Porcs 6 février 2026

Une truie à la productivité infinie?

Les prochaines générations de truies dans les maternités québécoises et canadiennes seront-elles toujours plus prolifiques? Probablement, puisqu’il y a encore place à l’amélioration, mais jamais au détriment d’un équilibre global, croit André Lavergne, représentant pour le Québec de la compagnie européenne de génétique Topigs Norsvin. « Notre philosophie est toujours de se dire : si la génétique m’apporte un porcelet supplémentaire, il faut qu’elle m’apporte aussi la tétine pour le nourrir. Aujourd’hui, on est au-delà de 16,5 de moyenne de tétines par truie, alors qu’en général, c’est autour de 14 », illustre-t-il.  

André Lavergne

Parmi les autres traits sur lesquels la compagnie travaille pour bâtir ses prochains modèles génétiques, il signale celui du comportement de l’animal, qui doit maintenant répondre aux exigences en matière de bien-être animal, lesquelles imposent entre autres l’abolition progressive des cages dans les maternités. L’autonomie de la truie pour mettre bas et allaiter est également recherchée, afin de répondre à un enjeu de rareté de main-d’œuvre, « qui n’est pas unique au Québec », mentionne-t-il. La conversion alimentaire est également un trait privilégié pour réduire les émissions de gaz à effet de serre par souci environnemental. 

« On ne peut plus couper dans le gras »

À l’inverse, la sélection génétique a atteint ses limites concernant la réduction du gras, toutes compagnies de génétique confondues, fait savoir M. Lavergne. Une réduction supplémentaire deviendrait, selon lui, contre-productive autant pour le goût de la viande, qui a besoin d’un certain persillage pour maintenir la saveur, que pour l’abattage. « Il faut laisser une épaisseur de gras sur la longe, puisque c’est par là qu’on peut couper la peau. Quand l’animal est trop maigre, la machine n’est plus capable de le faire parce que la peau est trop dure », précise-t-il. 

Cette situation montre la nécessité d’une approche globale en génétique, plaide le spécialiste, qui insiste sur l’importance de considérer chaque étape de la chaîne de production dans le développement des lignées.

Jean-Philippe Martineau

Encore un pas à faire en alimentation de précision

Les truies modernes sont de véritables « athlètes olympiques » exigeant un apport énergétique quasi parfait, compare l’agronome Jean-Philippe Martineau. « Autrefois, on nourrissait les truies deux fois par jour en mettant de la moulée dans le fond d’une mangeoire, et on s’en sortait. Aujourd’hui, l’automatisation permet de distribuer jusqu’à six repas quotidiens, une avancée cruciale, car la moindre erreur affecte immédiatement la productivité », explique-t-il.

Toutefois, des progrès restent à accomplir pour affiner cette science. « On ne peut pas encore combiner deux types de moulée pour répondre aux besoins exacts d’une truie au gramme près selon la période comme la gestation ou la mise-bas », fait remarquer celui qui s’attend à des innovations technologiques imminentes à cet égard.