Samuel Coutu au champ avec son fils cadet, Lambert. M. Coutu prévoit entreposer jusqu’à 6 500 tonnes de maïs cette année.
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S'abonner maintenantSamuel Coutu est le premier à l’admettre : il aime faire les choses à sa façon. Contre toute attente, l’agriculteur de 44 ans, qui cultive 1 100 hectares en maïs, soya, blé, soya de semence et avoine de semence sous régie conventionnelle à Berthierville, dans Lanaudière, a construit son rêve, une poignée d’hectares à la fois.
Pour reprendre l’expression consacrée, Samuel est tombé dans la marmite tout jeune, à la ferme laitière de son oncle. « J’avais huit ans, puis je m’en rappelle encore. Mon oncle était venu voir mes parents, juste à la fin des classes, pour leur dire de ne pas m’envoyer au camp de jour, qu’il allait s’occuper de moi », raconte Samuel. « Cet été-là, j’avais nettoyé les parcs à veaux, fait de la faucheuse et du faneur, et toutes les choses qu’un p’tit gars de 8 ans pouvait faire », se remémore-t-il, convaincu que son chemin était tracé d’avance. « Même mon père prétend que j’ai dit le mot “tracteur” avant papa ou maman, assure-t-il en rigolant. Ce n’est pas explicable, mais ça coule dans mes veines. »
Un parcours atypique
Son engouement pour le travail au champ bien enraciné, Samuel s’inscrit en techniques agricoles au Cégep de Joliette en 1999. À ce moment, toutes sortes d’occasions se présentent, notamment chez un concessionnaire de machinerie agricole. « L’idée était de me familiariser avec les pièces et éventuellement de devenir représentant », relate-t-il. Mais il constate assez vite qu’il n’est pas dans son élément… « J’ai vendu une tondeuse à 475 piastres, et j’en tremblais! » raconte-t-il en riant.
Par la suite, il obtient la chance d’aller faire un stage dans une ferme laitière en Suisse : une épopée tout aussi exceptionnelle que formative. « La réalité terrain ne se compare pas, mais j’ai été très impressionné par leur éthique de travail. Les Suisses sont vraiment rigoureux et minutieux », relate le producteur. Pourtant, c’est un commentaire a priori négatif qui allait influencer le plus fortement son cheminement. « Mes parents n’étaient pas des agriculteurs », rappelle-t-il. « Ce monsieur suisse m’a dit que je n’aurais jamais ma ferme à moi, parce que je n’avais personne pour m’aider. Ça m’a marqué au fer et vraiment motivé », témoigne-t-il. De retour au Québec et encore piqué au vif, Samuel s’offre un automne « sabbatique » des bancs d’école pour retourner au champ. « J’ai toujours su que je voulais travailler en grandes cultures et rien d’autre », affirme-t-il. Au fil des stages, le jeune producteur fonde un partenariat avec l’agriculteur Jean-François Gross, de Saint-Cuthbert : une expérience riche d’entraide mutuelle qui allait durer 15 ans. « On se complémentait l’un l’autre », convient-il. Mais l’envie d’être seul maître à bord se fait de plus en plus pressante. « J’avais le goût d’essayer mes propres techniques », résume l’entrepreneur au caractère bien trempé.
L’élément déclencheur
Un événement déterminant allait d’ailleurs sceller cette résolution. « Le 19 septembre 2014, une grosse gelée mortelle a causé des centaines de milliers de dollars de pertes en soya et en maïs aux producteurs de la région », évoque Samuel Coutu. Il se souvient de la frustration des agriculteurs, qui voyaient leur récolte détruite malgré des investissements souvent considérables en intrants. « À ce moment-là, un grand mouvement [vers l’agriculture] biologique est né dans Lanaudière », explique le producteur qui, lui, n’était pas prêt à emboîter le pas. C’est alors que son « bébé », Services agricoles S.C., voit le jour. « En 2016, je suis parti avec 100 hectares qui se trouvaient à 30 km de chez moi, et j’ai commencé à développer mon réseau en faisant des travaux à forfait. Entre 2017 et 2019, j’ai fait jusqu’à 15 000 acres en arrosage, en plus du nivelage et du drainage », mentionne l’entrepreneur, qui a toutefois diminué son offre au cours des dernières saisons, préférant se concentrer sur ses propres cultures.

L’argile lourde, tout un défi
Face à des enjeux pédologiques particuliers, Samuel Coutu a expérimenté différentes approches au fil des ans. « Ici, nos sols sont composés à 60-70 % d’argile lourde, avec des CEC [capacité d’échange cationique] à 22-23-24-25 [mEq/100 g]. Des saturations en magnésium supérieures à 20, 22, 25 % posent un autre défi », admet-il. Pour son type de sol, la source d’azote est déterminante. « Le sulfate d’ammonium coûte une fortune, parce qu’il contient beaucoup de soufre, mais c’est ce qui vient gérer ton magnésium. Donc on amène le soufre, non pas pour nourrir la plante, mais pour gérer le sol », explique-t-il, insistant toutefois qu’il s’agit d’une solution adaptée à son propre contexte. « Il n’y a pas de produits miracles. Chaque solution a son temps d’action. Avec le sulfate, l’effet est immédiat, tandis que le soufre élémentaire prendra plus de temps à fonctionner. Par contre, il fonctionnera plus longtemps », d’ajouter l’agriculteur qui, en quatre ans, a augmenté sa moyenne de 8,8 à 12,9 tonnes par hectare (t/ha) en maïs, et de 2,8 à 4,8 t/ha pour le soya.

La résilience d’abord
Pour cet entrepreneur qui se considère comme perpétuellement « en démarrage », pas question de s’asseoir sur ses lauriers. Déjà fort d’une flotte de trois camions, il a récemment acquis un plan de séchage; un investissement considérable qui lui permettra d’entreposer jusqu’à 6 500 tonnes de maïs cette année. Mais si la bonne méthode de culture, l’audace d’essayer et les équipements performants représentent une bonne part de l’équation, ils ne garantissent pas à eux seuls le succès, selon lui. « Quand on se lance en agriculture, il faut avant tout être prêt à travailler. Y a des matins qui ne sont pas joyeux », souligne-t-il avec réalisme. C’est surtout ce « cœur à l’ouvrage » qu’il souhaite transmettre à son fils, Émile. Le jeune homme de 19 ans pourrait bien incarner la relève, si la tendance se maintient. « Je le traite comme un employé, et je ne lui donne pas tout cuit dans le bec », confie l’agriculteur, qui reconnaît avoir lui-même trimé dur. « Il faut apprendre à développer sa résilience, sinon on abandonne rapidement. Pas de résilience, pas de cultivateur », conclut Samuel Coutu.
