Bio 1 mai 2026

La culture en bandes alternées à découvrir

Dans la région de Vaudreuil-Soulanges, certains champs des Fermes Longprés attirent le regard. Surtout du haut des airs. La culture en bandes alternées qui y est mise de l’avant tranche avec les monocultures environnantes. 

Et ce n’est pas nouveau. Les propriétaires de cette ferme en régie biologique de la municipalité de Les Cèdres, en Montérégie, expérimentent cette pratique depuis environ deux décennies.

« On est dans les rares qui la mettent encore en pratique, surtout dans le bio, affirme l’un des copropriétaires, Matthew Dewavrin. On le fait pour la biodiversité et la gestion intégrée des ennemis des cultures. » 

Cette année, 100 des 675 hectares des Fermes Longprés seront cultivés de cette façon. Le maïs, les pois fourragers, le blé et le soya s’alterneront, par bandes de 36 mètres, sur une même superficie. L’augmentation du rendement, particulièrement du maïs, figure parmi les avantages observés, dit le producteur. 

Autre observation : les pucerons du soya se font pratiquement inexistants.

Les ennemis du puceron sont naturellement présents dans le blé. Avec les bandes, ça leur permet d’être bien implantés et de migrer dans le soya pour manger les pucerons.

Matthew Dewavrin

Documentés

Ces avantages – et bien d’autres – ont été observés et documentés dans les champs des Dewavrin il y a plusieurs années par la biologiste-entomologiste Geneviève Labrie, chercheuse principale au Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité (CETAB+), au Cégep de Victoriaville. Et elle continue de croire aux avantages de la culture en bandes alternées. Accompagnée d’Annie-Ève Gagnon, entomologiste et chercheuse au centre de recherche et développement d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, à Saint-Jean-sur-Richelieu, elle a présenté cette pratique « pour l’optimisation multidimensionnelle du système de production » au dernier Colloque « Bio pour tous! ».

« Quand on regarde la littérature scientifique, les bandes alternées, c’est ce qui apporte le plus de bénéfices à tous les niveaux », renchérit Geneviève Labrie.  

La culture en bandes alternées jouit aussi d’un vent favorable aux Pays-Bas, entre autres dans les fermes maraîchères. Photo : Gracieuseté d’Annie-Ève Gagnon
La culture en bandes alternées jouit aussi d’un vent favorable aux Pays-Bas, entre autres dans les fermes maraîchères. Photo : Gracieuseté d’Annie-Ève Gagnon

Selon elle, plus la largeur des bandes cultivées est réduite, en opposition à la monoculture, plus cela facilite le contrôle des parasites. Cela améliore également à la fois la biodiversité et les rendements, en plus de favoriser la santé des sols. 

« Avec cette structure-là, on rétablit, un peu, les choses et on ajoute une certaine diversité dans le paysage agricole, dit Annie-Ève Gagnon. Parce qu’une monoculture, ce n’est pas normal. » 

Pas nouveau

La culture en bandes alternées n’est pas nouvelle. Populaire aux États-Unis entre les années 1950 et 1980, elle est utilisée en Amérique du Sud et en Chine.  

Cette pratique méconnue jouit aussi d’un vent favorable aux Pays-Bas, a pu constater Annie-Ève Gagnon, l’an dernier, dans le cadre d’un projet de recherche en agriculture durable. Elle a visité des fermes maraîchères et céréalières dans ce petit pays au nord de la Belgique. Elle a également rencontré des chercheurs spécialisés dans cette pratique, adoptée par plus de 400 fermes. 

Si cette méthode de culture demeure marginale au Québec, c’est qu’elle semble complexe aux yeux des producteurs, avance Geneviève Labrie. « Les agriculteurs des Pays-Bas disaient que c’était difficile au début, mais une fois que tu as ta méthode [de travail], ça y va tout seul », ajoute Annie-Ève Gagnon. 

Matthew Dewavrin affirme que la largeur des bandes de cultures dans ses champs n’est pas problématique pour sa machinerie. La technologie GPS facilite d’ailleurs grandement les opérations. « Ça serait impensable de le faire sans GPS », croit-il toutefois. 

Les deux chercheuses québécoises ont bien l’intention de continuer à porter le message des bienfaits de cette pratique. Dans un monde idéal, une cohorte de bandes alternées pourrait être mise de l’avant avec des producteurs maraîchers et de grandes cultures, estiment-elles, afin que l’expertise des uns et les expériences des autres puissent être échangées.