Porcs 6 février 2026

La truie, cette athlète olympique

Pendant que les meilleurs athlètes se disputent la première marche du podium en Italie, La Terre braque ses projecteurs sur les truies des maternités porcines québécoises, qui n’ont rien à envier aux athlètes olympiques. Tour d’horizon de la structure qui permet une amélioration continue des performances.

Au cours des vingt-cinq dernières années, le taux de naissance de porcelets par truie a progressé d’un peu plus de 30 % dans plusieurs maternités porcines du Québec. Si cette hausse s’explique d’abord par des lignées génétiques plus performantes qu’avant, l’éleveur Maxime Gosselin, propriétaire de la Ferme G. M. Le Porc, à Montmagny, dans Chaudière-Appalaches, souligne que ce n’est pas tout. Une trentaine d’autres facteurs pèsent aussi dans la balance pour permettre au modèle génétique, une fois arrivé à la ferme, de performer à son plein potentiel et donner des porcelets en santé, estime celui qui gère une maternité de 1 200 truies et un engraissement de 34 000 porcs par année. « Il faut d’abord préparer la cochette : bien l’alimenter pour l’aider à développer son système reproducteur et son ossature, respecter le programme de vaccination, s’assurer qu’elle s’acclimate bien au troupeau, qu’elle n’a pas de choc pour être capable de faire de belles chaleurs », donne entre autres en exemple le producteur, dont les performances d’élevage se situent au troisième rang du palmarès du Groupe Évolu-Porc en matière de productivité des truies. 

Tout est donc mis en place pour amener les truies au meilleur de leurs possibilités une fois arrivées à maturité, comme des athlètes, illustre-t-il. « C’est vraiment comme ça qu’on les voit : elles sont nourries par des nutritionnistes, et si on veut qu’elles performent, il faut leur donner le bon gaz, une bonne qualité d’eau, un détail trop souvent négligé », souligne l’éleveur. 

L’idée est également de suivre les recommandations fournies avec chaque modèle génétique. « Notre fournisseur nous recommande, par exemple, d’attendre 220-225 jours avant de faire les premières saillies.  Donc, on investit un peu plus dans ces animaux-là, mais elles sont un peu plus grosses et matures pour les premières saillies, et c’est ce qui donne de meilleures performances par la suite », mentionne Maxime Gosselin.

Dans sa maternité porcine de Montmagny, l’éleveur Maxime Gosselin s’inspire des plus récentes recherches et des recommandations de son fournisseur de génétique pour tirer le meilleur de ses animaux. 

Viser l’or

Celui qui occupe la première place du même palmarès depuis plusieurs années, Louis-Philippe Roy, souligne de son côté qu’une fois avoir préparé les cochettes à atteindre les plus hautes performances, il faut aussi être prêt à les encadrer 24 h sur 24 dans la dernière étape de la production, soit la mise-bas, même si cela signifie de passer des nuits dans la maternité ou ne pas être présent à certains événements. 

« La mise-bas, c’est la conclusion de six ou sept mois de travail, de suivis et de rigueur avec les cochettes. Si tu compares aux Jeux olympiques, c’est comme si tu prépares tes athlètes pendant quatre ans, tu arrives aux jeux et au lieu d’être là pour la compétition, tu pars sur le party. C’est vrai que c’est déjà un accomplissement en soi de s’être rendu là, mais si tu veux la médaille d’or, il faut que tu ailles jusqu’au bout », illustre l’éleveur de Saint-Michel-de-Bellechasse, qui est également président des Éleveurs de porcs du Québec.

C’est en discutant avec un confrère des États-Unis, qui lui avait conseillé cette approche, que M. Roy a choisi de l’appliquer dans sa maternité. « Je ne mentirai pas : le 1er janvier dernier, je me demandais vraiment pourquoi on faisait ça, être dans la maternité plutôt qu’en famille. Alors je n’imposerais pas ça à tout le monde, mais nous, c’est le défi qu’on s’est lancé, d’être très performants en maternité », témoigne celui qui gère, avec sa conjointe, une ferme de type naisseur-finisseur de 200 truies.  


De hautes performances rentables pour les éleveurs

Chaque année, des fournisseurs de génétique porcine, comme PIC ou Hendrix Genetics ainsi que la firme de consultation Sitos, tiennent des compilations basées sur les performances réelles en maternité porcine ou en engraissement. Ces initiatives visent à stimuler une saine compétition entre les éleveurs et à évaluer les performances des modèles génétiques sur le terrain. Shanon Simard, de la firme de consultants en production porcine Sitos, mentionne par ailleurs que les données compilées à travers les années auprès des clients, principalement des éleveurs indépendants, permettent de constater que la croissance du nombre de porcelets par portée amène une plus grande rentabilité des élevages porcins.

Cette augmentation des nés totaux est due à l’amélioration de la génétique, mais aussi à l’amélioration de la régie d’élevage, des méthodes d’alimentation et des équipements, qui ont permis, au fil du temps, de garder la mortalité présevrage et le pourcentage de mort-nés à un excellent niveau. Au final, la combinaison de tout cela nous a permis d’améliorer notre productivité.

Shanon Simard

Une conclusion que partage l’éleveur Maxime Gosselin, de la Ferme G. M. Le Porc, à Montmagny. « Par rapport à il y a 20 ans, on sèvre trois porcelets de plus par portée, avec pratiquement le même nombre de moulée consommée. C’est ça qui est surprenant. La moulée est un peu plus riche qu’avant, mais on travaille aussi avec un animal beaucoup plus performant pour la production de lait, et avec souvent plus de mamelles », souligne-t-il.