Bio 1 mai 2026

Le frass sous la loupe de l’IRDA

Le frass, ce fumier d’insectes qui attire de plus en plus l’attention, n’aura pratiquement plus de secrets pour une équipe de l’Institut de recherche et développement en agroenvironnement (IRDA). Ce fertilisant biologique est au cœur d’un important projet de recherche, qui doit se terminer en 2028.

« Ça a débuté en 2025 avec des caractérisations en laboratoire et ça se poursuit avec deux années d’essais au champ, en 2026 et 2027. Le rapport final sera achevé en 2028 », précise la professionnelle de recherche, fertilité des sols et nutrition des cultures à l’IRDA, Julie Mainguy. 

Pour ceux qui sont moins familiers avec la matière, le frass est un coproduit de l’industrie de l’entomoculture, c’est-à-dire la culture d’insectes pour l’alimentation humaine, animale ou la recherche. Le frass est composé en majorité de déjections d’insectes, provenant particulièrement de la mouche soldat noire et du ténébrion meunier. 

Spécialisée dans la valorisation des biomasses agricoles et la nutrition azotée des cultures, l’équipe de l’IRDA, chapeautée par la chercheuse Christine Landry, a souhaité se pencher sur le potentiel agronomique prometteur du frass et valider ce dernier, si possible, explique Mme Mainguy. 

Au niveau agronomique, la littérature a documenté que c’est un produit riche en nutriments et en matières organiques.

Christine Landry

« Il est composé de microorganismes bénéfiques, avec un potentiel biostimulant ou permettant de rehausser le système de défense des plantes. Mais il y a peu de travaux au champ », ajoute-t-elle en soulignant que le projet de l’IRDA permettra de couvrir cet aspect. 

Trois sites

Selon la professionnelle de recherche, les essais seront réalisés au cours des étés 2026 et 2027 sur trois sites, dont à la ferme expérimentale de l’IRDA, à Deschambault. 

Pareils travaux seront menés chez deux maraîchers en régie biologique, situés à proximité de producteurs de frass. Deux clubs-conseils agricoles collaboreront également au projet sur ces sites satellites. 

Outre la caractérisation du produit en laboratoire et les essais au champ, d’autres volets seront traités, dont celui du microbiome du frass et son possible effet dans le sol. 

L’équipe de malherbologie de l’IRDA effectue pour sa part des bioessais de germination. L’objectif : documenter l’application du frass à différents moments (présemis et au semis), et valider si un effet antigermination est observé ou non. Même chose pour un possible effet anti-inhibiteur sur les mauvaises herbes.   

Le projet, financé dans le cadre du programme Innovation bioalimentaire 2023-2028, volet 2, s’intéressera également à la dimension économique du produit, qui s’inscrit dans une optique d’économie circulaire. L’un des objectifs de l’équipe est, au final, de produire un guide des bons usages du frass.

Caroline Poirier et Sébastien Alix, de la ferme coopérative Croque-Saisons, ne participent pas au projet de recherche de l’IRDA, mais ils s’intéressent également au frass. Photo : Gracieuseté de Sébastien Alix
Caroline Poirier et Sébastien Alix, de la ferme coopérative Croque-Saisons, ne participent pas au projet de recherche de l’IRDA, mais ils s’intéressent également au frass. Photo : Gracieuseté de Sébastien Alix

Il comble un besoin

Le producteur maraîcher en régie biologique Sébastien Alix, de la Ferme coopérative Croque-Saisons, à Lingwick, en Estrie, suivra avec attention les résultats du projet de recherche de l’IRDA. 

Bien qu’il ne participe pas à ces travaux, il a partagé le fruit de ses propres expérimentations avec le frass, lors de la présentation de Julie Mainguy au Colloque « Bio pour tous! ».

Depuis 2024, le frass de ténébrion meunier (conforme aux normes sanitaires de la certification biologique et testé exempt de salmonelles et E. coli, précise M. Alix) remplace les fientes granulées de poules dans ses champs. Et, selon le producteur, il comble un besoin, particulièrement au printemps, de même que pour certaines cultures plus « exigeantes », dont les crucifères tardifs, qui nécessitent davantage d’azote.

Parmi les observations du producteur : lors d’années pluvieuses qui entraînent un lessivage d’azote, l’ajout de frass en supplément s’avère judicieux. Le produit étant en poudre, son application, réalisée de façon manuelle pour le moment, est toutefois fastidieuse, dit-il.