Technique 13 mars 2026

Une structure à bâtir

Une grande portion des sols sableux de Lanaudière repose sur un dépôt deltaïque laissé par le retrait de la mer de Champlain. Ils sont sensibles à l’érosion éolienne et à la concrétion, une réaction où les oxydes de fer et d’aluminium lessivent dans le profil, et s’agglutinent à la matière organique pour former des croûtes. Ici, un bon drainage naturel n’a pas que des avantages.

Francis Desrochers cultive des patates sur environ 400 hectares de loam sableux à Saint-Paul-de-Joliette. Pour lui, le travail du printemps commence deux saisons à l’avance. « On tire nos buttes à l’automne. J’applique un engrais vert puis on ameublit tout ça. Comme nos printemps sont de plus en plus chauds, ça me permet de planter dans une butte déjà faite. Je ne travaille pas mon sol en tant que tel au printemps, ce qui évite de trop l’assécher », explique le producteur, qui utilise cette méthode depuis 25 ans. « L’avantage de procéder à l’automne est que la butte se réchauffe. Au moment de semer au printemps, ton humidité est là, donc ton plant décolle plus vite et l’enracinement se fait plus rapidement », observe M. Desrochers, qui note aussi une augmentation du rendement. 

Christian Asselin utilise la déchaumeuse à disque pour tous ses travaux saisonniers. Photo : Gracieuseté de Christian Asselin
Christian Asselin utilise la déchaumeuse à disque pour tous ses travaux saisonniers. Photo : Gracieuseté de Christian Asselin

« Un sol sablonneux va avoir tendance à se réchauffer plus rapidement et à moins retenir l’humidité qu’un sol argileux. Il faut vraiment bien connaître son type de sol pour savoir quand semer et identifier la bonne hauteur d’humidité pour une levée optimale », renchérit Laurie-Anne Adam, agronome et enseignante au programme Gestion et technologies d’entreprise agricole du CÉGEP de Lanaudière.

Au moment des semis, autour du 1er mai dans son secteur, M. Desrochers utilise un semoir adapté avec un V. La variété primeur (pomme de terre nouvelle) est semée en début mai et récoltée à la mi-août.

Une couverture qui nourrit

Francis Desrochers
Francis Desrochers

M. Desrochers effectue des essais stratégiques avec différentes cultures de couverture, comme l’avoine et le seigle, qu’il sème à la volée en automne. « En mai, mon seigle d’automne va lever. Je l’enfouis pendant qu’il est encore vert, pour qu’il se décompose mieux », dit-il. Il incorpore ensuite un pois avoine et un pois fourrager à proportion de 50/50. 

« Ces cultures vont repousser, et le pois va venir fixer l’azote de l’air, qu’il ramène au sol, ce qui le décompacte aussi. Mon avoine protège mon pois quand il commence à pousser. On donne un premier coup de déchaumeuse à la mi-août, quand le pois est mûr », explique M. Desrochers. Pour lui, le gros du travail de sol s’effectue l’automne à la déchaumeuse avant de tirer les buttes.

Solidifier sa structure

Autre stratégie pour Christian Asselin, qui cultive 12 acres de bleuets, 7 acres de pommes et 60 acres de courge sur des sols Saint-Thomas et Achigan. L’agriculteur avoue que ses courges lui ont posé quelques enjeux. « Avant, on travaillait avec une herse à roulette pour préparer le lit de semence. Ça affaiblissait le sol en profondeur, et il s’asséchait beaucoup. Il y avait beaucoup d’érosion par le vent », témoigne le producteur. « Maintenant, je fais un travail primaire à l’automne, très fin, à environ 3-4 cm », explique-t-il. Au printemps, son intervention se limite à un passage léger, comme pour faire un faux semis. 

Une machine passe-partout

Laurie-Anne Adam
Laurie-Anne Adam

La fragilité du sol a amené le producteur à alléger le poids de ses équipements au fil du temps. Aujourd’hui, il utilise la déchaumeuse à disques comme machine universelle. « Avec la déchaumeuse à disques, j’ai un gros rouleau sur toute la largeur qui rassoie le sol. Ça fait un lit de semence très droit, très plat, plus uniforme. Oui, je brasse le sol en surface, mais en le rassoyant tout de suite, je viens sceller l’humidité », affirme le producteur, qui admet n’être pas encore équipé à son goût… « Idéalement, il me faudrait un semoir pour faire du semis direct avec les courges. J’utiliserais moins la déchaumeuse, ce qui serait encore mieux pour retenir le sol, et la matière organique augmenterait plus rapidement », raisonne-t-il. Mais pour Laurie-Anne Adam, le moment du travail de sol est aussi important que la machine elle-même.

Peu importe le type de machinerie, il faut vraiment s’assurer que le travail se fasse dans la meilleure condition de sol possible. Si on entre au champ trop tôt, ou trop tard, il y aura un impact sur toute la saison. Il faut aller voir et creuser un peu pour bien évaluer la condition du sol.

Laurie-Anne Adam

Retenir le sol et les nutriments

L’autre défi des sols sableux est d’y maintenir la matière organique. Comme engrais vert, M. Asselin sème du pois noir et de l’avoine au printemps, après son seigle d’automne, sur certaines parcelles choisies. « Je sème mon seigle faible à environ 70 livres à l’acre au lieu de mes 120 livres habituelles à ces endroits-là, pour tenir mon sol et éviter de le laisser à nu durant l’hiver », fait valoir le producteur. Il laisse le seigle au printemps, puis sème l’avoine-pois au travers en juin, pour ensuite détruire le seigle. « L’avoine-pois va pousser, protéger de l’érosion par le vent et apporter de l’azote dans le sol », illustre l’agriculteur.

Au printemps, le producteur Christian Asselin limite son travail de sol à un passage léger. Photo : Gracieuseté de Christian Asselin
Au printemps, le producteur Christian Asselin limite son travail de sol à un passage léger. Photo : Gracieuseté de Christian Asselin

Faire moins et mieux

Christian Asselin constate l’effet de ses pratiques évolutives à plusieurs niveaux. « Avant, on préparait le lit de semences à 100 % à l’automne. Donc au printemps, il n’y avait rien dans le champ et ça partait au vent », se souvient-il. « Maintenant, je fais le travail une seule fois et je n’y retouche plus. Au printemps, je repasse la déchaumeuse et trois semaines plus tard, je sème la courge. » 

Pour lui, l’économie de travail se convertit en gain d’efficacité. « Il y a moins d’érosion, le sol se tient plus. Avant, on semait dans des sols très meubles et très secs en profondeur, qu’il fallait irriguer pour faire germer. Depuis trois ans, je n’ai même pas besoin de faire ça. Tout se fait tout seul », conclut-il.