Photo : Les conteneurs-mangeoires peuvent contenir jusqu’à quatre grosses balles de foin à la fois. Photo : Myriam Laplante El Haïli/TCN Gracieuseté de Frédéric Fortin
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OKA – Frédéric Fortin est entrepreneur dans l’âme. Après 30 ans à la tête de diverses entreprises dans l’industrie de la construction et du déneigement à Montréal, l’homme a démarré un élevage de bovins nourris exclusivement à l’herbe, il y a six ans. Aujourd’hui, sa fille Gabrielle travaille à temps plein à ses côtés et le reste de la famille leur donne un coup de main quand ils en ont besoin.
C’est d’abord pour se « vider la tête » que Frédéric Fortin a acheté une terre et quelques bovins, à Oka, dans les Laurentides, en 2014. Il avait besoin d’une coupure devant la frénésie entourant son entreprise de construction et de déneigement comptant 300 employés à Montréal, et il contemplait l’idée de produire de la viande pour sa consommation personnelle. Aucun membre de sa famille ne provenait du milieu agricole, croyait-il à l’époque, mais le souvenir d’un stage dans une ferme laitière de 200 vaches en Ontario, l’été de ses 14 ans, avait été inoubliable. « J’ai trippé et j’y suis retourné deux étés de suite, gratuitement, mentionne ce dernier. Je m’étais dit que [plus tard], je voulais des tracteurs dans la vie, et finalement, j’en ai eu, parce que j’ai fait du déneigement. Mais j’ai tout le temps aimé [l’agriculture]. »

Alors qu’il vendait son entreprise de déneigement – et fondait ce qui allait devenir au cours des six années suivantes l’un des plus importants centres de tri de matériaux de construction secs de la métropole –, Frédéric Fortin a continué de s’investir dans son passe-temps agricole.
Je trippais. Je commençais à acheter des animaux à l’encan, mais j’avais trop de viande pour ma consommation alors j’en donnais à mes amis. Et quand j’ai vendu [le centre de tri en 2019], je me suis dit que je partais dans le bœuf.
Ses deux fils Henri et Charles, respectivement monteur de lignes et entrepreneur en construction, ont bâti toutes les infrastructures de la ferme avec leur père. L’entreprise Mon Beau Bon Bœuf a vu le jour en janvier 2020, avec l’objectif de livrer à domicile de la viande d’animaux exclusivement nourris à l’herbe (sans présence de grains dans l’alimentation).
Première surprise
Une des premières surprises de Frédéric Fortin a été de découvrir qu’il n’était pas le seul membre de sa famille à être en agriculture. « Je n’avais pas assez de bœufs au début et je cherchais des [gens] qui élevaient du bœuf nourri à l’herbe, alors j’en appelle quelques-uns en Abitibi pour acheter un peu de leur production […] et lui me dit de venir le voir. Je dis à mon père que je m’en vais voir des Fortin à Val-Paradis [dans le Nord-du-Québec] et il me dit que ce sont des cousins! Il me sort des photos et me raconte que ce sont des gars du Lac-Saint-Jean, des premiers colons, qui ont été là, etc. » mentionne l’éleveur en soulignant qu’Alexis Fortin a été aussi surpris d’apprendre qu’ils étaient cousins en reconnaissant son grand-père sur les photos de Frédéric. « J’ai commencé à faire des affaires avec mon cousin », dit-il, en lui achetant notamment des Angus pour l’engraissement.
Aujourd’hui, le cheptel de la ferme des Laurentides comprend 200 têtes et est composé de bovins de race Galloway et Angus. L’entreprise assure aussi la transformation de viandes en repas prêts à manger dans une cuisine commerciale de Repentigny, dans Lanaudière, acquise en 2022. Un site transactionnel permet la vente des pièces de viande et de repas depuis un condo commercial dans l’est de Montréal.
C’est d’ailleurs à cet endroit que Gabrielle travaille à temps plein depuis l’été 2025, à titre de responsable des commandes, du marketing et des réseaux sociaux.
Frédéric était un peu inquiet de voir sa fille se joindre officiellement à l’entreprise, car il a déjà tenté une expérience similaire avec son fils Charles lorsqu’il était entrepreneur en construction, ce qui s’est soldé par un conflit familial. « Je m’étais dit plus jamais, mais la situation est différente, dit-il. Gaby est jeune encore, et l’expérience, ça ne s’achète pas. Mais ça va bien. » Toutefois, pour éviter des conflits familiaux, père et fille appliquent une règle qu’ils se sont imposée dès le début de leur aventure : lorsqu’ils franchissent le seuil de la porte de la résidence familiale, le soir, à Montréal, la ferme reste à l’extérieur.
Les conteneurs-mangeoires peuvent contenir jusqu’à quatre grosses balles de foin à la fois. Photo : Myriam Laplante El Haïli/TCN
Fait maison : des conteneurs-mangeoires
Frédéric Fortin considère les conteneurs qu’il a recyclés en mangeoires comme une révolution. Les conteneurs installés dans deux parcs de la ferme ont des ouvertures sur les côtés, qui sont munies de barrières d’alimentation. Les animaux entrent la tête à l’intérieur du conteneur par ces ouvertures pour se nourrir. Bien rempli, ce dernier peut contenir quatre grosses balles de foin. « Je peux nourrir pour une semaine ou une semaine et demie et il ne mouille pas dessus », explique l’ancien entrepreneur en construction, qui offre du foin de qualité supérieure à ses animaux. L’ouverture du fond est consacrée à des mangeoires de minéraux, accessibles pour le producteur par l’intérieur du conteneur.
Les conteneurs-mangeoires peuvent contenir jusqu’à quatre grosses balles de foin à la fois. Photo : Myriam Laplante El Haïli/TCN
Le bon coup de l’entreprise : les prêts-à-manger
L’achat d’une cuisine commerciale déjà munie d’un permis de transformation du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec a été le bon coup de la famille Fortin. Si, depuis le démarrage de l’entreprise en 2020, l’élevage et la livraison de la viande à domicile chez les clients montréalais étaient rentables, aujourd’hui, la transformation de la viande en repas prêts à manger est ce qui permet à la famille Fortin d’accroître son chiffre d’affaires. Les repas prêts à manger représentent désormais 75 % des ventes, contre 35 % précédemment, notamment grâce à de la promotion effectuée sur des plateformes de gestion de publicités en ligne. « Ça fait quatre ans que j’ai la cuisine, et là, c’est rendu trop petit pour notre production. Alors la prochaine étape, c’est vraiment de grossir la cuisine », dit Frédéric Fortin.
| Nom de la ferme : | Mon Beau Bon Boeuf |
| Spécialités : | Bovins de boucherie, transformation de la viande et livraison |
| Année de fondation : | 2020 |
| Nom du propriétaire : | Frédéric Fortin |
| Nombre de générations : | 1 |
| Superficie en culture : | Aucune |
| Cheptel : | 200 têtes |
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