Bovins 24 avril 2026

La ventilation est-elle adéquate dans mes bâtiments?

La ventilation des étables de veaux lourds doit assurer une bonne qualité d’air, contrôler l’humidité et prévenir les maladies. Un concept dont l’efficacité repose sur la maîtrise des principaux facteurs de risque.

Steve Adam
Steve Adam

« L’une des particularités de ces élevages est que les animaux proviennent de sources variées, et différentes maladies peuvent apparaître », explique l’agronome Steve Adam, consultant en confort et bien-être animal. « La ventilation est un enjeu très important dans la prévention des maladies respiratoires », observe-t-il.

L’ammoniac se fait sentir 

L’un des indicateurs d’une mauvaise ventilation est le taux d’ammoniac dans l’air. « Le mélange des fèces et de l’urine entraîne une réaction chimique qui produit le dégagement d’ammoniac. Si on pouvait séparer ces deux éléments, il y en aurait beaucoup moins », indique M. Adam. « C’est un irritant majeur du système respiratoire. Dans un bâtiment agricole, où d’autres gaz se mélangent à l’air, une concentration de 5 ppm [parties par million] serait l’idéal. Comme cette cible est difficile à atteindre, on s’entend généralement pour un taux entre 8 et 10 ppm », reconnaît le consultant.

Le taux d’humidité, vecteur de maladie

L’humidité dans l’air est un autre indice probant, qui pose aussi un risque important pour la santé des animaux. « Quand un animal malade tousse, les gouttelettes d’eau présentes dans l’air transportent les microbes. Plus le taux d’humidité est élevé, mieux les microbes vont voyager. On vise idéalement un taux d’humidité sous 50 %. L’humidité à l’intérieur du bâtiment devrait être égale à celle de l’extérieur, mais pas plus élevée », précise M. Adam. Pour lui, une erreur fréquente consiste à ventiler en fonction de la température, sans tenir compte du taux d’humidité.

Il faut faire des vérifications ponctuelles. Le taux d’humidité se vérifie facilement à l’aide d’un thermomètre [hygromètre/humidimètre]. Je recommande toujours aux éleveurs d’en ajouter un dans les pouponnières.

Steve Adam

Changer d’air : l’épreuve des faits

On en sait peu sur le dégagement de chaleur des animaux et l’humidité qu’ils produisent en respirant; un flou qui alimente le débat sur le nombre de changements d’air nécessaires selon la saison. « Différentes sources établissent un minimum de 4 changements à l’heure en hiver, 15 au printemps et en automne, et 40 changements d’air l’été. Ces cibles assurent une qualité d’air minimale, mais elles ne répondent pas aux enjeux de stress thermique », déplore M. Adam. Pour refroidir les animaux l’été, la vitesse de circulation d’air doit atteindre 300 pieds/minute, ou 5-6 km/h, selon lui.

« En hiver, l’erreur courante est de bloquer l’air pour protéger les veaux du froid. Le défi est d’apporter de l’air frais sans créer de courant d’air. Lorsqu’on prend l’air froid de l’extérieur, le courant d’air ne devrait pas dépasser 60 pieds/minute [1 km/h environ] », recommande-t-il.

La qualité de l’air au sol aussi est mésestimée, constate M. Adam. « Les veaux sont souvent couchés. On évalue la ventilation en étant debout, mais les valeurs ne sont pas les mêmes au sol », soulève-t-il. « Avec une ventilation mécanique normale, on a des ventilateurs à un bout et des entrées d’air à l’autre, positionnées haut dans les murs, et l’air reste au plafond. Il faut s’assurer que l’air descend », insiste l’agronome. Une solution ici consiste à installer les entrées d’air plus bas, note-t-il. 

Pour rappel, le bâtiment doit fournir un volume d’air de 600 pi3/veau (17 m3/veau). 

Photo : MAAARO
Photo : MAAARO

Ventiler en pression positive

Parmi les solutions possibles, Steve Adam mentionne le système de ventilation à gaine de diffusion d’air sous pression positive (VGDAPP). « Le vent est poussé dans le bâtiment par des tubes perforés, dont les jets d’air sont dirigés vers les animaux », explique-t-il. Cette gaine de diffusion permet une distribution plus uniforme de l’air.

Le thermomètre/hygromètre connecté permet d’obtenir les données en temps réel sur son téléphone portable. Photo : Gracieuseté de Steve Adam
Le thermomètre/hygromètre connecté permet d’obtenir les données en temps réel sur son téléphone portable. Photo : Gracieuseté de Steve Adam

Qualité de l’air : 3 outils de diagnostic

Selon les régions, les conseillers en gestion de troupeaux, les vétérinaires et les fournisseurs d’équipement peuvent offrir le service d’évaluation de la qualité de l’air, ou du moins, fournir les paramètres à respecter pour le confort des animaux. Des outils de base comme le thermomètre et l’hygromètre, qui captent la température et l’humidité relative du bâtiment, permettent aussi au producteur de vérifier lui-même ses conditions d’ambiance. « Il faut mesurer à la hauteur des animaux, de 1 à 3 pi [0,3 à 0,9 m] du sol dans les parcs », précise Steve Adam.

En version électronique, le thermomètre/hygromètre connecté (80 $) affiche les données en temps réel sur un téléphone portable. « On peut suivre les variations au courant d’une journée ou d’une saison. Cela permet d’ajuster les paramètres de ventilation en fonction des fluctuations qui sont de plus en plus grandes depuis quelques années », note-t-il.

Pour mesurer le refroidissement, M. Adam utilise pour sa part l’anémomètre à fil chaud (630 $). L’appareil mesure des vitesses d’air de 40 à 4 900 pi/min (0,7 à 90 km/h), incluant les faibles courants d’air. « C’est utile l’hiver pour les jeunes veaux exposés à de l’air froid. En été, un vent de 250-300 pi/min [4,5-5,5 km/h] permet de refroidir les animaux. À cette vitesse, les anémomètres de base [app. 229 $] munis d’une hélice fonctionnent assez bien. Ici aussi, on mesure la vitesse du vent qui se rend sur les animaux en position couchée », indique l’agronome.