Signe des temps, un fleuron des cabanes à sucre servant des repas, l’Érablière La Grillade, en Estrie, sera démoli pour faire place à un Costco. Photo : Facebook/Érablière La Grillade
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S'abonner maintenantL’Érablière La Grillade, qui marque le paysage de Saint-Alphonse-de-Granby, en Estrie, sera démolie pour faire place à différents commerces, dont un Costco.
Pierre Gingras, qui était propriétaire des lieux avec son frère Luc jusqu’à tout récemment, revient sur la transaction qui les a amenés à se départir de cette érablière bien connue, notamment pour son toit orange, en bordure de l’autoroute 10. « Mon père avait acheté ça en 1983. Deux acheteurs sont venus nous voir pour le terrain, car nous sommes zonés blanc ici. Je ne voulais pas vendre, mais le comptable m’a dit : “Hey, je vais t’expliquer quelque chose…” Ç’a pris 38 mois [pour clore] l’offre d’achat », relate M. Gingras, qui est également agriculteur.
Il a de la relève pour ses exploitations agricoles et pour une autre cabane à sucre commerciale, mais pas pour celle-ci. « Mon gars est ingénieur. Il m’a vu travailler les fins de semaine toute ma vie et ça ne l’intéressait pas », précise-t-il au sujet de l’érablière qui misait sur 500 places assises et nécessitait le labeur d’une quarantaine d’employés. Une clientèle de jeunes, de gens âgés et de différentes nationalités venait à sa cabane pour se plonger dans les traditions québécoises de l’érable.

Durant sa belle époque, le site comptait d’ailleurs plusieurs érables, l’équivalent de près de 2 000 entailles, dit M. Gingras. « Mais après le verglas, ils sont devenus des piquets de clôtures. On n’entaillait plus », raconte-t-il.
Le fait que le site de l’ancienne érablière soit bientôt rasé a suscité de nombreuses réactions. « Tu ne peux pas t’imaginer combien de commentaires. Je dirais que 50 % des gens sont contre, dont des clients qui sont venus ici chaque année. D’autres sont contents de voir un Costco arriver. Même si on savait que le terrain prenait de la valeur chaque année, on n’avait pas prévu ça. Sauf que quand le train passe, tu peux le pendre ou le regarder passer. On l’a pris », dit l’homme de 65 ans, qui désire ralentir son rythme de travail.
Un fleuron
« C’est un gros morceau qu’on perd, un fleuron, une institution reconnue. Je trouve ça dommage de voir des cabanes qui disparaissent, mais je peux comprendre le choix de vendre, parce que c’est beaucoup d’ouvrage », exprime Mélanie Charbonneau, copropriétaire de l’Érablière Charbonneau.
Celle qui siège au conseil d’administration de l’Association des salles de réception et érablières commerciales du Québec mentionne que le transfert des entreprises est un sujet important chez les propriétaires de cabane à sucre commerciale. Certains n’ont pas de relève, d’autres pensent à vendre, tandis que certains, comme elle, misent sur de la relève. « Hubert, notre fils de 18 ans, aimerait reprendre les activités de l’érablière et du verger. Nous sommes contents. Il nous amène un regain d’énergie. Mais ce n’est pas un métier très facile. C’est très intense pour les cabanes qui font leur propre sirop et qui accueillent les gens. Il faut être bon avec le public, bon en cuisine, bon en agriculture, et bon en gestion, car ça fait beaucoup de main-d’œuvre pour une courte période. Nous avons 95 employés », décrit Mme Charbonneau.
Le bon côté des choses, c’est que la clientèle répond présente. « On ne peut pas se plaindre; il y a de l’achalandage. Malgré la température en dents de scie, les clients sont au rendez-vous. Et nous avons une clientèle diversifiée avec beaucoup de gens de différentes nationalités. C’est important, car ils viennent apprendre de notre culture », indique la femme d’affaires.