La famille propriétaire des Serres Gallichan, les Gadoury-Boissé, soit Théo Gadoury, Samuel Gadoury-Boissé, Eliot et Édouard Gadoury et Marie-Claude Raiche. Photos : Émilie Parent-Bouchard
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S'abonner maintenantGALLICHAN – Depuis plus de 40 ans, Les Serres Gallichan fournissent annuelles, vivaces, arbres et arbustes, fruits et légumes et plantes tropicales aux particuliers, mais aussi à la plupart des municipalités de la région. Si vous visitez l’Abitibi-Témiscamingue en été, il y a de fortes chances que les villes doivent une partie de leur charme à cette entreprise familiale d’Abitibi-Ouest.
Dès qu’on entre dans l’espace de production des Serres Gallichan, la promesse d’un nouveau printemps réveille les sens : il y fait une vingtaine de degrés Celsius, la lumière requinque le moral et l’odeur de l’humus se mélange à celle des premières fleurs. Depuis janvier, une dizaine d’employés ont déjà les mains dans la terre et la tête à l’été.
Bientôt, les clients viendront des quatre coins de la région pour, eux aussi, préparer les beaux jours. « On a agrandi pendant la COVID parce qu’on capotait, on était tout pognés. J’ai même appelé mon père pour lui demander de faire le trafic. Il y avait des chars jusqu’au chemin », se remémore Samuel Gadoury-Boissé, qui a pris la relève de l’entreprise démarrée l’année de sa naissance, en 1983.

Surfer sur la vague de la COVID
Même si l’entreprise allait bien, la pandémie lui a donné un souffle nouveau, ajoute sa conjointe, Marie-Claude Raiche. « L’industrie a rebaissé quand même pas mal depuis deux ans, mais pour nous, ça a continué à monter. L’horticulture est encore en développement en région. Tout est à faire », analyse la fière récipiendaire d’une médaille de bronze de l’Ordre national du mérite agricole, en 2019.
Le couple a donc saisi la balle au bond : depuis qu’il a fait l’acquisition des serres il y a 19 ans, celles-ci ont triplé de superficie, pour atteindre près de 90 000 pieds carrés. De nouveaux équipements – chauffage à la biomasse, système de contrôle automatisé, nouvelle empoteuse leur épargnant de remplir les pots agenouillés dans un tas de terre à moitié dégelée – leur permettent aussi de demeurer compétitifs malgré l’éloignement et le rétrécissement des marges bénéficiaires.
Car Gallichan est non seulement éloignée des fournisseurs, elle est aussi située dans un secteur peu achalandé. On met donc le paquet pour offrir une expérience agréable. « En Abitibi au printemps, le climat est souvent merdique. Ici, tout est à l’intérieur, au chaud. On a beaucoup de stock. Le client qui fait une heure de route, s’il est déçu, il ne reviendra pas », fait valoir Samuel Gadoury-Boissé, citant encore les jeux pour enfants, les luxuriants jardins de démonstration et le charme naturel de la campagne.
Limiter les coûts
Chauffer des serres coûte cher. Pour réduire ses dépenses, Les Serres Gallichan se sont dotées d’un système de chauffage à la biomasse. « Quand on chauffe aux copeaux dans les grands froids, ça coûte environ 3 000 $ par semaine. Au propane, ça coûterait 3 000 $ par jour », compare Samuel Gadoury-Boissé. Marie-Claude Raiche ajoute que la réorganisation de l’espace a entraîné d’autres gains d’efficacité. « C’est l’empotage, le shipping. Ç’a entraîné tout le reste et nous a rendus plus efficaces. Ç’a été le gros tournant », croit-elle.

Des arbres adaptés au climat abitibien
Samuel ajoute que le fait de fournir plusieurs jardineries, quincailleries et la plupart des municipalités de la région leur permet d’être à l’affût des besoins. Et ça leur permet également d’offrir des produits adaptés aux réalités climatiques, comme les milliers de cèdres en pots, cultivés à l’extérieur, donc habitués à la rigueur de l’hiver abitibien. « Sinon, on les reçoit, ils arrivent de la chaleur et ici il neige. On en a déjà perdu. Là, ils dégèlent en même temps que notre printemps », illustre Marie-Claude Raiche.
« Il n’y a pas vraiment de producteurs en région, et notre coût de transport est assez élevé. On ne voulait pas investir pour faire plus de serres. Mais on veut essayer de garder notre main-d’œuvre plus longtemps, et si nos enfants prennent la relève, il va falloir augmenter les revenus », fait valoir Samuel Gadoury-Boissé.
Une relève motivée
Et de la relève, il y en a. Deux des trois fils du couple se voient déjà aux rênes de l’entreprise. À 17 ans, l’aîné reprendra sa formation en aménagement paysager au campus de l’ITAQ, à Saint-Hyacinthe, après une pause forcée pour terminer un cours de français. En attendant, Eliot Gadoury suit un cours de soudure.
« J’essaie chaque jour d’apprendre de nouvelles choses pour être capable de tout faire. C’est important quand tu as une entreprise, croit celui qui aimerait ajouter l’aménagement paysager à l’offre de services, un créneau délaissé par ses parents, faute de temps. Façonner le paysage, partir d’un terrain qui fait dur et l’amener à son plus beau, c’est enrichissant comme travail, dit-il, les yeux brillants. Tu rends les gens heureux. »
Samuel Gadoury-Boissé compare le bond technologique qu’a permis son système de contrôle automatisé à celui d’un robot de traite dans une ferme laitière.
Équipement techno
« C’est sûr que c’est Argus! », lance le couple d’une seule voix, en faisant allusion à la marque de leur système de contrôle automatisé, installé tout juste avant la COVID. Ce système permet de contrôler la température, l’aération et l’arrosage, entre autres paramètres. « Ça change une vie », assure Marie-Claude Raiche, se remémorant les veilles d’orage où toute la famille interrompait son souper pour courir fermer les évents du toit à la manivelle.
3 conseils pour réussir dans le saisonnier
Bien gérer ses flux de trésorerie
Avec près de 80 % des revenus concentrés sur deux mois, la bonne gestion financière est capitale. « Il faut suivre ça serré », fait valoir Samuel Gadoury-Boissé, qui doit s’assurer d’avoir les fonds nécessaires pour les grosses dépenses du début de saison – boutures, semis, matériel, intrants – alors que les dernières rentrées d’argent remontent à plusieurs mois. .
Chouchouter ses employés
« Si je n’avais pas d’employés, mon entreprise ne serait pas là », affirme Marie-Claude Raiche, qui s’enorgueillit de compter dans ses rangs des employés qui cumulent plus de dix années de service, ainsi que des travailleurs étrangers qui reviennent année après année. « La confiance que tu lui donnes va rapporter après », poursuit-elle, précisant que les plus expérimentés prennent désormais du leadership, notamment dans la gestion… des ressources humaines!
Miser sur l’expérience client
S’ils ont longtemps misé sur la vente en gros et le service aux municipalités et autres jardineries, les Serres Gallichan s’efforcent d’attirer de plus en plus de monde en magasin. Par exemple, proposer l’autocueillette de citrouilles ou organiser un marché de Noël font partie des projets de la famille. « Si on pouvait faire une destination agrotouristique, que les gens viennent passer la journée, qu’il y a des affaires à faire pour les enfants, ça permettrait aussi d’étirer la saison », indique Samuel Gadoury-Boissé.
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Les Serres Gallichan |
| Spécialité : | Production horticole |
| Année de fondation : | 1983 |
| Noms des propriétaires : | Samuel Gadoury-Boissé et Marie-Claude Raiche |
| Nombre de générations : | 2 (et bientôt 3) |
| Superficie en culture : | 90 000 pieds carrés |
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