Acériculture 17 avril 2026

Le prix du mazout réduit les profits des érablières

La guerre entre les États-Unis et l’Iran a une incidence sur les nombreuses érablières qui produisent leur sirop d’érable à l’aide d’un évaporateur au mazout. « Ç’a coûté 20 000 $ de fuel juste dans le mois de mars. Quand il est venu remplir, le 6 avril, ç’a représenté 5 363 $ de fuel pour 3 jours! C’est vrai qu’on a fait du sirop en conséquence, car quand la tank descend, c’est qu’on fait des barils. Mais avec la hausse de prix du mazout, ce sont une coupe de milliers de dollars qu’on n’aura pas dans nos poches cette année », déplore Frédéric Marinier, copropriétaire d’une érablière de 32 000 entailles à Oka, dans les Laurentides. 

En Estrie, Paul Hébert a regardé le camion venir le ravitailler à 1,94 $ le litre. « C’est le montant le plus haut que j’ai vu. On va encore faire de l’argent, mais ça va couper les profits », se désole le propriétaire d’une érablière de 18 000 entailles à Bolton-Ouest. « Ce qui est insultant, ce sont les compagnies pétrolières qui font de l’argent avec ça. Elles nous prennent en otage. Le gaz, ils l’ont payé 1,60 $ et le lendemain, ils montent ça à 1,80 $, même si leurs réservoirs étaient pleins. Et quand le prix va descendre, ils vont attendre pour nous le descendre. Je le sais, car j’avais une station de gaz avant, et d’ailleurs, je n’avais jamais vu les prix monter aussi vite comme ça », raconte-t-il. 

À La Patrie, en Estrie, Jasmin Blais voit son coût de mazout pratiquement doubler. « L’an passé, ça me coûtait en moyenne 70 $ pour produire un baril de sirop. Cette année, ce sera entre 100 et 120 $ [de mazout] par baril. Même qu’au début de la saison, on avait de la misère [à concentrer mécaniquement l’eau d’érable]. Il fallait presque toute la bouillir, alors on devait être à 150 $ le baril », analyse-t-il. 

Le mazout représente l’une des plus grosses dépenses de son érablière de 30 000 entailles. Il a envisagé de changer son équipement pour un évaporateur électrique, mais le coût élevé d’acquisition lui apparaît moins rentable. Un évaporateur au bois l’obligerait à embaucher un employé, lui qui s’occupe seul de sa cabane. Même si les profits diminueront en raison du prix du pétrole, les marges demeureront positives, estime-t-il, en raison du faible endettement de son entreprise.  

La cerise sur le sundae

Les acériculteurs qui sont peu endettés et qui ont un évaporateur au mazout depuis plusieurs années ont souvent les reins assez solides pour absorber une hausse radicale du coût du mazout, mais il en est tout autrement pour les producteurs endettés et pour la relève, fait remarquer Vincent Poisson, conseiller au Club acéricole du Sud du Québec. « Ceux qui sont endettés et qui voient le prix des équipements monter, les taxes, le coût de l’emprunt et de la main-d’œuvre augmenter, voir le prix du mazout passer pratiquement du simple au double, c’est la cerise sur le sundae! C’est de plus en plus dur à rentabiliser, notamment ceux qui ont fait une acquisition. On s’en va un peu dans un mur avec tout ça », lance-t-il. Le conseiller déplore le manque de données sur la rentabilité des érablières. Il insiste sur le fait que les producteurs ne connaissent pas tous leurs coûts de production.