Économie 23 mars 2026

La prudence a guidé les achats de terres au Québec en 2025

En 2025, les producteurs québécois se sont montrés plus prudents et plus sélectifs sur les achats de terres agricoles que dans les dernières années. Selon le rapport de Financement agricole Canada (FAC) dévoilé le 23 mars, la valeur moyenne des terres agricoles cultivées au Québec a augmenté de 4,8 % en 2025, alors que la progression était de 7,7 % en 2024 et de 13,3 % en 2023.

Le vice-président exécutif agri-production de FAC, Jean-Philippe Gervais, mentionne que la dynamique de l’offre n’a pas nécessairement changé au Québec en 2025, mais que le revenu brut – qui a décru de 15,5 % en 2024 et de 1 % en 2025 – a globalement baissé, alors que le coût des intrants est resté pratiquement inchangé et que le prix des commodités s’est déprécié. « Quand on arrive avec des pressions sur le revenu net assez importantes, des pressions sur le revenu brut, c’est sûr que du côté acheteurs, il y a certainement plus de prudence et une demande moins forte pour être capable de payer le prix qu’on a dans le marché. Donc, je pense que c’est une des raisons, beaucoup plus de prudence des entreprises au point de vue financier », indique-t-il.

Le ralentissement de la croissance est également dû à une diminution du nombre de transactions au Québec, indique celui qui s’occupe du portefeuille de prêts de FAC au niveau national. Sans pouvoir quantifier cette diminution – car FAC ne peut avoir la certitude de répertorier l’entièreté des transactions – Jean-Philippe Gervais assure que le marché a été moins actif au Québec et en Ontario cette année qu’en 2024. Rappelons que l’année 2025 a été empreinte d’incertitude en raison de la guerre tarifaire avec les États-Unis, qui a eu un effet sur la conjoncture économique et les taux d’intérêt.

2026 s’annonce difficile

Celui qui a longtemps occupé la fonction d’économiste en chef de FAC estime que le marché est en santé, mais que 2026 s’annonce une année difficile en termes de conjoncture économique.

Bien qu’il anticipe une hausse des revenus bruts au Québec en 2026 – de 6,5 % en grandes cultures, notamment –, une hausse encore plus importante du coût des intrants engendrée par le prolongement du conflit au Moyen-Orient (voir autre texte) et la renégociation de l’accord de libre-échange avec les États-Unis pourraient se traduire par une nouvelle diminution de la vitesse d’accroissement du prix des terres dans la province. « On est confiants sur le long terme, dit-il. On a encore, je pense, des perspectives intéressantes, ce qui fait qu’il y a une certaine confiance des entreprises agricoles à investir dans l’industrie. [Par contre], les prix des terres ont atteint le plus haut niveau, et pas juste en dollars, mais lorsqu’on [regarde] le prix des terres relativement au revenu, que ce soit brut ou net, on arrive avec des prix qu’on n’a pas atteints depuis très longtemps, au plus haut. [À court terme], ça met énormément au défi les entreprises agricoles pour effectuer leur croissance. »


Prix des terres : la Montérégie détrônée

Le plus récent rapport de Financement agricole Canada (FAC) sur la valeur des terres agricoles révèle qu’en 2025, la Montérégie – la région qui a traditionnellement eu la valeur moyenne la plus élevée de la province – a été détrônée par Laurentides-Lanaudière. Ce secteur a affiché une moyenne de 24 000 $ l’acre comparativement à 23 200 $/acre pour la Montérégie en 2025.

Le vice-président exécutif agri-production de FAC, Jean-Philippe Gervais, émet toutefois des réserves. Ce premier rang de la province est peut-être dû au fait que le nombre de terres disponibles dans les Laurentides-Lanaudière ait été ponctuellement plus important en 2025 que l’année précédente, fait-il valoir. « Il y a toute cette dynamique-là qui est difficile à contrôler sur une année, mais lorsqu’on retrouve sur une période de plusieurs années, je pense que la dynamique ne devrait pas changer entre Laurentides-Lanaudière versus la Montérégie. Il reste quand même une bonne base d’agriculture diversifiée dans les deux régions », indique M. Gervais.

La Montérégie a enregistré une croissance de 1,7 % par rapport à 2024. Le rapport indique que la capacité des acheteurs de la région d’acquérir des terres supplémentaires à des prix plus élevés était limitée, alors la valeur des terres cultivées est restée globalement stable. Seulement de faibles hausses ont été enregistrées.

Acheteurs extérieurs

Le secteur du Bas-Saint-Laurent–Gaspésie a connu une appréciation moyenne de la valeur des terres de 4,2 % en 2025, notamment en raison de l’intérêt d’acheteurs provenant de l’extérieur de la région, qui étaient à la recherche de terres cultivables plus abordables. FAC observe que l’agriculture à petite échelle et à temps partiel a pris plus d’ampleur là-bas. « Il y a beaucoup plus d’entreprises [qui font de l’agriculture] à plus petites échelles, en circuits courts de distribution, etc. Ce qui fait en sorte que la dynamique du marché reflète un peu le type d’entreprises et les superficies sont moins élevées », soutient M. Gervais.

Les éleveurs achètent

Malgré des conditions économiques difficiles, la « bonne année 2025 » en production animale a motivé des éleveurs à prendre de l’expansion. En Abitibi-Témiscamingue, notamment, les conditions favorables du marché bovin a permis une appréciation de la valeur des terres de 7,7 % en 2025. M. Gervais fait remarquer que les producteurs laitiers, les autres éleveurs sous gestion de l’offre ainsi que les producteurs porcins ont eu une « tendance d’achat assez forte » dans la province en 2025.

Les producteurs tributaires de la durée du conflit au Moyen-Orient

La durée du conflit au Moyen-Orient pourrait avoir une incidence sur les finances des fermes du Québec, a mentionné le vice-président exécutif agri-production de Financement agricole Canada, Jean-Philippe Gervais.

L’attaque militaire conjointe d’Israël et des États-Unis sur l’Iran, le 28 février, et le conflit qui embrase la région depuis cet événement – la situation ne s’était toujours pas résorbée au moment d’écrire ces lignes – engendre des conditions économiques difficiles, notamment pour les productions végétales, rappelle M. Gervais.

Il ajoute que, contrairement à l’Ukraine, les effets du conflit au Moyen-Orient sur les producteurs du Québec seront différents en cas de prolongation. Il explique que la guerre en Ukraine a perturbé des régions productrices de denrées agricoles, qui ont eu pour effet de créer de la rareté sur les marchés et de faire accroître le prix des commodités au Québec. « Ç’a été positif 2022-2023. Oui, le prix des intrants est monté, mais somme toute, l’effet net a été positif [pour les producteurs]. Maintenant, on [est dans un contexte] où le coût des intrants reste élevé et les prix des denrées ont diminué », dit-il. « On vient perturber des régions qui ne sont pas des productrices de biens agricoles, mais des productrices d’intrants. C’est totalement différent comme dynamique de prix et pas à l’avantage, malheureusement, des entreprises agricoles », anticipe ce dernier. Dans le cas où le conflit perdurerait, Jean-Philippe Gervais entrevoit une hausse du prix des certaines commodités, qui engendra de l’inflation au Québec. « Ce n’est pas impossible, d’ici la fin de 2026, de voir une hausse de taux d’intérêt. Je ne m’attends pas à ce que celle-ci soit dans les prochains mois. Mais, effectivement, avec un conflit qui dure, et après, on rajoute le renouvellement de l’entente de libre-échange avec les États-Unis, il y a effectivement beaucoup d’incertitude qui s’installe pour les entreprises agricoles, pour toutes les entreprises, tous secteurs confondus », prévient-il.