La campagne publicitaire « Mieux traités morts que vivants? » de la SPCA Montréal mise entre autres sur de l’affichage dans le métro de Montréal et une publicité télévisée. On y voit des images de viande apprêtée avec soin au côté d’un veau vivant. Photos : SPCA
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantLa campagne publicitaire lancée par la SPCA de Montréal intitulée « Mieux traités morts que vivants? » a fait vivement réagir les éleveurs québécois. Celle-ci mise entre autres sur de l’affichage dans le métro de Montréal et une publicité télévisée. On y voit des images de viande apprêtée avec soin au côté d’un veau vivant.
Sur les réseaux sociaux, l’autrice, humoriste et conjointe de producteur ovin Fidjie Martell a jugé la campagne « insultante, dégradante et blessante pour les milliers d’éleveurs québécois qui ont profondément à cœur le bien-être de leurs animaux ». « Ce qui me dérange dans la campagne de la SCPA, c’est qu’on se sert d’une intention louable et pertinente (c’est-à-dire le bien-être animal) pour salir l’entièreté des éleveurs québécois. En jouant sur les mots, on veut volontairement laisser croire à monsieur et madame tout le monde, ces gens qui n’ont aucun contact avec le milieu agricole ni aucune connaissance des réglementations en vigueur sur le sujet, que les éleveurs québécois maltraitent leurs animaux », a-t-elle indiqué dans une publication Facebook.
Elle a par ailleurs lancé un mouvement visant à faire voir l’amour des éleveurs envers leurs animaux sur les réseaux sociaux avec le mot-clic #nosanimauxonenprendsoin.
En assemblée générale annuelle, le président des Producteurs de bovins du Québec, Sébastien Vachon, a catégoriquement réfuté l’affirmation selon laquelle aucune réglementation n’encadre le bien-être animal au Québec, allant jusqu’à qualifier la campagne de la SPCA de « mensongère ».
Tout le monde qui est assis dans la salle aujourd’hui sait que c’est totalement faux. Des règles de bien-être animal, on en a, et on les respecte. Pour le bien-être de nos animaux, mais aussi pour notre bien-être à nous autres, en tant que producteurs, qui travaillons tous les jours avec ces animaux.
Réglementation sur le bien-être animal
Même le ministre de l’Agriculture, Donald Martel, s’est dit « choqué » par le ton employé dans cette campagne, devant les éleveurs bovins, réunis à Québec. « Il ne reflète pas la réalité que l’on observe sur le terrain dans les fermes du Québec », a-t-il déclaré en ajoutant que la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal encadre les pratiques et permet d’intervenir lorsqu’il y a des situations de maltraitance. « Le bien-être animal est une priorité, et le gouvernement travaille en collaboration avec les différentes filières pour soutenir l’amélioration continue des pratiques », a-t-il soutenu.
Devant cette même assemblée, le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Martin Caron, a souligné que des codes de pratiques encadrent le bien-être animal dans chaque production au Canada. « Les organismes de protection des animaux [comme la SPCA] siègent à ces comités-là. Alors de dire qu’il n’y a rien ici, au Québec, ça n’a pas de bon sens », a-t-il affirmé en ajoutant qu’une telle campagne s’attaque au professionnalisme des producteurs agricoles.
L’UPA évalue actuellement les différentes options juridiques qui s’offrent à elle. « On veut y aller du côté juridique, mais on veut juste s’assurer que ça tient la route jusqu’au bout », précise le président.
La SPCA affirme ne pas viser les éleveurs
L’objectif de la campagne déployée par la SPCA de Montréal depuis le 15 mars n’est « absolument pas » de viser les éleveurs, insiste la directrice de la défense des animaux et des affaires juridiques et gouvernementales à la SPCA de Montréal, Me Sophie Gaillard, en entrevue avec La Terre.
« Le but de la campagne, ce n’est pas de critiquer les producteurs comme individus ou de leur prêter de mauvaises intentions. On critique le système actuel, le cadre juridique actuel, qu’on considère comme insuffisant pour garantir à tous les animaux du Québec une protection juridique adéquate. Mais on est bien conscients que la plupart des producteurs ont de bonnes intentions et veulent bien traiter leurs animaux », souligne cette dernière. « L’objectif qu’on vise, c’est vraiment d’interpeller les partis politiques [pour qu’ils s’engagent] à réglementer le bien-être des animaux utilisés en agriculture », mentionne-t-elle.

La SPCA dénonce le fait que le contenu des codes de pratiques nationaux est majoritairement élaboré par l’industrie. « C’est l’industrie qui décide ce qui est permis ou pas [dans les comités nationaux], ce qui est illégal ou pas. Alors que pour les autres espèces animales, puis les animaux utilisés dans d’autres contextes, c’est le gouvernement qui détermine ce qui est illégal par de la réglementation », dit-elle.
Sophie Gaillard donne l’exemple des cages de gestation des truies, qui, selon le code de pratique mis à jour en 2014 au Canada, devaient complètement être éliminées au 1er juillet 2024. Or, en 2019, le Conseil canadien du porc a obtenu une extension jusqu’en 2029 pour les éleveurs. « Je pense que c’est un exemple qui illustre bien à quel point il n’y a pas de force contraignante liée au code de pratique », souligne la porte-parole de la SPCA de Montréal.
Rappelons qu’à titre d’organisme de protection des animaux, la SPCA est représentée dans les comités responsables de la révision ou de la mise à jour des codes de pratiques dans les différentes productions. Me Gaillard mentionne qu’il est toutefois difficile d’obtenir des gains en matière de bien-être animal avec une seule voix parmi 15 ou 17 autres.
Un soutien aux éleveurs
Consciente, toutefois, que les éleveurs peuvent avoir des contraintes financières ou économiques importantes pour se conformer au bien-être animal, la SPCA a souhaité mettre le soutien gouvernemental des éleveurs au cœur de sa campagne publicitaire. « C’est essentiel pour nous qu’il y ait ce soutien financier qui soit accordé aux producteurs pour pouvoir rencontrer de nouvelles exigences réglementaires si elles sont mises en place », mentionne Me Gaillard.