Ma famille agricole 24 avril 2026

Son autonomie et celle de toute une communauté à cœur

ROQUEMAURE – Amoureuse des oiseaux, Karine Péladeau a toujours su qu’elle allait pousser sa passion à un autre niveau un jour. Mais elle ne savait pas que le projet d’élevage de volailles de la Ferme Universalis, qui est aussi celui de voir grandir ses enfants dans une démarche d’autonomie alimentaire, allait s’insérer dans le développement de toute une communauté nourricière.

Pinsons, inséparables, perroquets : Karine Péladeau a toujours eu des oiseaux à la maison. Quand elle a rencontré Gabriel Noël il y a une quinzaine d’années, le couple rêvait déjà d’autonomie alimentaire et de vie en microcommunauté. Le peu de terres disponibles dans les Laurentides et leur coût élevé constituaient cependant des freins pour ces néoruraux. 

Pendant un premier congé maternité, en 2021, la psychoéducatrice et le machiniste ont donc fait le grand saut. Direction : l’Abitibi, où les terres agricoles abondaient et étaient surtout plus accessibles. Le couple s’est d’abord posé à Amos, le temps de dénicher son petit coin de paradis. Karine en a profité pour obtenir deux certificats en productions animale et horticole. 

« C’était un gros saut à faire, mais on cherchait vraiment à vivre à la campagne, à élever les enfants dans ce mode de vie-là, à pouvoir respirer de l’air frais », relate celle qui est maintenant mère de trois enfants, qui la suivent volontiers au poulailler. 

Une semaine après leur naissance, ces canetons ont déjà doublé de taille. Photo : Émilie Parent-Bouchard
Une semaine après leur naissance, ces canetons ont déjà doublé de taille. Photo : Émilie Parent-Bouchard

Un créneau peu développé en Abitibi

Avant d’acquérir tous les animaux dont il rêvait – éventuellement des cochons, peut-être, et des moutons « pour le lait, la laine, le fromage » –, il allait de soi pour le couple de démarrer avec un grand jardin, mais surtout avec de la volaille. 

« C’est l’fun pour les enfants, ce n’est pas trop gros. L’entretien est différent aussi. Il faut y aller, mais pas à 5  h du matin, dit-elle, en comparaison avec la traite laitière. Et on n’avait pas nécessairement les infrastructures, la machinerie… On partait de zéro. »

D’autant que beaucoup reste à faire dans la région. Car si l’Abitibi-Témiscamingue est autosuffisante en œufs, à peu près personne ne se spécialise dans l’incubation. Ceux qui veulent des pondeuses, des dindes, des pintades, des canards ou des poulets à chair dépendent donc des arrivages sporadiques d’une poignée d’entreprises. 

Ce cabinet d’incubation, acquis l’année dernière, permet de faire à la fois l’incubation et l’éclosion des œufs. On peut y contrôler tant la température que l’humidité. Photo : Émilie Parent-Bouchard
Ce cabinet d’incubation, acquis l’année dernière, permet de faire à la fois l’incubation et l’éclosion des œufs. On peut y contrôler tant la température que l’humidité. Photo : Émilie Parent-Bouchard

« On s’est rendu compte que c’était un gros manque. On incubait nos propres œufs et des gens en ont demandé. On est en train de consolider ça, ce qui nous procure un meilleur revenu et va nous aider à développer le côté viande », espère Karine Péladeau, qui, en attendant de voir si le projet pilote d’abattage de poulets à la ferme sera reconduit, remplit tranquillement les exigences qui lui permettront d’y souscrire. « Mais on n’arrive pas à fournir, tant à la demande de poussins qu’à la demande d’œufs », mentionne-t-elle.

Communauté nourricière 

Sans le savoir, la Ferme Universalis a trouvé son coin de paradis à Roquemaure, un village d’Abitibi-Ouest déjà mobilisé pour le développement d’une communauté nourricière. « On n’aurait pas pu mieux tomber! » dit Karine Péladeau, encore surprise de ce coup de pouce du destin. 

Elle ajoute qu’en plus d’avoir trouvé un point de chute pour distribuer ses œufs de poules et de canes à la coop du village, la concertation permet d’orienter ses choix de culture de manière cohérente avec les autres productions déjà implantées sur le territoire. « On essaie de ne pas se nuire, de se complémenter. L’année passée, on a essayé le petit pois. Ce n’est pas tout le monde qui en fait parce que c’est très long à ramasser, mais moi, les enfants aiment ça », illustre-t-elle, en indiquant avoir aussi planté des griffes d’asperges, qui devraient tranquillement commencer à porter leurs fruits cette année. 

« On est en train de tricoter notre vie, d’écrire notre histoire, de laisser notre trace et de bâtir des chemins pour nos enfants. Et je pense que c’est pour ça qu’on est autant impliqués dans la communauté, on veut leur ouvrir plein de portes, et après, c’est vraiment un legs qu’on va leur faire », conclut Karine Péladeau, qui, sans ne rien vouloir imposer, espère voir la graine ne pas tomber trop loin de l’arbre.  

Les enfants de la Ferme Universalis voient le travail à la ferme comme un jeu et réalisent de nombreux apprentissages, atteste leur mère et ancienne psychoéducatrice, Karine Péladeau. Photo : Gracieuseté de la Ferme Universalis

Les enfants de la Ferme Universalis voient le travail à la ferme comme un jeu et réalisent de nombreux apprentissages, atteste leur mère et ancienne psychoéducatrice, Karine Péladeau. Photo : Gracieuseté de la Ferme Universalis

Fait maison

À la Ferme Universalis, les mangeoires et les abreuvoirs sont pensés pour répondre aux besoins de la jeune famille. « Les mangeoires sont souvent faites pour mettre deux ou trois pelletées de moulée et aller en ajouter tous les jours. Avec les enfants, ça me prend quelque chose qui fait en sorte que je n’ai pas besoin d’y aller tout le temps », indique Karine Péladeau, qui se rend tout de même au poulailler plusieurs fois par jour, mais souvent avec un enfant dans les bras plutôt qu’une poche de moulée. De gros barils raccordés par des tuyaux de PVC permettent de réduire la fréquence des ravitaillements. « Le gars à la quincaillerie riait de moi, il disait : ‘‘Tu en as donc bien, des toilettes à poser!’’ Mais les gens qui ont des poules trouvent que c’est une bonne idée », dit-elle. 

Le bon coup de l’entreprise

Karine Péladeau n’avait initialement pas envisagé de vendre des poules à des éleveurs domestiques. Mais comme elle incubait des œufs pour produire la relève de son propre élevage, d’autres consommateurs ont commencé à lui en demander. « C’est vraiment un beau marché qu’on a ouvert, dit-elle. Il n’y en a pas d’autres non plus. À part d’aller les chercher dans le commercial, les gens n’y ont pas vraiment accès. C’est vraiment une chose à laquelle on ne s’attendait pas, et j’ai vraiment pris goût à ça. » Tellement qu’elle s’est récemment dotée d’un nouveau cabinet d’incubation, ce qui lui permet de louer l’équipement qu’elle utilisait précédemment à des fins pédagogiques. « On offre l’incubateur, les œufs et on reprend les poussins, explique-t-elle, plaidant pour un peu plus d’agriculture à l’école. Les jeunes sont rendus déconnectés et ce sont des savoir-faire de vie qui sont importants. »

Fiche technique
Nom de la ferme :

Ferme Universalis

Spécialités :

Volaille et production maraîchère

Année de fondation :

2021

Noms des propriétaires :

Karine Péladeau et Gabriel Noël

Nombre de générations :

1

Cheptel :

400 poussins par année

Avez-vous une famille à suggérer?
[email protected] | 1 877 679-7809


Ce portrait de famille est présenté par