Fertilisation 13 avril 2026

Un coûteux approvisionnement printanier en fertilisants

Les producteurs qui s’approvisionnent en fertilisants au printemps ne se feront pas refiler l’intégralité de la hausse des prix occasionnée par la guerre au Moyen-Orient, mais doivent s’attendre à ce que certains engrais, comme l’urée, coûtent jusqu’à 50 % plus cher qu’à l’automne, préviennent des fournisseurs d’intrants.

« Les producteurs qui ont réservé tôt ont été très gagnants cette année », constate le président de Synagri, Sylvain Lavoie. Désigné comme porte-parole par le Réseau Végétal Québec, ce dernier remarque que les fournisseurs d’intrants que son association représente avaient déjà complété la majorité de leurs approvisionnements avant que le conflit n’éclate, ce qui leur permet de ne transmettre qu’une partie de la hausse des prix mondiaux aux producteurs. 

Par contre, l’effet sur les prix est plus grand pour certains achats d’urée et de produits azotés qu’il restait à faire, notamment pour l’étape de la post-levée du maïs, qui survient plus tard, à la mi-juin. 

Chez Sollio Agriculture, la directrice principale des productions végétales pour les réseaux du Québec, Christine Bourbonnais, fait remarquer que les coûts de transports pour livrer les produits peuvent aussi influencer le prix final payé par les producteurs.

En fonction des régions, en fonction des détaillants, c’est sûr que le prix du carburant a aussi un impact sur le coût final du produit rendu à la ferme.

Christine Bourbonnais

Si elle remarque « une tendance » des producteurs à réserver leur commande à l’automne, elle constate, tout comme Sylvain Lavoie, que plusieurs adoptent aussi la stratégie de faire leurs achats plus tard, dépendamment, par exemple, de leurs liquidités.

« Plusieurs producteurs avaient une bonne partie de leur approvisionnement de fait, mais peut-être que la dernière section qu’ils vont acheter, ils vont la payer plus cher », observe le président de Synagri, analysant que l’ampleur du débalancement de l’offre et de la demande mondiale de fertilisants, comme l’urée, ne laisse pas ­présager une correction de prix à très court terme. 

Les producteurs qui s’approvisionnent en fertilisants au printemps doivent s’attendre à ce que certains engrais, comme l’urée, coûtent jusqu’à 50 % plus cher qu’à l’automne. Photo : Gracieuseté de Sollio Agriculture
Les producteurs qui s’approvisionnent en fertilisants au printemps doivent s’attendre à ce que certains engrais, comme l’urée, coûtent jusqu’à 50 % plus cher qu’à l’automne. Photo : Gracieuseté de Sollio Agriculture

Les maraîchers moins touchés

De façon générale, les producteurs de grandes cultures, notamment de maïs-grain, qui utilisent beaucoup d’urée, seront plus touchés par les hausses de prix que les maraîchers, qui utilisent des mélanges d’engrais différents, constate M. Lavoie. Il indique que ces derniers se frotteront aussi à des hausses de prix, mais moins importantes. 

Après avoir sondé certains de ses membres, y compris ceux qui réservent des quantités à l’automne, la présidente de l’Association des producteurs maraîchers du Québec, Catherine Lefebvre, fait état d’une augmentation de l’ordre de 8 à 10 % par rapport à l’an dernier. « Ça touche tout le monde, remarque-t-elle. Les prix se créent tout le temps au printemps, même si tu as gelé ton prix d’avance », remarque-t-elle, admettant que l’ampleur de la hausse est moindre qu’appréhendée. 

Selon une analyse de l’indexation des coûts de production que Les Producteurs de pommes de terre du Québec ont demandée à la firme Forest Lavoie Conseil, les fertilisants qu’ils utilisent seraient en moyenne 20 % plus chers, cette saison.  

Selon Christine Bourbonnais, il devient essentiel, avec les fluctuations de marché mondiales, que les producteurs et leurs fournisseurs travaillent « en étroite collaboration » pour mieux prévoir les achats. Sylvain Lavoie est du même avis. « En dedans de 24 h, une situation mondiale arrive et ça affecte tout le monde. Il faut que les producteurs travaillent de plus en plus en proximité avec le distributeur pour planifier ensemble les besoins. Car le Québec ne produit rien, que ce soit l’urée, la solution azotée, la potasse, le phosphore. Tout est importé », rappelle celui qui encourage ses clients à planifier leurs besoins à l’automne.