Machinerie 20 avril 2026

Des variations de courant endommagent des évaporateurs électriques

« On a vécu un méchant drama! Les fluctuations sur le réseau 600 volts d’Hydro-Québec ont fait sauter le drive [onduleur du moteur du compresseur à vapeur de l’évaporateur]. Notre évaporateur, un Écovap, c’est un gros moteur électrique de 100 forces. Il a arrêté, et personne n’a vu ça venir. Disons que nous avons eu tout un stress, car on est en pleine saison », explique Thomas Bernard, détenteur d’un doctorat en génie électrique à l’Université de Sherbrooke, qui travaille aujourd’hui pour le Centre de bouillage La Patrie, en Estrie. 

Il explique que cette érablière n’est pas la seule à avoir été touchée. « Le propriétaire d’une autre cabane située à 20 minutes d’ici nous a appelés. La variation de courant a également sauté le drive. Au total, c’est quatre érablières près de nous qui ont des évaporateurs électriques et qui ont tous sauté leurs drive », rapporte-t-il. 

Le manufacturier ne détenait pas la pièce exacte, mais lui a livré rapidement des composantes compatibles. « L’équipementier nous a offert un excellent support, mais c’est quand même près de 20 000 $, un drive », mentionne-t-il. Cendrix Bouchard, conseiller stratégique en communications chez Hydro-Québec, soutient que la société d’État n’est pas responsable des dommages associés aux fluctuations de courant ni aux pannes. 

Thomas Bernard le sait, lui qui vient d’installer, au coût de 3 000 $, des protecteurs de tensions sur les entrées électriques alimentant des appareils névralgiques de l’érablière.

Ce n’est pas une pratique commune dans les cabanes à sucre, d’installer des parasurtenseurs, mais je recommande à tout le monde d’en installer au plus maudit! Dans l’industriel, ils vont même jusqu’à se mettre des protections actives de courant à 50 000 $ qui protègent les machines et évitent l’arrêt de la production.

Thomas Bernard

« Hydro ne suit pas notre évolution »

Les appels de plaintes contre Hydro-Québec ont occupé beaucoup de minutes du cellulaire de Jonathan Blais, président des Producteurs et productrices acéricoles de l’Estrie. « Les variations de tension, cette année, ça n’arrête pas. C’est un calvaire pour plusieurs producteurs. Il y a en plein qui se sont équipés d’appareils automatisés et ça crée des dommages majeurs. C’est loin d’être juste les évaporateurs électriques; il y a beaucoup d’équipements de pointe, comme les lecteurs de précision, les pompes vacuum sophistiquées, les contrôleurs électroniques. Soit qu’il y a des bogues à cause des baisses de tension ou que ça grille », s’alarme-t-il. 

À cela s’ajoutent les pannes de courant. « C’est le réseau d’Hydro qui est simplement désuet, dit M. Blais. En acériculture, on investit, on veut exploiter et se moderniser, mais Hydro-Québec ne suit pas notre évolution. » 

Une année particulière

Le manufacturier d’équipements acéricoles Dominion & Grimm confirme que du courant triphasé affichant des irrégularités a nui à la performance d’équipements acéricoles dans deux localités de l’Estrie et de Chaudière-Appalaches dernièrement. « On n’a jamais vécu une année aussi marquée [par les problèmes de courant] », rapporte le copropriétaire Vincent Pépin. Son entreprise a offert du soutien aux clients, mais ne peut rien faire lorsque c’est l’approvisionnement électrique qui est incorrect. Des voltmètres équipant chacune de ses machines donnent la preuve des variations de voltage. 

Mis à part les cas évoqués, de façon générale au Québec, ces dernières années, les appareils gourmands en électricité comme les concentrateurs et les évaporateurs électriques n’ont pas souffert de problèmes d’approvisionnement en électricité causant des bris d’équipement, nuance-t-il. 

M. Pépin souligne cependant que les acériculteurs veulent des équipements plus rapides et plus performants, et lorsqu’ils sont plusieurs dans un secteur à s’équiper de la sorte, sans toujours prévenir Hydro-Québec de l’augmentation de leur demande d’électricité, il se peut que des problèmes de courant se produisent.