Annie, Carl, Clémence et Rosaire en compagnie de Kelly-Ann, Katry et Marie-Soleil. Photos : Maurice Gagnon
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S'abonner maintenantSAINT-ALEXANDRE-DE-KAMOURASKA — Quitter l’enseignement du piano et le volant des camions pour bâtir un avenir en famille : c’est le pari réussi d’Annie Morneau et de Carl Malenfant. En reprenant la Ferme Pelneau, le couple honore l’héritage de Rosaire et Clémence tout en insufflant une modernité nécessaire à cette exploitation du Bas-Saint-Laurent.
Pour Annie Morneau, le retour à la terre n’était pas écrit dans les partitions. Enseignante de piano, elle jonglait entre ses leçons à domicile et sa vie de famille, mais un sentiment de tiraillement assombrissait son quotidien. « Je devais fermer ma porte pour enseigner pendant que mes enfants jouaient de l’autre côté. Ça me déchirait le cœur », confie-t-elle avec émotion. Son désir était simple, mais puissant : travailler sans avoir à se séparer de ses enfants. Le point de bascule survient en 2016. Lors d’un congé de maternité, la place occupée par son frère se libère dans la ferme familiale. Annie n’hésite pas : « J’ai dit à mon père : “N’engage pas, je veux venir t’aider.” »
Son conjoint, Carl Malenfant, a lui aussi troqué les longues heures passées sur les routes contre les champs de Saint-Alexandre. Camionneur durant quinze ans, l’aîné d’une famille agricole n’avait jamais vraiment coupé les ponts avec la terre, revenant prêter main-forte à son beau-père durant ses vacances et les fins de semaine. « L’été, on donnait des journées au foin », se rappelle-t-il. En 2017, animé par un désir d’autonomie, il rejoint Annie pour travailler à temps plein à la ferme. Ils réalisent ainsi leur rêve de travailler ensemble, et transforment l’entreprise en un véritable milieu de vie où grandissent leurs trois filles — Katry, Marie-Soleil et Kelly-Ann, âgées respectivement de 12, 11 et 10 ans.

Les coups durs du passé
Cette sérénité actuelle est le fruit d’une résilience héritée de Rosaire Morneau et de Clémence Pelletier. En 1983, le couple a acheté la ferme d’un étranger dans un contexte économique étouffant, avec des taux d’intérêt frôlant les 23 %. « On a payé le gros prix pour s’installer », résume Rosaire avec le pragmatisme de ceux qui ont survécu aux tempêtes. Le plus dur restait pourtant à venir. En 1990, une épidémie de salmonellose a décimé le troupeau, emportant 12 vaches sur 40. Pendant trois mois, la ferme survit sans aucune paie de lait, contrainte de jeter sa production chaque jour pour éviter la propagation de la maladie. « Ils ont eu ça dur », souligne Annie, admirative devant la ténacité de ses parents, qui n’ont jamais baissé les bras. Le « déclic » qui a permis à l’entreprise de prendre son véritable envol survient au tournant des années 2000 avec la construction d’une fosse à lisier liquide, d’une laiterie et d’une étable, qui a permis de doubler la superficie pour loger les vaches laitières.
Le patrimoine de la Ferme Pelneau s’incarne aussi dans sa maison ancestrale, qui a près de 200 ans. Déménagée de Saint-André, tirée par des chevaux, cette demeure est un livre d’histoire à ciel ouvert.
Lors des rénovations, on a découvert des journaux de 1852 utilisés comme isolant dans les murs.
En mettant à nu les poutres d’origine marquées par les coups de hache, ils ont créé un espace où le passé dialogue avec le présent. « On sent tout le travail de nos ancêtres inscrit dedans », ajoute-t-il avec un grand respect pour le travail des bâtisseurs.
Une croissance soutenue
Aujourd’hui, l’exploitation témoigne d’une progression remarquable. Par souci de performance, le troupeau de race Ayrshire a été remplacé par un cheptel de Holsteins dès les années 2000. La ferme compte désormais 250 têtes, dont une centaine en lactation, pour un quota de 152 kilos de matière grasse par jour. Les infrastructures ont suivi cette croissance avec une nouvelle étable en stabulation libre pour la relève en 2019, qui a été agrandie de 22 stalles en 2025.
Malgré cette stature industrielle, l’esprit de famille reste le cœur battant de la famille Morneau-Malenfant. Si l’aînée s’intéresse déjà aux bovins, la jeune Kelly-Ann développe une passion pour les deux ruches de miel de la ferme. Carl met à profit son expertise de soudeur-mécanicien en plus d’assurer la gestion du troupeau et des champs. Annie, tout en gérant la comptabilité et les soins aux animaux, continue de faire vibrer l’orgue de l’église locale, un lien essentiel avec sa communauté et sa passion pour la musique, qu’elle a su transmettre à leurs filles. « On fait ce qu’on aime, puis on le fait ensemble. Le reste… on verra », conclut-elle avec une profonde confiance en l’avenir.

Équipement techno
Chez Annie et Carl, la technologie est un levier d’efficacité au service du bien-être animal. L’été dernier, l’intégration d’un panneau de contrôle RTM (ration totale mélangée) a révolutionné la logistique alimentaire. « Avant, c’était le robot qui gérait tout, mais il n’était plus capable de suivre, avec l’augmentation du nombre de vaches », explique Carl. Ce système automatise la préparation précise de la « soupe » nutritionnelle, éliminant les temps d’attente pour le troupeau. Parallèlement, la ferme mise sur l’agriculture de précision avec l’équipement APV contrôlé par GPS. Cette technologie permet l’implantation de plantes de couverture entre les rangs de maïs, une pratique qui préserve les nutriments et l’humidité des sols. Pour le couple, ces avancées ne sont pas des gadgets, mais des outils essentiels pour assurer la pérennité de leur entreprise tout en libérant du temps pour l’essentiel : la vie de famille.
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme Pelneau |
| Spécialité : | Lait |
| Année de fondation : | 1983 |
| Noms des propriétaires : | Annie Morneau, Carl Malenfant, Rosaire Morneau et Clémence Pelletier |
| Nombre de générations : | 2 |
| Superficie en culture: | 212 hectares |
| Cheptel : | 250 têtes |
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