Lait 9 mars 2026

Un nouveau registre des records canadiens pour les vaches

Une petite révolution s’opère chez Holstein Canada. Son registre de vaches championnes, soit un livre des records de performances que l’organisation tenait depuis 50 ans, repart à zéro, mettant de l’avant de nouvelles marques à battre et de nouvelles catégories. Les méthodes de calcul ont été revues pour mieux répondre à la réalité actuelle, par exemple par l’intégration des données des robots et des salles de traite.

« On repart avec 36 nouveaux titres de Championnes canadiennes, avec les vaches qui ont eu les meilleurs résultats en 2025. Elles mettent la table pour les prochaines années », explique Pascal Lemire, registraire et gestionnaire sénior des opérations à la ferme chez Holstein Canada. 

L’ancienne mouture du registre des Championnes canadiennes – l’équivalent d’un livre des records Guinness pour les vaches – nous apprenait, par exemple, quel animal avait produit le plus de gras et de protéines en 305 jours, parmi ceux du même groupe d’âge, depuis la création de cette compétition, en 1976. Les concurrentes avaient la possibilité de se démarquer dans différentes catégories et conservaient leur titre jusqu’à ce que celui-ci soit battu.

La nouvelle formule, dévoilée en janvier, garde ce principe de records à battre dans 36 catégories, mais mesure désormais les performances avec des données de référence simplifiées, de sorte qu’elle rejoint un plus large bassin d’éleveurs. Avant, on déterminait les championnes avec des moyennes de classe de la race (MCR), soit le résultat d’un calcul complexe, inventé dans les années 1950, et seulement utilisé au Canada, qui n’était plus aligné avec le style de gestion des jeunes agriculteurs. Le système a donc été revu entièrement, en intégrant des unités de mesure en kilos. Aussi, les données provenant des robots et des salles de traite sont désormais acceptées pour calculer les records dans de nouvelles catégories qui reconnaissent, par exemple, les vaches ayant produit la plus grande quantité de lait par jour de vie. 

Un maître-éleveur qui n’avait jamais eu de championne

Un éleveur de Dundee, en Montérégie, Benjamin Nieuwenhof, pourtant reconnu pour la productivité exceptionnelle de son troupeau, n’avait jamais eu de Championne canadienne Holstein avant que le concours soit modernisé. Avec le nouveau système, six de ses vaches ont établi un total de huit records de production, dont trois ont été décernés à la « Sidney Crosby » de son étable : Duke 670 (voir l’encadré).

 « Avec le calcul [qui établit une moyenne] par jour de vie, on se démarque vraiment plus », constate celui qui a été couronné maître-éleveur l’an dernier.

L’ancienne méthode pour désigner les Championnes canadiennes, explique-t-il, reconnaissait uniquement le rendement des vaches sur 305 jours de lactation, alors que ses animaux sont productifs sur de bien plus longues périodes. Il y avait donc un décalage entre le système et la stratégie de régie de troupeau qu’il préconise. La nouvelle mouture du concours, en revanche, permet désormais à son troupeau de se faire valoir.

Ça donne de la notoriété et il y a une valeur rattachée à cette reconnaissance. Quand une vache est championne, il peut y avoir plus de demandes pour les filles ou les embryons de la vache. Quand on a des animaux à vendre, on peut parfois demander plus.

Benjamin Nieuwenhof

L’une des copropriétaires de la Ferme Bergitte, Marie-Christine Leclerc, dont quatre vaches ont battu cinq records encore actifs dans l’ancien registre, estime que la modernisation est une bonne chose, car il donnera une crédibilité renouvelée au concours.

« Ça va faire plus de compétiteurs potentiels, mais c’est toujours le fun de se démarquer sur un plus grand bassin d’éleveurs. Sans dire qu’on reconnaissait toujours les mêmes personnes avant, la nouvelle méthode va donner la chance à beaucoup plus de monde d’être reconnu », témoigne celle dont deux vaches ont inscrit des records dans le nouveau registre des Championnes canadiennes.  

Duke 670, qui a trois records de production, est considérée comme une athlète d’exception par son propriétaire. Photo : Gracieuseté de Benjamin Nieuwenhof

Duke 670, qui a trois records de production, est considérée comme une athlète d’exception par son propriétaire. Photo : Gracieuseté de Benjamin Nieuwenhof

La « Sidney Crosby » de l’étable

Avec ses trois titres de Championne canadienne, Duke 670 est la « Sidney Crosby » du troupeau, aux dires de son propriétaire, Benjamin Nieuwenhof. Parmi les vaches de quatrième lactation, elle a obtenu la meilleure production de lait et de composantes par jour de vie. Plus précisément, elle a produit 45,27 kilos de lait et 3,3 kilos de gras et de protéines quotidiennement, en moyenne.

Elle a aussi produit 23 671 kg de lait en 305 jours, établissant ainsi une autre marque à battre parmi les vaches de quatrième lactation. À titre comparatif, la moyenne nationale pour la race Holstein est de 11 360 kg de lait par lactation.

« C’est notre athlète d’exception. C’est certain que c’est toujours le fun d’avoir une vache dans l’étable comme ça, capable de repousser les limites », indique le producteur de Dundee, en Montérégie, précisant qu’à 9 ans, Duke 670 a produit un total de 160 000 kilos de lait en cinq lactations.

Le plus de gras de tous les temps

À la Ferme Bergitte à Saint-Georges, dans Chaudière-Appalaches, les propriétaires se souviendront longtemps des performances de leur vache Hobby, qui a rendu l’âme en février 2024, à l’âge de 14 ans. C’est elle qui a produit le plus de gras de tous les temps au Canada, en une lactation, tous âges confondus. En 2022, elle a produit 1500 kilos de gras en 305 jours, soit 4,93 kg de gras quotidiennement en moyenne. En incluant les protéines, elle a produit une moyenne quotidienne de 6,63 kg de composantes.

Quelques records Guinness

Le record Guinness du plus gros rendement laitier de tous les temps appartient à Smurf, de la Ferme Gillette en Ontario. À 15 ans, l’animal avait produit 216 891 kg dans sa vie, en 2012.

Big Bertha (Irlande), qui a vécu de 1945 à 2013, a deux records Guinness : elle a été la vache la plus vieille de tous les temps (48 ans) et c’est elle qui a donné naissance au plus grand nombre de veaux (39).