Technologie 13 mars 2026

Un OSBL qui dit quand vendre ses grains ou ses porcs et quand acheter ses intrants 

Un organisme sans but lucratif (OSBL), nommé Groupe Élément-Terre, propose à ses membres de gérer pour eux les contrats à terme, en plus de les informer des occasions instantanées où il semble stratégique de prendre des actions sur les marchés pour vendre leurs porcs, leurs grains ou acheter leurs intrants.

Le groupe mise sur un algorithme développé par le consultant en gestion Michel Mercier, dans Chaudière-Appalaches, qui conseille des fermes totalisant environ 200 sites en production porcine. Son algorithme intègre entre autres différentes stratégies de mise en marché de ses producteurs et les lois de la moyenne. Après deux ans d’essai, les résultats sont intéressants. Pour l’année 2025, les 77 000 porcs vendus aux moments dictés par l’algorithme ont permis de rapporter 9,83 $ de plus par porc par rapport au marché, ce qui représente 757 000 $ de plus en profits aux membres du Groupe Élément-Terre. 

Le fameux logiciel avait été lancé en janvier 2024 par Michel Mercier et son partenaire, Mathieu Bisson, un producteur de porcs de Chaudière-Appalaches. Ils ont tenté en vain d’obtenir de l’aide financière du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), afin d’en développer une version encore plus performante qui aiderait l’ensemble des agriculteurs. « Avec le refus du MAPAQ de nous subventionner, les membres ont eux-mêmes poussé 103 000 $ en recherche et développement. C’est ce qui a permis d’améliorer nettement l’algorithme. Et depuis six mois, on est partis en flèche. On visait [la commercialisation de 20 000 porcs en 2024] et on est à 160 000 transigés », se réjouit Mathieu Bisson, président du groupe. 

Si l’organisme sans but lucratif épaule actuellement les producteurs de porcs, il veut offrir ses services aux producteurs de grains, plus tard cette année.

On fait des tests, et c’est assez impressionnant comme résultats. Ça prend deux ou trois heures pour effectuer des milliards de calculs permettant [d’évaluer] la vente de grains et l’achat d’intrants.

Michel Mercier

Son groupe veut également fermer d’avance le taux de change, le prix du tourteau de soya et celui des carburants comme le propane; un service qui servira également aux producteurs laitiers, etc.

Un outil pour sécuriser l’entreprise

Michel Mercier conseille des entreprises depuis près d’une quarantaine d’années et remarque que la survie des fermes familiales passe en grande partie par une meilleure gestion. Prendre des positions d’avance sur les marchés, afin de diminuer le risque de l’entreprise, n’est pas nouveau en soi, convient-il, mais un organisme comme le sien, qui se compare à une CUMA (coopérative d’utilisation de matériel agricole) permet à des producteurs moins à l’aise avec les outils financiers de prévoir une portion de leurs revenus et de leurs dépenses pour l’année en cours et la suivante, s’ils le désirent, ce qui les aide ainsi à sécuriser leur entreprise. « J’ai aussi des producteurs qui sont très hot [en gestion], des gens qui ont des MBA [maîtrises en administration des affaires]. Il faut être capable de les alimenter, ces producteurs-là », ajoute-t-il, en faisant référence aux données financières que partage le groupe avec ses membres. 

Le gestionnaire d’une ferme peut, par exemple, confier à l’OSBL la vente de 40 % de sa production de porcs d’avance et l’achat de 40 % du maïs nécessaire pour nourrir son troupeau. « J’ai l’impression que ça va bousculer l’agro-économie. En sachant, par exemple, que 40 % de l’entreprise est déjà assurée, le producteur sait qu’il fait déjà 500 000 $ pour 2027. Il est capable de faire des budgets et de dire à ses créanciers qu’il a une démarche de gestion structurée », souligne M. Mercier. Chaque nouveau membre reçoit au moins quatre heures de formation, afin d’être bien au fait du fonctionnement du groupe et de l’algorithme puis de bien comprendre les relevés mensuels qui lui seront envoyés.