Grains 1 mai 2026

Une relève qui prend les moyens de ses ambitions

Cette année, le prix Réal Fredette soulignait « une relève qui se distingue », notamment par sa capacité à créer des opportunités, ses pratiques innovantes et son incidence sur sa filière. Ce prestigieux coup de chapeau a été décerné à William Overbeek, producteur en grandes cultures de la Montérégie Nord, lors de l’assemblée générale annuelle des Producteurs de grains du Québec le 26 mars dernier.

L’agriculteur se donne pour mission de rendre la ferme plus durable, tant d’un point de vue économique qu’environnemental. Photo : Gracieuseté de William Overbeek
L’agriculteur se donne pour mission de rendre la ferme plus durable, tant d’un point de vue économique qu’environnemental. Photo : Gracieuseté de William Overbeek

« C’est un bel honneur, d’autant plus que le prix change de catégorie chaque année », a confié le sympathique producteur en entretien téléphonique. Issu d’une troisième génération d’agriculteurs, William a pris la relève de l’entreprise familiale à la fin de son baccalauréat en agronomie, en 2018. Sa vision : rendre la ferme plus durable, tant d’un point de vue économique qu’environnemental, tout en améliorant le suivi des travaux aux champs et l’évolution des cultures. 

Si on veut des sols en santé, il faut réduire le travail de sol, augmenter les couverts végétaux, avoir vraiment une plante vivante tout au long de l’année. L’idée était de faire des tests avec différentes cultures de couverture, pour amener la ferme à idéalement avoir un sol 100 % couvert tout au long de l’année et pour l’ensemble des champs.

William Overbeek

Des objectifs ambitieux

Dans la foulée des couverts après le blé instaurés par son père, William a commencé à expérimenter avec le semis de seigle sur retour de soya. « On a appris tranquillement à vraiment changer la façon de faire. Au lieu de travailler le terrain après la récolte avec un travail primaire à 8-10 pouces [20-25 cm] en profondeur, on y va plutôt avec un petit travail de surface pour semer le seigle le plus rapidement possible dans les jours suivant la récolte », résume-t-il. 

Avec l’aide de son club-conseil, la ferme a développé une technique consistant à utiliser un semoir à céréales pour semer le seigle en bouchant un rang sur cinq. « Ça nous permet, au printemps suivant, de faire un semis direct de maïs dans le seigle sans avoir à s’inquiéter de la compétition entre le seigle et le maïs », fait-il valoir.

Cette refonte des pratiques culturales a permis d’augmenter considérablement la couverture automnale, qui est passée de 5 % en 2018 à 95 % en 2024. 

Une petite révolution dans les semis

Cet idéal d’une couverture intégrale s’est toutefois révélé plus compliqué dans les champs de maïs. « Le problème, c’est qu’après la récolte de maïs, on n’a pas nécessairement les conditions climatiques pour semer », soulève l’agronome. C’est d’abord pour relever ce défi qu’en 2021, l’entreprise a lancé l’essai des drones porteurs pour ensemencer le seigle dans le maïs-grain. « On a développé une technique où on sème le seigle par drone, environ un mois avant la récolte du maïs, pour lui permettre de s’implanter. De sorte que quand on récolte le maïs, on a déjà notre couvert de seigle prêt à repartir au printemps suivant. » Cette méthode « aéroportée » a ensuite été ajustée pour différents types de semis, comme le radis et le blé d’automne, et les résultats s’avèrent probants. « Avec le tracteur, on pouvait couvrir de 40 % à 50 % de nos champs avec des cultures de couverture. Depuis deux ans, le drone nous permet d’atteindre 95 % de couverture du sol », souligne l’entrepreneur.

La ferme utilise des drones porteurs pour différents types de semis peu profonds.
La ferme utilise des drones porteurs pour différents types de semis peu profonds.

Si le drone suscite de plus en plus d’intérêt dans le milieu, William reconnaît avoir essuyé beaucoup de scepticisme au départ. « Quand on a fait l’Expo-Champs en 2023, les gens voyaient encore ça comme un jouet. Mais aujourd’hui, beaucoup de producteurs s’équipent de drones pour faire leur application eux-mêmes ou offrir du forfait », observe l’agriculteur, ajoutant que l’équipement devient de plus en plus performant. « Quand on a commencé, notre modèle pouvait lever 50 kilos de matériel, dépendant du taux de semis, et le drone mettait entre une et huit minutes à faire son épandage. Le nouveau drone acquis en 2025 peut lever 100 kilos et couvrir entre 5 et 20 hectares à l’heure », atteste-t-il. 

Cultiver pour les humains

Soucieux d’optimiser la conversion calorique de ses productions, l’agriculteur vise de nouveaux créneaux. « J’aimerais développer plus de cultures destinées à la consommation humaine plutôt qu’animale, comme du blé pour le pain et du soya IP [à identité préservée], tout en gardant une rentabilité similaire, voire supérieure, à ce qu’on fait en ce moment. Est-ce qu’une autre culture que le maïs pourrait prendre sa place dans la rotation? Est-ce qu’on pourrait travailler avec différents légumes de transformation comme les haricots, le pois ou le maïs de cannerie? Est-ce qu’on pourrait faire des champs de citrouilles pour commercialiser cette graine-là? » avance-t-il. Pour ce volet, l’entrepreneur envisage des partenariats avec Sébastien Angers et des entreprises comme Les Moulins de Soulanges, Haribec, Signé Caméline et Nortera. « Il y a une forte pression de produire plus et couper des milieux naturels pour faire plus de terres agricoles. Mais si on était capables de changer notre type de production pour nourrir directement les gens? » raisonne-t-il. L’entreprise effectue d’ailleurs des comparatifs de rentabilité entre le blé fourrager et le blé pour consommation humaine, dans l’objectif de consacrer 75 % de ses terres à des cultures destinées à la consommation humaine d’ici les cinq prochaines années. 

L'un des objectifs de la ferme est d'avoir un sol 100 % couvert toute l'année.
L’un des objectifs de la ferme est d’avoir un sol 100 % couvert toute l’année.

Prendre le flambeau, une fierté

Pour ce jeune agriculteur visionnaire, porter un projet démarré bien avant lui représente une responsabilité importante, mais aussi inspirante. « Je prends la relève de l’entreprise de mon père qui l’a prise de mon grand-père, comme un travail de plusieurs générations qui s’améliore, qui se développe, qui s’agrandit. Ce qui me rend le plus fier, c’est de poursuivre le travail de deux générations avant moi qui ont travaillé fort pour nous donner la chance de piloter cette entreprise-là et de la faire évoluer, dans la perspective qu’elle puisse être léguée à une quatrième génération qui aura elle aussi des projets pour la faire évoluer », conclut-il.