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S'abonner maintenantEn grandes cultures, la notion de « grain parfait » met en cause un ensemble de paramètres qui déterminent la qualité commerciale, et donc le potentiel de rentabilité. Mais concrètement, que recherchent les commerçants? Quels facteurs garantissent le succès d’une récolte sur le marché?
Jonathan Lussier est producteur de grandes cultures et président de Grains J.R, une entreprise spécialisée en commercialisation des grains. Pour lui, le grain « parfait » n’existe pas. Mais on peut viser un grain « parfaitement commerçable », soit un grain qui se classe selon les critères de la charte établie par la Régie des marchés agricoles. Chaque grain comporte ainsi des spécifications définies; il faut ensuite considérer les exigences de l’acheteur, qui elles, peuvent varier. « Dans le maïs, le nerf de la guerre, c’est un taux de toxine [DON] à maximum 2 ppm », explique Jonathan Lussier, en dressant d’abord un portrait global. « En gros, on recherche un maïs de grade 2, et le seuil de tolérance pour le taux d’humidité se situe normalement à 14,5 %. Dans l’avoine, on cherche un grade 1, et la couleur aussi est importante. On regarde la charte de classement de chaque grain pour respecter les standards », précise-t-il. Pour la commercialisation du maïs et du soya, la plupart des contrats exigent un grade 2, mais une certaine latitude reste possible au cas par cas, ce qui rend l’exercice un peu plus complexe.

Les cibles à atteindre
Simplement formulé, le grain « parfaitement commerçable » s’apprécie par son poids, sa densité et son taux d’humidité. Dans un scénario de maïs « parfait », par exemple, on obtiendrait un grain de grade 2 (soit le grade de base), d’un poids supérieur à 66 kg/hl (kilogrammes par hectolitre), avec un taux d’humidité de 14,5 %, un maximum de grains fendillés de 3 % et un niveau de toxines inférieur à 2 ppm. Pour le soya, un grade 2 de 68 kg/hl, à 13 % d’humidité et un indice de 15 % de grains fendillés, gardera le producteur à l’abri des baisses de prix tant redoutées. « Ensuite, il y a la question des taches et des couleurs qui entre en ligne de compte et devient un peu plus spécifique, par exemple pour le soya IP [identité protégée, pour consommation humaine], comparativement au soya “Roundup” conventionnel qu’on envoie à l’exportation », relate M. Lussier. La culture d’un soya IP conforme s’organise entre le vendeur de semences et le producteur en fonction des exigences de son cahier de charges et fait l’objet d’un suivi rigoureux. « Pour le soya “Roundup”, un grain de 68 kg/hl, à 13 % d’humidité et 15 % de grains fendus, évitera les coupures », estime-t-il.
Le blé de printemps, un grain recherché
Outre sa conformité exemplaire, le grain recherché est aussi une denrée moins disponible sur le marché. Selon Abel Lauture, négociant chez Luthi Grains, le Québec aurait une occasion à saisir dans le blé pour consommation humaine. « On a deux usines importantes à Montréal, qui produisent les farines Robin Hood et Five Rose et qui consomment énormément de blé de printemps. Sauf qu’elles doivent en majorité l’importer de l’Ouest canadien, parce que les volumes et le pourcentage en protéine de nos productions ne sont pas assez élevés », allègue M. Lauture. Ce segment du marché exige un pourcentage de protéine minimum de 12,5 %, avec un indice de chute à 275 secondes.
M. Lauture soulève aussi la différence de valeurs entre le blé mou et le blé dur, une autre variable potentiellement avantageuse pour le producteur. « Souvent, le blé mou aura un rendement plus élevé, mais il peut être intéressant de calculer la surprime qu’on peut obtenir, même avec un rendement plus petit, dans le blé de printemps », souligne-t-il. « Par exemple, un blé “feed” [pour consommation animale] pourrait se vendre 320-330 $ livré, tandis qu’un blé pour consommation humaine pourrait obtenir une surprime de 60 $ à 70 $ selon la demande. » Ici, le raisonnement veut que les coûts de production plus élevés soient compensés par une surprime ou valeur de vente accrue. « Il n’est pas rare de voir du blé de printemps frôler les 400 $ la tonne. Un blé de printemps livré à Montréal se transige en ce moment autour de 350 $/t, comparativement à environ 300 $/t pour un blé de consommation animale », signale M. Lauture, qui donne matière à réflexion aux producteurs.
