Keven Malenfant et Karolyne Ouellet en compagnie de leurs deux filles, Lorie et Ève. Photo : Maurice Gagnon
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S'abonner maintenantSAINT-ARSÈNE – À l’extrémité est du chemin des Pionniers, à Saint-Arsène, l’exploitation de la famille Malenfant, la Ferme Janoel, s’impose avec son long toit bleu ardoise en paliers et ses trois silos dressés derrière les bâtiments. Située aux portes de L’Isle-Verte, dans le Bas-Saint-Laurent, la ferme avance, un pied dans la tradition et l’autre dans la modernité.
« La première fois que j’ai chauffé un tracteur, j’avais dix ans. Mon père avait fait un flat au champ, puis on était partis avec deux tracteurs pour aller réparer ça. Au retour, j’étais seul sur le mien et j’ai failli glisser dans le fossé avant qu’il saute dessus pour peser sur les freins », mentionne Keven Malenfant.
Il sourit en racontant cette anecdote, assis à la table de la cuisine, aux côtés de sa conjointe des seize dernières années, Karolyne Ouellet, et de leurs deux filles, Ève, 13 ans, et Lorie, 11 ans. La famille habite la maison paternelle depuis 2013.
Souvenir retrouvé
L’agriculture, Keven l’a toujours eue dans le sang.
À 12 ans, j’allais tirer des vaches chez un voisin. Mais le moment qui m’a le plus marqué, c’est en 2003, quand on est entrés dans notre nouvelle étable. Là, on est tombés dans la modernité. Les vaches étaient plus confortables.
Il n’a jamais pensé faire un autre métier que celui d’agriculteur. Même s’il n’est pas l’aîné de la fratrie, c’est lui qui a pris la relève de la ferme familiale fondée par son grand-père, Gérard, au milieu des années 1950. Les frères aînés de Keven, Carl et Luc, exerçaient alors un autre travail. Ils sont aujourd’hui agriculteurs, eux aussi, dans les fermes familiales de leur conjointe respective. Francis, le cadet, travaille dans un garage.
Jusqu’à ce que leur père, Jacques, en prenne les rênes avec son épouse, Noëlline April, en 1978, la ferme était consacrée à la production laitière et porcine. Jacques a choisi de se spécialiser uniquement dans le laitier. Keven a acheté les parts de son père en 2012, sept ans après avoir obtenu son diplôme de l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec. « À ce moment-là, on produisait 42 kg de matière grasse par jour avec 70 têtes. Aujourd’hui, je produis 151 kg avec un troupeau de 179 têtes, dont 85 en lactation », raconte l’agriculteur de 39 ans.
Agrandissements
À l’augmentation graduelle du quota et du troupeau se sont ajoutés de nouvelles constructions et plusieurs agrandissements : le prolongement de l’étable en 2016 pour offrir 50 places additionnelles, l’ajout d’un entrepôt de machinerie en 2018, puis une nouvelle rallonge au bâtiment principal en 2025 pour permettre aux vaches taries et en préparation de vêlage d’être en stabulation libre. La ferme compte aussi trois silos : deux pour le foin, construits en 2011 et en 2013, et un pour l’ensilage de maïs, érigé en 2019.

La ferme a évolué au fil des ans, et sa mémoire s’expose, en photos, sur les murs à l’entrée de l’étable et du bureau. Chaque cliché fige une étape de cette évolution, depuis 1954.
Au chapitre des cultures, l’entreprise utilise les fourrages et le maïs-ensilage pour nourrir le troupeau, tandis qu’elle vend le blé et le seigle. Keven préfère acheter le maïs-grain, qui est une option à la fois plus rentable et moins risquée, dans une région où le climat rend le séchage incertain et coûteux. La ration repose sur une base de foin et d’ensilage, à laquelle il ajoute maïs-grain et suppléments protéiques. Il ajuste ensuite les quantités en fonction de la qualité des récoltes et du rendement des vaches. « On prend des analyses de foin et de maïs, puis on adapte la ration avec ce que les vaches donnent. Celles qui produisent plus en reçoivent davantage », explique-t-il.
Les sucres
Karolyne Ouellet n’intervient pas dans la gestion laitière. Cette inhalothérapeute au Centre hospitalier régional du Grand-Portage de Rivière-du-Loup s’implique toutefois activement dans l’érablière de 1 800 entailles. « On organise des parties de sucre offertes à la population, la fin de semaine ou sur réservation », explique-t-elle.
L’exploitation de cette érablière est d’ailleurs revenue au cœur des activités de l’entreprise familiale récemment. « Quand j’ai acheté la ferme, mon père l’avait conservée; c’était son projet de retraite. Il l’exploitait déjà depuis 1989. Après la COVID, il a décidé d’arrêter. L’an dernier, je l’ai rachetée pour relancer la production après trois ans de pause », raconte Keven.
Automatisation
L’automatisation progresse graduellement. « On utilise un système robotisé pour l’alimentation et un robot qui repousse l’ensilage, mais pas de robot pour la traite », ajoute Keven. Son aînée, Ève, perçue comme la future relève, voit dans l’achat éventuel d’un robot de traite une condition à la croissance de l’entreprise.
Aussi, la ferme prendra officiellement le virage de l’agriculture de précision dès l’été 2026 avec l’installation de GPS sur deux tracteurs. L’achat d’un drone par la CUMA [coopérative d’utilisation de matériel agricole], au sein de laquelle Keven occupe un poste de directeur, pourrait se réaliser d’ici trois à cinq ans.
L’agrandissement de 2016 (au centre) a été un point tournant pour l’entreprise laitière. Photo : Maurice Gagnon
Le bon coup de l’entreprise
Le véritable tournant de l’entreprise survient en 2016, avec l’agrandissement de l’étable. À ce moment, cette dernière avait atteint sa capacité maximale et la croissance de la ferme plafonnait. Keven a alors décidé d’emprunter environ 150 000 $ pour ajouter une cinquantaine de places. Un pari calculé. « Si je n’avais pas fait ça, je ne serais pas rendu là aujourd’hui », dit-il sans détour. Cet investissement lui a permis d’acheter davantage de vaches, d’optimiser l’utilisation du quota et de soutenir l’expansion de l’entreprise. L’agrandissement lui a aussi donné la marge de manœuvre nécessaire pour structurer le travail et envisager d’autres développements. Pour Keven, ce n’est pas le projet le plus spectaculaire, mais c’est celui qui a réellement propulsé la ferme vers une nouvelle étape de sa croissance.
Famille agricole reconnue
La famille Malenfant, de Saint-Arsène, a été nommée famille agricole de l’année lors du Gala reconnaissance « Coup de cœur » des Agricultrices du Bas-Saint-Laurent, tenu en février dernier à Saint-Fabien. Cette distinction souligne le parcours d’une famille profondément enracinée dans le milieu agricole et l’engagement transmis de génération en génération. Aujourd’hui, trois des quatre frères Malenfant – Carl, Luc et Keven – œuvrent en agriculture, perpétuant la passion et les valeurs inculquées par leurs parents, Jacques Malenfant et Noëlline April.
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme Janoel |
| Spécialité : | Lait et acériculture |
| Année de fondation : | 1954 |
| Nom du propriétaire : | Keven Malenfant |
| Nombre de générations : | 3 |
| Superficie en culture : | 202 hectares (avec les superficies en location) 1800 entailles |
| Cheptel : | 179 bovins laitiers |
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