque! »  

Ses ventes de légumes bio se font notamment par un concept de mini-marché, où les gens choisissent ce qu’ils veulent pour des montants préétablis. Photo : Martin Ménard/TCN
Ses ventes de légumes bio se font notamment par un concept de mini-marché, où les gens choisissent ce qu’ils veulent pour des montants préétablis. Photo : Martin Ménard/TCN