Porcs 20 mars 2026

Nomination d’une conciliatrice pour encadrer le contingentement de la production porcine

La Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec (RMAAQ) a suspendu la demande d’approbation du règlement par lequel Les Éleveurs de porcs du Québec souhaitent contingenter temporairement la production porcine. 

Dans une décision rendue le 16 mars, elle a plutôt décidé de lancer un processus de conciliation entre les Éleveurs, Sollio Groupe Coopératif et toutes les autres parties susceptibles d’être affectées par le changement réglementaire.  

À cette fin, elle a nommé Me Édith Breault-Lalanne à titre de conciliatrice dans le dossier et a invité les parties à compléter cet exercice de conciliation avant le 19 juin 2026, en requérant leur investissement dans la recherche de solutions « constructives pour la filière ». « Considérant le nombre de rencontres déjà tenues par le comité Éleveurs-Sollio-AQINAC et les impératifs de mise en œuvre pour les Éleveurs, la reprise du processus de négociation apparaît inutile. La Régie considère plus opportun de diriger les intervenants vers un processus de conciliation », écrit-elle dans sa décision.

Le projet de règlement en question prévoit notamment l’imposition de pénalités pour décourager les éleveurs qui produisent trop de porcs par rapport aux volumes de référence (VDR) attribués à leurs bâtiments d’élevage dans les périodes dites de restriction de production, c’est-à-dire quand la production excède les capacités d’abattage des acheteurs, comme c’est le cas depuis quelques années. Celui-ci a soulevé la grogne de plusieurs ­producteurs-transformateurs qui ont notamment remis en question l’efficacité des VDR pour contingenter la production, lors de la dernière assemblée générale annuelle des Éleveurs de porcs du Québec, en juin 2025. C’est lors de cet événement que les délégués ont malgré tout approuvé à la majorité le règlement proposé, qui a par la suite été déposé pour fin d’approbation devant la RMAAQ, en juillet 2025.

Peu après, Sollio Groupe Coopératif, qui représente également les intérêts d’autres gros joueurs de l’industrie, dont Aliments Asta, CBCo Alliance et les Viandes Du Breton, a demandé à la Régie de rejeter la demande d’approbation réglementaire des Éleveurs et de nommer un conciliateur. Le groupe représenté par Sollio a plaidé que ce projet entraîne « une reconfiguration majeure de la filière porcine québécoise », et qu’en ce sens, les représentants de tous les types d’entreprises devaient avoir leur mot à dire, étant donné les répercussions possibles de ces changements sur les modèles d’affaires existants. Rappelons que les entreprises qui portent le double chapeau de producteurs et de transformateurs n’ont pas le droit de vote dans les assemblées de producteurs, pour ­éviter les conflits d’intérêts.

La Régie a penché en grande partie du côté de la demande du groupe représenté par Sollio, estimant que les voies habituelles prévues au plan conjoint n’étaient pas « l’avenue la plus optimale pour la filière dans l’esprit d’une mise en marché efficace et ordonnée ».

Il est préférable de réunir tous les acteurs concernés afin de favoriser une compréhension commune des enjeux et la recherche de solutions concertées et pérennes .

Me Édith Breault-Lalanne

Réactions

Invitée à réagir, Sollio a indiqué à La Terre être « très satisfaite de la décision de la Régie. » « Nous participerons avec ouverture à la conciliation dans un objectif d’amélioration et de pérennité de la filière porcine », a fait savoir Ian Riverin, conseiller principal aux communications pour Sollio.

Les Éleveurs de porcs, de leur côté, ont exprimé leur déception, déplorant les délais supplémentaires qu’entraînera ce processus de conciliation imposé. « On s’attendait à une réponse beaucoup plus tôt, car si on n’a pas un règlement qui nous permet de gérer la production québécoise adéquatement et rapidement, il pourrait y avoir des conséquences assez graves sur l’organisation et sur la mise en marché collective », explique Tristan Deslauriers, directeur des relations publiques aux Éleveurs de porcs. 

Actuellement, l’organisation estime que ses leviers réglementaires ne permettent pas de limiter la production porcine de chaque ferme, ce qui entraîne des enjeux d’équité envers l’ensemble des éleveurs, puisque ceux-ci doivent soutenir collectivement les frais associés au détournement des porcs produits en surplus. « C’est inefficace pour tous les producteurs au Québec, et il y a une limite à ce qu’ils peuvent payer », souligne M. Deslauriers. Si la situation perdure trop longtemps, l’organisation craint d’être forcée d’imposer une réduction de production à tous les éleveurs de la province.