Grains 11 février 2026

Équipement – La qualité du grain se prépare au champ

La qualité du grain ne se joue pas uniquement après la récolte : elle se construit bien en amont, dès les premières interventions au champ. Le choix des équipements, leur réglage et le moment des opérations influencent directement le rendement, l’uniformité des cultures et, ultimement, la valeur commerciale de la récolte.

Du semoir à la batteuse, en passant par les chariots de transport, chaque étape comporte ses propres enjeux techniques. Profondeur et régularité du semis, respect des fenêtres optimales de plantation, ajustements des équipements de récolte selon les conditions du champ ou le type de culture : autant de décisions qui peuvent faire une différence significative.

Quatre experts du milieu partagent ici leurs conseils pratiques pour optimiser les rendements tout en préservant la qualité du grain. Quels réglages au semis favorisent une levée uniforme? Comment limiter les pertes à la récolte? Quels ajustements techniques maximisent la performance des équipements modernes?

De bons ajustements

Jean-Sébastien Pettigrew

Jean-Sébastien Pettigrew, spécialiste produit AG Ouest du Québec chez Kubota Canada Ltd, insiste sur l’importance de faire les bons ajustements au semis afin d’assurer une émergence uniforme et de maximiser le potentiel de rendement. La lecture du champ – type de sol, humidité, conditions printanières – constitue le point de départ de tout réglage.

« La profondeur de semis, variable selon la culture, doit, entre autres, permettre d’atteindre la zone d’humidité optimale. Une semence mal positionnée compromet l’émergence, alors qu’un réglage adéquat favorise une levée rapide et uniforme », ­souligne le spécialiste.

Avant d’entrer au champ, la maintenance préventive demeure essentielle. L’usure des disques, des transmissions et des systèmes de dosage peut fausser la profondeur réelle et le débit de semis. « La calibration annuelle des semences au semoir ou la singularisation au planteur est tout aussi cruciale », rappelle-t-il, puisque la grosseur et le poids spécifique varient d’un lot à l’autre. « Dès qu’on change de variété ou de fournisseur, la calibration ou la singularisation doivent être refaites », insiste M. Pettigrew.

Au champ, on doit surveiller plusieurs paramètres : mise à niveau du châssis, pression exercée par les unités selon les conditions, réglage des roues de profondeur et de fermeture du sillon, ainsi que la vitesse d’avancement, particulièrement en présence de résidus. Bref, la réussite repose sur une préparation rigoureuse, une calibration précise et des ajustements continus, adaptés aux conditions réelles plutôt qu’à des réglages standardisés.

Largeur des équipements

De son côté, Patrick Landry, spécialiste produit chez Case IH, insiste sur l’importance d’une harmonisation la plus précise possible des largeurs des équipements – planteur, arroseuse et moissonneuse-batteuse – afin que toutes les machines circulent toujours aux mêmes endroits dans le champ.

« Ces pratiques sont de plus en plus utilisées pour améliorer les rendements et préserver la qualité des sols, notamment le traffic control (contrôle du trafic) », explique-t-il.

En concentrant les passages sur des bandes fixes, on limite la compaction ailleurs dans le champ, ce qui facilite les interventions correctives et améliore les conditions de croissance. « Cette pratique s’accompagne parfois de bandes volontairement non semées, permettant aux pneus de circuler sans coucher les cultures », ajoute le spécialiste. Déjà bien implantée en Europe, cette stratégie gagne du terrain en Amérique du Nord.

L’utilisation du GPS et des lignes de guidage réutilisables est centrale à cette approche. Les mêmes lignes servent du semis jusqu’à la récolte, assurant une entrée optimale de la culture dans le nez de la moissonneuse et réduisant les pertes. Des systèmes comme AFS Connect permettent même d’envoyer les lignes de guidage à distance à l’opérateur.

Enfin, Patrick Landry souligne que ces choix sont souvent intégrés dès l’achat de l’équipement, en collaboration avec les concessionnaires, afin d’assurer une cohérence entre les machines. L’objectif demeure clair : réduire la compaction et optimiser les rendements.

Selon Richard Caron, ce semoir agricole moderne à double disque illustre la technologie de placement précis des semences pour une agriculture durable. Photo : Gracieuseté de Kuhn

Choisir le bon semoir

Richard Caron, gérant de territoire chez Kuhn, explique que le choix d’un semoir dépend d’abord du type de travail du sol. Il distingue les semoirs conventionnels, destinés à des sols préparés, et les semoirs semis direct (no-till), conçus pour semer dans des sols peu ou pas travaillés, souvent plus lourds et chargés en résidus.

Selon lui, « un semoir semis direct peut aussi faire du conventionnel, mais l’inverse comporte des risques : une levée inégale mène à des rendements variables et complique la récolte ». Le cœur du message demeure la profondeur de semis uniforme, essentielle pour une levée simultanée, une maturité homogène et un meilleur classement du grain.

Il souligne également que la flotte de semoirs à grain au Québec est vieillissante et que l’usure des composantes nuit directement à la précision du semis. Les conséquences se traduisent par une levée inégale, une concurrence accrue des mauvaises herbes et des pertes de rendement.

Sur le plan technique, il évoque des semoirs faciles à calibrer, des systèmes favorisant le suivi du sol, la gestion des résidus et un réglage fin de la profondeur, de même qu’une distribution plus régulière du grain afin de réduire la compétition entre les plantules.

En somme, le choix du semoir et sa capacité à maintenir une profondeur constante constituent des facteurs déterminants pour la qualité finale de la récolte.

Adopter de bonnes pratiques

Une approche globale passe aussi par l’adoption de bonnes pratiques en travail du sol, particulièrement avec les outils tractés comme les déchaumeuses et les vibros, souligne Jérémie Messerli, agronome et directeur des ventes pour le Canada chez Amazone.

Il recommande d’abord de miser sur l’entretien préventif, à effectuer avant d’entrer au champ : état des disques, des pattes et des étançons, ainsi que respecter les recommandations du manufacturier.

« L’uniformité du travail sur toute la largeur de l’outil constitue un principe clé. Sur les machines larges, certaines zones – notamment la partie centrale où passe le tracteur – peuvent subir une usure ou une compaction plus marquée, ce qui exige une vigilance accrue », explique M. Messerli.

Jérémie Messerli. Photo : Gracieuseté de Jérémie Messerli

Il attire aussi l’attention sur un facteur souvent négligé : la pression des pneus du tracteur, qui devrait être ajustée selon l’opération afin de limiter la compaction du sol. Les rouleaux arrière doivent également être en bon état pour assurer une reconsolidation adéquate.

Son message est clair : des machines bien entretenues, des réglages adaptés et une recherche constante de l’uniformité sont des conditions essentielles pour que le travail du sol contribue réellement à l’optimisation des rendements.