Territoire 8 mai 2026

Alto tend la main aux agriculteurs, tandis que l’UPA prépare une offensive

Alors que l’Union des producteurs agricoles (UPA) a donné le mot d’ordre aux producteurs des quatre régions traversées par le corridor à l’étude d’afficher leur mécontentement envers le projet de train à grande vitesse (TGV) entre Québec et Toronto à l’aide de pancartes sur leurs propriétés, Alto, la société d’État responsable du projet, tente de se faire rassurante. 

Le 30 avril, Alto a dévoilé une estimation de 1 700 propriétés, dont 500 terres agricoles, touchées par le premier des trois tronçons qui serait construit en 2029, soit celui reliant Montréal et Ottawa. Pour l’heure, l’organisation dit ne pas avoir entamé de démarches d’acquisition de terrains. Les demandes que reçoivent certains propriétaires visent à documenter des études environnementales. La participation est volontaire et rémunérée. 

« Maintenant, le jour où on aura un tracé, puis qu’on va identifier des propriétés à acquérir, il y a un autre processus qui va s’enclencher, mais qui va aussi impliquer une prise de contact, des lettres, des suivis par des agents, puis, éventuellement, une négociation. C’est un peu le travail que l’on voulait faire avec l’UPA aussi. On avait commencé [il y a un an], puis ils ont décidé de le mettre sur la glace, et c’est leur choix à eux, à définir une entente-cadre qui viendrait baliser les éléments qui vont être pris en compte dans la compensation lors de l’acquisition », souligne le chef de la direction des communications et des relations publiques d’Alto, Pierre-Yves Boivin, en entrevue avec La Terre.

Le directeur général de l’UPA, Charles-Félix Ross, est catégorique : « On n’a pas l’intention de conclure ou de convenir de quoi que ce soit avec Alto. » Selon lui, ce projet n’apporte aucun bénéfice pour les communautés et les 1 700 propriétaires expropriés.

Oui, ils vont se faire compenser, mais ils perdent leur propriété. Donc, il n’y a aucun bénéfice pour les gens des communautés où le train va passer. Juste des ennuis.

Charles-Félix Ross

Selon des experts consultés par l’organisation, le TGV ne serait pas rentable au Canada et le remplacer par un projet de train à grande fréquence serait moins dispendieux, notamment parce qu’ils utiliseraient des emprises ferroviaires existantes. 

Engagements d’Alto

Le promoteur a dévoilé publiquement une série d’engagements visant à réaffirmer son intention de limiter les répercussions sur les communautés rurales et agricoles. Il entend choisir le tracé de moindre impact après des consultations publiques, prioriser les ententes négociées de gré à gré avec les propriétaires, offrir une indemnisation « équitable à long terme », préserver un accès routier adapté (incluant des passages souterrains et aériens adaptés à la dimension de la machinerie agricole) et à soutenir la productivité et le développement agricole par l’entremise, notamment, d’achat de terres qui préserveront une vocation agricole à perpétuité (fiducie d’utilité sociale).

Alto souhaiterait également l’avis de l’UPA pour déterminer le tracé final qui aura le moins d’incidence sur les agriculteurs. 

L’organisation syndicale ne l’entend pas ainsi et prévoit une importante mobilisation au début du mois de juin.