Maude Legault prend la relève d’une production de grains avec le désir d’entrer dans un chiffrier Excel toutes les données de la ferme, de même que celles des essais au champ, afin de prendre les décisions les plus rentables. Photo : Gracieuseté de la Ferme Richard Legault
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S'abonner maintenantMême si, en 2026, il est encore plutôt rare de voir une femme prendre seule la relève d’une ferme en production de grains, Maude Legault, 21 ans, lève la main. À la ferme familiale de son père et de son oncle, elle affectionne les travaux au champ, elle voue une passion à la mécanique agricole, mais elle se démarque surtout par son appétit pour… les chiffres et les fichiers Excel.
Celle qui vient de terminer ses études en agriculture au collège Macdonald de l’Université McGill se fait une spécialité d’entrer les données de la ferme dans des chiffriers et de réaliser des graphiques comparatifs afin de prendre les meilleures décisions. « J’aime la gestion de données. Le plus important, c’est de savoir comment utiliser les logiciels de gestion à notre avantage. Le but n’est pas juste d’entrer des chiffres pour entrer les chiffres, mais de savoir comment faire parler les chiffres », exprime celle qui travaille pour la Ferme Richard Legault, située à Godmanchester, en Montérégie.
L’un de ses enseignants au collège Macdonald, l’agronome Simon Brault, dépeint Maude Legault comme une étudiante d’exception en gestion agricole. « Ce qui m’a tout le temps impressionné chez elle, en analyse financière, c’est qu’elle allait toujours au-delà de ce qui était demandé dans les cours. Elle essayait de voir toujours plus loin et de faire des projections. C’est un faible pourcentage des étudiants [en gestion agricole] qui est capable de prendre les données d’une ferme, de les combiner et de les synthétiser pour arriver avec des résultats qui leur permettent de prendre des décisions. Elle a une compréhension plus large de l’entreprise, comparativement à d’autres étudiants qui ont une vision plus linéaire », explique-t-il.
Par exemple, pour évaluer la rentabilité d’une acquisition, Maude a fait une analyse de sensibilité en créant un tableau regroupant les différents rendements probables en fonction d’une variation de prix.
Elle connaît ainsi les extrêmes de l’entreprise et peut savoir si elle est capable d’y arriver. Mais globalement, elle est un peu dans une classe à part pour ses aptitudes en gestion. Si tu regardes juste la présentation finale de son plan d’affaires sur PowerPoint, tout était léché. Des chefs d’entreprise ne font même pas aussi bien et aussi beau.
La ferme sur chiffrier
L’une des premières missions que s’est données Maude a été de calculer 13 ratios financiers de la ferme de son oncle et de son père. « J’ai calculé les ratios pour les années financières 2023 et 2024 à partir de nos revenus, que j’ai également mis sur Excel. Par la suite, je les ai comparés à des valeurs cibles pour voir comment la ferme se débrouille financièrement et j’ai donné les raisons expliquant pourquoi la ferme s’est rendue à ces ratios. J’ai également fait de même pour les cinq années à venir pour envisager des projets d’expansion », exprime l’agricultrice.
Le coût de production des travaux à forfait et leur rentabilité sont une autre facette de l’entreprise qu’elle a dépeinte sur un chiffrier électronique. « Faire du travail à forfait, ça veut dire qu’il faut une batteuse récente, qu’on change aux trois ans, car si elle est trop vieille et qu’elle brise pendant 10 jours, on perd des clients. J’ai fait plusieurs calculs et, selon le salaire qu’on calcule pour mon père et mon oncle, on arrive kif-kif avec le forfait. Mais globalement, si on les paye à la semaine, et non à l’heure, le forfait, c’est bon, ça paye les coûts de battage sur notre propre ferme », détaille celle qui participe activement aux récoltes en conduisant le tracteur couplé au débardeur à grains (grain cart).
Elle a aussi calculé chaque récolte, déterminant que la rotation maïs-soya-blé est plus rentable que la rotation maïs-soya. « J’ai remarqué que quand on plante du blé et qu’on met des engrais verts, on va booster notre rendement de maïs, sans booster nos coûts. Le blé est rentable et la culture d’après est plus rentable », exprime l’agricultrice.
Le blé semé à l’automne diminue de surcroît les risques associés aux changements climatiques, en réduisant le nombre d’hectares qui doivent être semés au printemps. Un printemps tardif a ainsi moins de conséquences négatives, argue-t-elle.
Enlignée dès sa jeunesse
Depuis l’âge de 13 ans que Maude Legault s’implique à la ferme. En vieillissant, elle a développé de l’intérêt pour la gestion des données et l’économie. « Mais je ne me voyais pas travailler à temps plein dans un bureau. J’aime aussi la mécanique, mais je ne me voyais pas dans un garage à temps plein. Je veux être polyvalente et j’ai compris que le métier d’agricultrice me permettra de faire un peu de tout et de travailler à mon plein potentiel. C’est ce que je veux faire », affirme-t-elle. L’agricultrice chérit d’ailleurs les heures passées au volant du tracteur, elle qui débarque fréquemment de sa monture pour vérifier la qualité de son travail sur le sol.
L’héritage de la génération précédente
Maude Legault est reconnaissante de compter sur deux mentors en son oncle et son père, qui ont mis sur pied une entreprise en santé et qui accueillent avec ouverture ses idées. « Parfois, l’ancienne génération empêche la nouvelle génération d’améliorer des choses et de faire évoluer l’entreprise comme l’agriculture évolue, mais n’est pas le cas ici. Je trouve ça important de bien classer nos données sur l’ordi et ils embarquent là-dedans. Une raison pourquoi la ferme va bien, c’est grâce à l’avant-gardisme de mon père et mon oncle », insiste-t-elle.
Étudier l’agriculture en anglais pour être plus compétitive
Une bonne gestion d’entreprise est essentielle pour assurer l’avenir des fermes, croit Maude Legault. L’agricultrice a d’ailleurs choisi d’étudier en anglais au Collège Macdonald, dans la région de Montréal, afin d’être plus compétitive en agriculture. « Les pièces de tracteurs et de machineries, parfois elles sont moins chères en Ontario ou aux États-Unis et je voulais avoir un très bon anglais pour appeler là-bas », dit-elle.