Jusqu’à maintenant, le Centre de recherche sur la santé animale de Deschambault a axé la recherche apicole sur la génétique, mais il commence à s’intéresser tranquillement à la nutrition et à ses liens avec la santé des abeilles. Photo : Archives/TCN
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S'abonner maintenantUne entreprise française créée en 2024 s’apprête à commercialiser au Canada un nouveau supplément alimentaire qui a la prétention de renforcer la santé des abeilles mellifères au point de réduire la mortalité hivernale de 40 % à 50 % en moyenne.
Le test ultime, soit celui de l’hiver québécois, n’a toutefois pas encore été fait, puisque les deux études menées sur les abeilles qui ont été nourries avec ce supplément alimentaire dit « de pointe » ont été réalisées en Europe. C’est pourtant au Canada que l’entreprise Oligofeed, créée pour commercialiser le produit, pourrait faire ses premières ventes dès 2026. C’est pour des questions de délais de certifications, « obtenues plus rapidement ici qu’en France », précise Aneta Ozieranska, présidente d’Oligofeed. « On a obtenu l’approbation de Santé Canada en décembre 2025, confirmant l’innocuité du produit pour l’humain et pour l’environnement. L’homologation PSA [produit de santé animale], qui garantit que le produit n’est pas dangereux pour les abeilles, est toujours en cours », révèle celle qui s’attend à obtenir une réponse dans les prochaines semaines. Mme Ozieranska a accordé une entrevue téléphonique à La Terre, le 11 février, alors qu’elle était à Calgary, dans le cadre du BeeTech 2026, où elle faisait la promotion de son nouveau produit.

Un nutriment miracle ?
Ce n’est pas la première fois qu’un supplément alimentaire arrive en grande pompe sur le marché en promettant une réduction de la mortalité des abeilles, tempère Martine Bernier, chargée de projets apicoles au Centre de recherche en sciences animales de Deschambault (CRSAD). « Ce sont toujours des produits un peu différents les uns des autres, donc c’est difficile de savoir lesquels fonctionnent bien », affirme-t-elle.
La chercheuse souligne par ailleurs que deux projets de recherche ont quand même été faits en Europe sur ce supplément, qui semble unique en son genre.

Ils ont démontré que c’était efficace, mais c’est encore difficile de savoir de quoi ça va avoir l’air dans le contexte climatique québécois et canadien. Pour l’instant, on manque encore d’information pour se prononcer sur ses effets potentiels.
L’ingrédient en question est un produit de synthèse fabriqué à partir du molybdène, un métal qu’on peut extraire des mines, mais qui se retrouve aussi dans l’alimentation humaine ou animale sous forme minérale, qu’on appelle oligo-élément. « C’est un enzyme naturel pour l’abeille, qui en consomme dans le pollen », explique Aneta Ozieranska. La molécule développée par Oligofeed imiterait cet oligo-élément, et serait donc « facilement assimilée par l’abeille et non toxique », précise-t-elle.
C’est son associé, Sébastien Floquet, professeur de chimie fondamentale dans le réseau d’universités publiques en France, qui a eu l’idée d’examiner l’usage potentiel de ce nutriment, il y a une douzaine d’années. Avec la collaboration de chercheurs universitaires, il a pu évaluer le potentiel nutritif de cette molécule chez l’abeille. Le brevet sur l’utilisation de la molécule a été obtenu en 2024, ce qui donne l’exclusivité commerciale à la société Ogilofeed pour une dizaine d’années.
Quant à la rigueur du climat québécois, la représentante de la compagnie française est optimiste : « Les recherches en Europe ont quand même été faites dans des climats avec beaucoup de variabilité, ce qui nous fait croire que ce sera aussi efficace ici », laisse-t-elle entendre, sans se prononcer sur le prix de ce nouveau produit.

Impatiente de le tester dans ses ruches
Louise Provost, copropriétaire de Miel Fontaine, à Sainte-Cécile-de-Milton, en Estrie, est parmi les apiculteurs impatients de servir ce nouveau supplément à leurs abeilles dès l’ouverture de leurs ruches, ce printemps. « Ça semble être un bon produit, unique, qui touche plusieurs aspects, comme la santé et la production de miel. En plus, ce n’est pas toxique pour l’abeille et ça ne laisse pas de trace dans le miel », détaille l’apicultrice, également propriétaire de la boutique de vente d’équipements et de produits apicoles Propolis-etc.
Dès que le produit sera homologué pour la vente, il pourrait donc s’ajouter aux autres suppléments vendus dans sa boutique, « mais pas avant d’avoir été testé chez nous », spécifie-t-elle. De manière générale, les suppléments alimentaires pour les abeilles sont souvent appréciés par les apiculteurs débutants, « pour ne prendre aucun risque », précise Mme Provost, mais aussi par les plus aguerris. « Nous aussi, on utilise des suppléments à l’occasion, quand c’est nécessaire, et selon les saisons, mais c’est difficile de dire si c’est toujours efficace, car il y a tellement de facteurs qui entrent en jeu », reconnaît l’apicultrice.
La nutrition sous la lorgnette de la science
Jusqu’à maintenant, le Centre de recherche sur la santé animale de Deschambault a axé la recherche apicole sur la génétique. « La nutrition, on commence à s’y intéresser tranquillement, parce que justement, c’est de plus en plus populaire, avec tous les probiotiques et autres suppléments qui sont offerts pour renforcer la santé des abeilles », indique Martine Bernier.
Deux projets de recherche récents intègrent cet aspect, dont un qui cherche à mieux comprendre l’influence de la nutrition sur la qualité des reines et des faux bourdons, « sans toutefois s’intéresser à la santé des abeilles proprement dites », note la chercheuse.