Économie 2 avril 2026

Un producteur de foin veut aussi avoir accès aux 30 M$

ORFORD – Le producteur de foin Philippe Désautels ne comprend pas pourquoi les producteurs de grains ont été les seuls priorisés par Québec pour les compensations de la bourse du carbone, alors que son secteur de production ne recevra rien. 

Rappelons que les producteurs de grains se partageront un montant de 30 M$ versé par Québec pour compenser les répercussions du marché québécois du carbone sur le prix du diesel et du propane qu’ils utilisent. « Nous aussi, on fait beaucoup de passages avec les tracteurs, on fauche, on macère, on presse, on ramasse. On peut passer de 7 à 10 fois par coupe. On fait plus de passages au champ que les producteurs de grandes cultures, et on sèche notre foin au propane. J’en sèche tout l’été. L’an passé, j’ai pris environ 100 000 litres de propane », détaille le jeune producteur, qui avait d’abord exprimé sa frustration au congrès de la relève agricole du Québec, le 13 mars, à Orford, en Estrie. 

Il ajoute que les producteurs de foin de son entourage en ont assez d’être exclus des programmes, eux qui ne sont pas admis au programme de rétribution environnementale comme les producteurs de grains. « Pourtant, on fait de bonnes pratiques avec nos sols, qui sont tout le temps couverts. On fait des bandes de végétation et nous ne sommes même pas admissibles », déplore-t-il. 

Lors de l’annonce des 30 M$ offerts aux producteurs de grains, le gouvernement disait vouloir aider ces ­entreprises à rester compétitives, alors qu’elles paient leur carburant plus cher qu’ailleurs au Canada et aux ­États-Unis. « Nous aussi, on est moins compétitifs avec le prix qu’on paie notre carburant et nous aussi, on se bat [sur les marchés] contre des producteurs de l’Ontario et des États-Unis », argue Philippe Désautels. 

Questionné par La Terre sur l’exclusion des producteurs de foin, le cabinet du ministre de l’Agriculture, Donald Martel, a répondu que les 30 M$ visent les entreprises de grandes cultures qui sont particulièrement exposées à la hausse des coûts de carburant et à la concurrence sur les marchés internationaux. « Le gouvernement a également mis en place d’autres mesures qui profitent à l’ensemble du secteur agricole, comme le congé de cotisation au Fonds des services de santé », a indiqué l’attachée de presse Josiane Bélanger-Riendeau.

« Il y a eu du travail derrière »

À l’assemblée générale annuelle des Producteurs de grains du Québec, le 27 mars, à Drummondville, le président, Sylvain Pion, a insisté, devant les délégués, sur le travail de longue haleine de son organisation, dont les producteurs n’ont pas toujours conscience. Il a raconté que les discussions initiales avec Québec conféraient uniquement aux producteurs de grains l’enveloppe des 30 M$. « Ensuite, [le gouvernement voulait partager le montant avec] toutes les superficies, le foin, les érablières, pour revenir que les 30 M$ allaient aux producteurs de grains seulement. Ce n’est pas un hasard; il y a eu du travail derrière. »