Un passage de rouleau après le semis du soya raffermit le sol autour des semences et enterre les roches pour faciliter le travail de la moissonneuse-batteuse à la récolte. Photo : Gracieuseté de Profiteausol
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S'abonner maintenantIls se distinguent par leur forte teneur en argile et leur structure variable. Vénérées pour leur fertilité, mais damnées pour leur tendance à se compacter, les séries de sols argileux se comptent par dizaines au Québec. Avec des travaux et des outils adaptés, on arrive aujourd’hui à mieux exploiter la richesse de ces sols capricieux, mais généreux.
L’agronome François Quesnel, conseiller en grandes cultures chez Profit-eau-sol, en sait quelque chose. Installé à Mirabel depuis plus de 25 ans, il témoigne de l’évolution des pratiques, mais aussi du potentiel des argiles des Basses-Laurentides. « Si on regarde l’occupation des terres pour l’ensemble du territoire, la majorité est consacrée aux grandes cultures, avec une bonne concentration de producteurs maraîchers dans les régions de Sainte-Anne-des-Plaines, Saint-Eustache, Saint-Joseph-du-Lac et certaines parties de Mirabel », relate M. Quesnel, qui a vu le nombre de fermes laitières diminuer au profit d’autres cultures. « Dans l’argile de notre secteur, pour les productions maraîchères, ce sont les cultures de choux et de maïs sucré qui dominent », atteste-t-il.

Des terres à drainer
Cette transition n’est pas étrangère à un changement de paradigme important dans la manière d’exploiter les sols argileux. « Il y a 60 ans, on réservait ces terres non drainées pour les cultures fourragères, qui s’accommodent bien d’une entrée tardive au champ et aux producteurs laitiers. Mais à partir du moment où on s’est mis à vouloir cultiver autre chose que du foin dans cette argile-là, comme du maïs, du soya, ou des céréales, il fallait pouvoir rentrer tôt dans le champ », raconte François Quesnel. Une nécessité qui allait engendrer une petite révolution des pratiques agricoles en sol lourd : le drainage. « Dans les années 70, les ouvrages de drainage souterrains étaient subventionnés par le MAPAQ, rappelle l’agronome. « Les drains sont arrivés un peu partout en Montérégie, puis dans les Laurentides une vingtaine d’années plus tard. C’est ce qui a permis aux agriculteurs de cultiver en grandes cultures de façon commerciale », souligne M. Quesnel.
Face au changement des pratiques culturales et à l’acquisition de nouvelles connaissances, ces infrastructures continuent d’évoluer.

Dans les années 80, on ne pensait pas au nivelage de surface; on se disait que les drains allaient suffire. Mais aujourd’hui, avec l’impact des changements climatiques, on voit qu’il nous faut des terres parfaitement nivelées, avec un réseau de fossés et de cours d’eau capable de prendre les charges d’eau qu’on leur envoie.
pH et compaction, des points de gestion
Les argiles des séries Sainte-Rosalie et Rideau, des gleysols riches en nutriments, composent une bonne partie des sols cultivés du secteur. « Dans l’argile de Sainte-Rosalie, il y a deux phases : le loam argileux et l’argile. Le Rideau, lui, est carrément une argile lourde. « Si le nivellement n’est pas adéquat, ces champs-là auront tendance à être mouillés, surtout au printemps et à l’automne. Ça devient alors difficile de ne pas les compacter », observe M. Quesnel, ajoutant que beaucoup d’hectares ont été nivelés dans son secteur au cours des quinze dernières années, mais qu’il reste encore des champs à optimiser.

Le pH est un autre facteur à surveiller. « Ces sols ont tendance à avoir un pH un peu trop acide pour la plupart des cultures. Une argile Sainte-Rosalie présente un pH naturel inférieur à 6. Si on le laisse aller, il va descendre à 5.7-5.8, ce qui est trop acide pour le soya et même pour le maïs, quoiqu’il s’en tire mieux », note l’agronome. Suivant l’analyse de sol réglementaire, une correction aux cinq ans constitue la norme, mais pas une règle absolue : ce sont les impératifs de culture qui dictent l’intervention. « Un producteur de chou, par exemple, a besoin d’un pH de 6,5 et plus, et il pourrait chauler chaque printemps », explique l’agronome.
Des outils qui ont des dents

Toutes circonstances considérées, le principal enjeu des sols argileux réside dans la méthode de travail. « Beaucoup de producteurs se convertissent au semis direct; parmi ceux qui travaillent encore le sol, plusieurs ont troqué la charrue pour les outils combinés », remarque M. Quesnel. Il précise qu’idéalement, la profondeur du travail primaire devrait se situer à 20-25 cm. « Les outils combinés vont laisser environ 15 % de résidus en surface : le travail secondaire va venir incorporer ces résidus, pour faciliter le travail du semoir et préparer le lit de semence ». Ici, on préfère les outils à dents plutôt que les disques, qui tendent à compacter le sol. « La reprise du labour se fait généralement au gruber [cultivateur à dents ]. On applique l’engrais si nécessaire, et on repasse avec un vibroculteur. Les mottes vont remonter en surface et le matériel plus fin va rester au fond du travail, là où on va déposer la semence. L’objectif est d’obtenir le meilleur contact possible avec le sol pour favoriser une germination rapide », résume l’agronome.
« En sol argileux, la santé du sol, le précédent cultural et la texture de sol auront un impact sur le type de machinerie employée, et comment on va le travailler », renchérit Gabriel Deslauriers, agronome et directeur R&D chez Groupe PleineTerre à Napierville, en Montérégie. Son secteur présente une vaste proportion de loam et loam sablonneux, exploitée principalement en grandes cultures. Pour lui, le défi est d’éradiquer les mottes sans trop creuser. « On ne veut pas faire sortir l’humidité et se retrouver avec un profil à 2,5 po – 3 po [6-7 cm] de profondeur. En théorie, il faut mettre notre semence à 2 po ou 2,5 po [5-6 cm] pour le maïs, et à un pouce et demi [3 cm] pour le soya. Si on dépose notre semence dans du sec, on n’obtiendra pas l’uniformité de levée désirée », insiste l’agronome, qui pour sa part, ajoute la déchaumeuse à son arsenal de printemps. Quel que soit l’équipement, le but ultime reste d’améliorer la structure, faciliter le drainage et limiter le tassement, pour obtenir un lit de semence idéal.
