Environnement 21 avril 2026

Le défi des plantes de couverture obligatoires pour les maraîchers

Il n’y a pas que les producteurs de grandes cultures qui seront bousculés, advenant l’adoption du projet de Règlement sur les pratiques agroenvironnementales. Les maraîchers devront couvrir 25 % de leur sol avec des plantes enracinées durant l’hiver, ce qui représentera un défi pour plusieurs, notamment en raison de la grande diversité de légumes cultivés.  

« Je dirais qu’il y a une curiosité, une volonté d’adopter des cultures de couverture, mais que ça se fait à différents rythmes », observe l’agronome Nadia Surdek, qui est cheffe d’équipe des secteurs maraîcher et fruitier pour le groupe PleineTerre, actif en services-conseils.

Il existe plusieurs façons d’implanter des cultures de couverture, explique-t-elle, et trouver la bonne stratégie en production maraîchère, qui permet de répondre aux réalités variables d’une ferme à l’autre, s’avère complexe, notamment en raison de la diversité des produits que l’on retrouve dans une même ferme. Certaines cultures sont à cycle court; d’autres sont plus longs, avec des stratégies de rotation qui diffèrent.

Le manque de temps pour implanter des plantes de couverture après la récolte tardive de légumes racines et de courges, en octobre et en novembre, est un autre exemple d’obstacle rencontré.

Des cultures de couverture depuis trois ans

Un producteur de betteraves, de carottes et de maïs-grain de Saint-Roch-de-l’Achigan, dans Lanaudière, Martin Gariépy, qui a commencé à intégrer des cultures de couverture à ses rotations, il y a trois ans, accorde à ces dernières de l’espace à l’année, car il serait impossible, selon lui, de les enfouir après ses récoltes tardives.

Il explique que deux mélanges différents de plantes se succèdent en guise d’engrais vert durant l’été. Le premier est semé en juin, puis fauché, avant que le deuxième soit semé en août, sur la même parcelle, en vue d’un enracinement dans le sol tout l’hiver. Des semis de légumes sont ensuite réalisés au printemps, puis les deux années suivantes, la même parcelle sert à la production de maïs-grain avant le retour des cultures de couverture la saison d’après, dans une rotation qui s’échelonne sur quatre ans.

Chaque saison, une parcelle différente d’environ 60 hectares sert donc uniquement à la culture de plantes de couverture qui viennent enrichir le sol, parallèlement aux 180 hectares de betteraves, de carottes et de maïs. 

S’il estime que son système lui a donné de bons rendements de carottes, l’an dernier, l’agriculteur est conscient que sa stratégie ne conviendrait pas à tous. 

Ce n’est pas tout le monde qui est prêt à sacrifier un an de rentabilité pour faire ça. Moi je le fais, parce que j’ai confiance que plus ta terre est riche, plus ça favorise les rendements à long terme, mais il faut pouvoir le faire. Ce sont des coûts; les semences ne sont pas données.

Martin Gariépy

Un réseau d’échange 

L’Association des producteurs maraîchers du Québec s’est vu accorder une subvention de 500 000 $ du gouvernement provincial pour la mise en place d’un réseau de partage de connaissances sur les plantes de couverture. L’objectif du réseau, qui sera déployé en collaboration avec le Carrefour industriel et expérimental de Lanaudière, le Groupe Pleine Terre, le Centre d’études sur les coûts de production en agriculture et l’organisation Terre à table, sera de documenter l’adoption d’engrais verts dans les fermes maraîchères, et d’aider ces dernières à en intégrer, par exemple en diffusant les pratiques à succès ou en organisant des démonstrations.