Porcs 6 février 2026

Voyages dans des maternités hyperprolifiques

Après des séjours dans des maternités porcines du Brésil, l’année dernière, puis du Danemark récemment, l’éleveur porcin Louis-Philippe Roy revient convaincu que les éleveurs québécois n’ont rien à envier aux plus performants du monde.

Louis-Philippe Roy

Le Danemark se démarque en effet par le nombre de porcelets par portée, atteignant parfois « 28, 30, voire 34 porcelets », rapporte M. Roy, qui a d’ailleurs travaillé quelques jours dans ces maternités hyperprolifiques. « Ils ont vraiment focussé sur une génétique qui pousse la productivité des truies à l’extrême, puis ils ont ensuite mis en place une régie d’élevage qui permet de sauver le maximum de porcelets avec des truies nourrices. Ils déplacent presque 100 % des porcelets pour uniformiser les portées par taille », détaille celui qui a fait ce voyage à titre personnel, et non comme président des Éleveurs de porcs du Québec. 

Il est toutefois resté sur sa faim en constatant que la technique d’élevage danoise serait difficilement transposable en Amérique du Nord, où la réalité climatique et sanitaire est trop différente. « Ici, on a des souches du syndrome reproducteur et respiratoire porcin (SRRP) qui sont beaucoup plus virulentes qu’en Europe. On doit donc travailler avec des rotations de truies aux quatre semaines en mode tout plein tout vide [méthode de gestion sanitaire où un groupe de truies entre simultanément dans une salle de mise-bas, y reste, puis quitte la salle entièrement pour un nettoyage complet avant l’arrivée du groupe suivant]. Là-bas, au contraire, tous les bâtiments sont en rotation aux semaines, donc si les porcelets sont trop petits pour être sevrés, ils vont les mettre sur une autre truie pour avoir une semaine de plus, ce qu’on ne peut pas faire ici », analyse l’éleveur. Il s’est tout de même inspiré de cette technique pour augmenter au-delà de 30 % les adoptions de porcelets dans sa propre maternité afin de rééquilibrer les portées, lorsque cela ne pose pas de risques de propagation de SRRP. 

Pour le reste, il estime que les éleveurs québécois ont développé un modèle efficace pour leur environnement et leur réalité terrain.

Même les éleveurs danois, quand ils sont venus visiter notre maternité au Québec par la suite, nous ont avoué que dans les mêmes conditions que nous, ils ne pourraient probablement pas faire mieux.

Louis-Philippe Roy

Jean-Philippe Martineau, agronome spécialisé en nutrition porcine, qui l’a accompagné dans ses deux voyages, estime que le modèle canadien offre un meilleur équilibre entre la productivité et la qualité de vie des éleveurs, « puisque la méthode aux quatre semaines demande moins de manipulations humaines pour sauver les porcelets ».