Acériculture 1 mai 2026

Les acériculteurs du Bas-Saint-Laurent réclament ce qui leur a été promis

RIVIÈRE-DU-LOUP – Les acériculteurs du Bas-Saint-Laurent reprochent à Québec d’avoir bafoué sa promesse d’octroyer 2 000 hectares de forêt publique pour le développement acéricole, une entente pourtant annoncée en grande pompe en mai 2025.

Réunis le 1er mai à Rivière-du-Loup, en marge du caucus de présession de la Coalition Avenir Québec, les Producteurs et productrices acéricoles du Bas-Saint-Laurent–Gaspésie ont voulu « rétablir les faits » dans un dossier qui empoisonne les relations régionales depuis plusieurs mois. Selon eux, le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) remet en discussion une superficie qui avait pourtant été accordée pour le développement de leur industrie à moyen terme.

Pour leur président, Justin Plourde, l’ampleur réelle de cette demande doit être ramenée à l’échelle du territoire. « Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ces 2 000 hectares représentent seulement 0,2 % du territoire forestier public de la région. Nous sommes tout sauf gourmands », a-t-il fait valoir.

Derrière le litige se trouve aussi une question de calculs. Les producteurs soutiennent que le MRNF veut maintenant retrancher des 2 000 hectares certaines superficies déjà réservées à des promoteurs, mais pas encore entièrement utilisées. Or, selon Justin Plourde, ces superficies n’auraient « jamais fait partie des négociations » et ne devraient pas être comptabilisées comme de nouveaux hectares.

Pas une menace pour les usines

Pierre Lemieux, président du Syndicat des producteurs de bois de la Côte-du-Sud, conteste l’argument voulant que l’expansion acéricole menace l’approvisionnement des usines. Selon les données présentées, les forêts privées de la Côte-du-Sud et du Bas-Saint-Laurent disposent d’un volume mobilisable estimé à 210 700 m³ de feuillus durs. En 2025, 134 060 m³ ont été mis en marché, soit environ 60 %. Les industriels pourraient donc, selon lui, se tourner davantage vers ce bois disponible.

L’enjeu est majeur pour une région où l’acériculture occupe déjà une place économique importante. Le Bas-Saint-Laurent compte 715 entreprises acéricoles, 10,1 millions d’entailles et une production annuelle de 42,4 millions de livres de sirop, pour une valeur de 143,6 M$. Particularité régionale : 45 % des entreprises exploitent des érablières en forêt publique, ce qui rend leur développement directement lié aux décisions de l’État.

Les producteurs insistent toutefois sur une nuance centrale : ils ne demandent pas l’arrêt de la récolte de bois. Ils souhaitent que les érablières soient aménagées, jardinées et récoltées avec des interventions qui protègent les érables et permettent de maintenir la production acéricole. « On veut que la récolte continue », a précisé Justin Plourde, en ajoutant que les deux industries peuvent bénéficier de peuplements d’érables en santé.

Cette idée de cohabitation a aussi été défendue par Nathalie Lemieux, présidente de la Fédération de l’Union des producteurs agricoles du Bas-Saint-Laurent. Selon elle, il faut « cesser de voir cette production-là comme un frein à l’exploitation forestière » et plutôt considérer l’acériculture comme « une activité complémentaire ». Les peuplements d’érables doivent être aménagés, rappelle-t-elle, et le bois récolté dans ces érablières continue de se diriger vers les usines régionales.

David Therriault, jeune producteur de Saint-Mathieu-de-Rioux, a raconté avoir investi près de 2 M$ pour développer une érablière de 21 000 entailles en terres publiques, dont environ 250 000 $ seulement pour le chemin d’accès. Or, sans perspective d’expansion, la relève risque de frapper un mur, a-t-il prévenu. « Comment voulez-vous que la relève acéricole puisse s’établir en région si le peu de ressources qu’il reste actuellement n’est plus accessible ? » a-t-il demandé.

Les retombées dépassent largement la cabane à sucre. Yoann Bélisle, copropriétaire de Forêtmax, un fournisseur d’équipements acéricoles établi à Saint-Michel-du-Squatec, estime à plus de 20 M$ par année les ventes d’équipements acéricoles dans la région. De son côté, Nathalie Lemieux évalue à 40 M$ les investissements privés potentiels liés aux 2 000 hectares, pour environ 400 000 entailles supplémentaires.