Phytoprotection 10 avril 2026

Insectes, maladies et mauvaises herbes : ces ennemis à surveiller en 2026

Dans les champs, des ennemis des cultures sont déjà bien installés, d’autres frappent à la porte. Ils exigent des producteurs une vigilance accrue et des interventions pour limiter les pertes. Voici les principaux ennemis à surveiller dans les champs en 2026.

Le fulgore tacheté : une question de temps

Le fulgore tacheté reste en haut de la liste des préoccupations. Cet insecte asiatique, qui s’attaque notamment aux vignes – sa plante hôte privilégiée – de même qu’aux arbres fruitiers et à plusieurs essences forestières, progresse rapidement aux États-Unis.

Au Canada, aucune population établie n’a encore été confirmée. Mais les signalements augmentent d’année en année. « On ne se demande plus s’il va arriver, mais quand », résume Olivier Morin, biologiste aux enquêtes phytosanitaires à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA).

Certains indices peuvent alerter les producteurs de sa présence. Les masses d’œufs, souvent déposées sur les troncs ou sur des surfaces lisses, ressemblent à des éclaboussures de boue séchée. La présence de champignons ou de moisissures noirâtres sur les tiges « sont d’autres indices à surveiller », souligne le biologiste.

Au Canada, aucune population établie du Fulgore tacheté n’a encore été confirmée. Mais les signalements augmentent d’année en année. Photo : Gracieuseté de l’Agence canadienne d’inspection des aliments
Au Canada, aucune population établie du Fulgore tacheté n’a encore été confirmée. Mais les signalements augmentent d’année en année. Photo : Gracieuseté de l’Agence canadienne d’inspection des aliments

L’insecte lui-même est aussi reconnaissable à ses ailes colorées de rouge, de noir et de blanc, et à son comportement. Les larves et les adultes s’alimentent en groupe, parfois en grand nombre sur un même plant, ce qui accentue rapidement les dommages. En se nourrissant de la sève, ils affaiblissent la plante et nuisent à sa croissance.

Une fois que l’insecte sera établi, il est irréaliste de penser qu’il pourra être éradiqué, selon Olivier Morin. « L’expérience américaine montre que, même avec des moyens importants, on n’a pas réussi à l’éliminer », indique-t-il. 

La principale difficulté tient à sa capacité de dispersion. Les masses d’œufs peuvent se fixer sur des surfaces inertes, comme la machinerie ou les véhicules, et parcourir de longues distances sans être détectées. L’inspection visuelle des équipements et le nettoyage rigoureux de la machinerie font partie des gestes recommandés. 

La mineuse du poireau : à surveiller de près

Plus petite et moins visible, la mineuse du poireau n’en est pas moins préoccupante. Déjà présente aux États-Unis et confirmée en Ontario, elle pourrait atteindre le Québec à court terme.

« Les larves creusent directement dans les tissus des plants. Quand elles atteignent le bulbe, le légume devient invendable », explique Jean-Philippe Légaré, biologiste entomologiste au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ).

Les larves de la mineuse du poireau creusent directement dans les tissus des plants. Quand elles atteignent le bulbe, le légume devient invendable. Photo : Gracieuseté de l’Agence canadienne d’inspection des aliments
Les larves de la mineuse du poireau creusent directement dans les tissus des plants. Quand elles atteignent le bulbe, le légume devient invendable. Photo : Gracieuseté de l’Agence canadienne d’inspection des aliments

Des infections secondaires – champignons et bactéries – peuvent accélérer la dégradation des plants.

Le dépistage demeure la meilleure ligne de défense. Les experts recommandent de surveiller les feuilles pour repérer les piqûres caractéristiques et d’utiliser des pièges collants pour détecter les adultes. L’organisation des cultures joue aussi un rôle. Éviter de regrouper ou de multiplier les cultures d’alliums (poireau, ail, échalote, oignons, etc.) au même endroit permet de limiter la propagation.

C’est particulièrement critique en production biologique, où les options de contrôle sont plus limitées.

Jean-Philippe Légaré

L’amarante de Palmer : alerte rouge

Parmi les mauvaises herbes, l’amarante de Palmer est sans doute celle qui suscite le plus d’inquiétudes. Elle n’est pas encore implantée au Québec, mais sa présence a été confirmée en Ontario, à proximité de la frontière.

« C’est l’espèce que l’on surveille le plus activement », affirme David Miville, agronome malherbologiste au Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection (LEDP).

Un seul plant peut produire des centaines de milliers de graines, et sa croissance rapide lui permet de concurrencer efficacement les cultures. Dans certains cas, quelques plants suffisent à entraîner des pertes de rendement majeures.

L’amarante de Palmer n’est pas encore implantée au Québec, mais sa présence a été confirmée en Ontario, à proximité de la frontière. Photo : Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection - MAPAQ
L’amarante de Palmer n’est pas encore implantée au Québec, mais sa présence a été confirmée en Ontario, à proximité de la frontière. Photo : Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection – MAPAQ

Sa résistance aux herbicides complique encore la situation. Aux États-Unis, certaines populations sont résistantes à de nombreux groupes, ce qui limite fortement les options de contrôle.

Dans ce contexte, la stratégie repose d’abord sur la prévention. La machinerie représente un vecteur majeur de dispersion. « Les batteuses contaminées peuvent introduire l’espèce dans un champ sans que le producteur s’en rende compte, souligne David Miville. Elles doivent être correctement nettoyées lorsqu’elles sont achetées usagées aux États-Unis. »

Lorsqu’un plant est détecté, il doit être arraché manuellement afin d’empêcher toute production de graines. Une surveillance étroite pendant plusieurs années s’impose ensuite.

L’amarante tuberculée : déjà dans les champs

Contrairement à sa cousine, l’amarante tuberculée est déjà bien implantée au Québec depuis 2017. Sa progression rapide et sa capacité à développer des résistances en font un défi majeur.

« La difficulté, c’est sa germination étalée. Même après une intervention, de nouveaux plants apparaissent », explique Jean-Philippe Légaré.

L’amarante tuberculée est déjà bien implantée au Québec depuis 2017. Sa progression rapide et sa capacité à développer des résistances en font un défi majeur. Photo : Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection - MAPAQ
L’amarante tuberculée est déjà bien implantée au Québec depuis 2017. Sa progression rapide et sa capacité à développer des résistances en font un défi majeur. Photo : Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection – MAPAQ

Sa ressemblance avec d’autres amarantes complique aussi le diagnostic, ce qui peut retarder les interventions. « Dans sa phase de croissance, elle ressemble fortement à d’autres espèces d’amarantes moins problématiques », précise David Miville.

Favoriser des cultures compétitives, réduire l’espacement entre les rangs et implanter des cultures de couverture permettent de limiter son développement. « Il faut viser la tolérance zéro pour éviter qu’elle produise des semences », insiste l’expert.

La pourriture brune asiatique : détectée en Montérégie

Les producteurs de pommes et de fruits à noyau doivent avoir l’œil ouvert. La pourriture brune asiatique, une maladie fongique, a été détectée pour la première fois en Amérique du Nord, sur quatre sites en Montérégie.

Ce champignon appartient au même genre que les pourritures brunes déjà présentes dans les vergers québécois. Mais il s’en distingue par certaines caractéristiques biologiques. Comme ses cousins, il se propage par des spores transportées par le vent, les éclaboussures de pluie ou les insectes. Le champignon progresse à l’intérieur de la plante pour atteindre le fruit en fin de saison, provoquant une pourriture caractéristique et une contamination rapide d’un fruit à l’autre.

« Pour l’instant, rien ne prouve qu’il soit plus dommageable que les espèces déjà présentes », précise Olivier Morin.

Au-delà des pertes au champ, c’est surtout les conséquences sur les marchés qui préoccupent. La présence d’un nouvel organisme réglementé peut entraîner des restrictions commerciales. L’ACIA mène donc des inspections ciblées pour mieux documenter l’étendue de sa présence.

Des outils accessibles

Pour aider à faire face à ces défis, les producteurs peuvent s’abonner gratuitement au Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) – https://www.agrireseau.net/Rap –, qui diffuse des infolettres hebdomadaires sur les ravageurs selon les cultures et les régions. Le LEDP offre également des services de diagnostic à faible coût – voire gratuits dans certains cas jugés d’intérêt provincial.

« Même à partir de simples photos, on peut effectuer une première évaluation », souligne Jean-Philippe Légaré. L’objectif : détecter les nouvelles menaces rapidement et freiner leur propagation avant qu’elles s’installent.