Bio 1 mai 2026

Le gypse, une solution de choix

Les vertus du gypse en guise d’amendement minéral pour certains types de sol devraient davantage être prises en considération, estime le professeur titulaire en gestion des sols et des fertilisants à l’Université Laval, à Québec, Lotfi Khiari.  

Selon le professeur-chercheur, le gypse est « un levier oublié pour revitaliser la fertilité, structurer les sols et accroître les rendements », comme l’affirme le titre de la conférence qu’il a présentée au dernier colloque « Bio pour tous! ».

Lotfi Khiari
Lotfi Khiari

M. Khiari l’a expérimenté au cours des dernières années dans le cadre d’un projet de recherche et d’essais au champ réalisés entre 2020 et 2023 à la station agronomique de Saint-Augustin-de-Desmaures. Les tests ont été réalisés avec 10 amendements calciques dans deux luzernières, dont une en établissement et l’autre en entretien.

Parmi les dix produits, les trois qui se sont distingués le plus contiennent du gypse, relève l’universitaire. Je ne m’attendais pas à ce que ça augmente autant le rendement. C’est une molécule qu’on doit considérer.

Lotfi Khiari

L’avantage incontestable du gypse, dit-il, est que ce type de minéral contient du calcium et du soufre. Selon lui, il représente une solution de choix, entre autres pour les sols saturés en magnésium, particulièrement les sols argileux propices à la compaction qu’on retrouve dans les régions de l’Abitibi-Témiscamingue et de la Montérégie. 

« Pour déloger le magnésium, ça prend une source de calcium, explique l’expert en gestion des sols. Cette source de calcium peut provenir de la chaux, mais il n’est parfois pas nécessaire d’augmenter le pH. Et ce n’est pas idéal de trop le monter. La solution est donc le gypse. »

Autres utilisations et intérêt

Selon Lotfi Khiari, cet amendement, méconnu même s’il n’a rien de nouveau, peut également être utilisé pour corriger en profondeur des problèmes d’acidité du sol, de même que pour certaines cultures exigeantes en soufre, dont celles de la luzerne et d’autres plantes fourragères, ainsi que les pommes de terre.

Le gypse pourrait être expérimenté sur certaines terres des Fermes Overbeek, riches en magnésium, dans la région de Saint-Hyacinthe. Photo : Gracieuseté de William Overbeek
Le gypse pourrait être expérimenté sur certaines terres des Fermes Overbeek, riches en magnésium, dans la région de Saint-Hyacinthe. Photo : Gracieuseté de William Overbeek

Mais le travail n’est pas terminé, estime le professeur de l’Université Laval, qui met également à profit l’intelligence artificielle dans certains de ses travaux. Les questions de dosage et d’approvisionnement restent à approfondir. 

Chose certaine, dit-il, le potentiel du gypse suscite l’intérêt d’agronomes avec qui il collabore. Deux producteurs agricoles, dont William Overbeek, producteur de grandes cultures dans la région de Saint-Hyacinthe, en Montérégie, ont également manifesté de l’intérêt à participer, si l’occasion se présente, à des recherches pour expérimenter le gypse en conditions réelles de production. 

William Overbeek
William Overbeek

Lotfi Khiari dit justement avoir entrepris des démarches afin de déposer une demande de subvention pour soutenir ces travaux.  

« On entend beaucoup parler du gypse aux États-Unis depuis un an et demi, affirme pour sa part William Overbeek, qui termine lui-même un doctorat en santé des sols. La conférence de M. Khiari a renforcé mon intérêt à l’expérimenter. »

Certaines terres de l’entreprise agricole familiale, qui cultive quelque 546 hectares, sont riches en magnésium, « avec des saturations de l’ordre de 18 à 20 % », note le producteur. L’agriculteur a déjà commencé à passer des coups de fil pour vérifier s’il peut s’approvisionner en gypse et analyser les coûts.  

« Ça fait son chemin dans ma tête et ça va sûrement être une des choses qu’on va vouloir essayer cet automne pour voir si on est capables d’améliorer la structure du sol, grâce à ce genre d’amendement là », affirme William Overbeek.