Les vaches en lactation de la Ferme Ticouapé, à Saint-Félicien, restent à l’extérieur à l’année depuis huit ans. Photos : Gracieuseté de Jean-Marie Baril
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S'abonner maintenantÀ Saint-Félicien, le froid des dernières semaines n’a pas semblé incommoder les vaches laitières de Jean-Marie Baril, couchées dans la paille, sur la neige. Ce producteur laitier biologique du Saguenay–Lac-Saint-Jean a fait le pari, il y a huit ans, de garder ses vaches en lactation à l’extérieur été comme hiver. Aujourd’hui, il ne reviendrait pas en arrière.
« C’est sûr qu’on a adapté nos pratiques pour avoir ce modèle-là », dit-il.
À longueur d’année, la centaine de vaches en lactation est rentrée dans l’étable une fois par jour, en lots successifs, pour visiter le salon de traite. L’hiver, la manœuvre est effectuée rapidement pour éviter que les animaux se réchauffent trop, car la fonte de la neige sur leur robe créerait de l’humidité qui les incommoderait.

« C’est comme nous [les humains], quand on est humides, on a plus froid, mentionne l’éleveur. Pour les animaux, c’est pareil. L’humidité rentre dans le poil, l’échange de chaleur se fait plus vite et les animaux ont de la misère à se réchauffer [une fois retournés dehors]. » Comme dans les élevages de bovins de boucherie, les vaches laitières de la Ferme Ticouapé passent leurs journées dans un espace cerné d’une clôture, qui les protège du vent. Pour contrer les effets de l’humidité de la neige, le sol est recouvert d’un lit de paille provenant des 600 hectares cultivés en grains par le producteur. La paille est remplacée tous les deux jours. Steve Adam, expert en production laitière et bien-être animal, ne voit d’ailleurs pas de problème à cette façon de faire, tant que les besoins des vaches sont comblées, « qu’elles ont une place pour aller se coucher et qu’elles sont à l’abri ». Il précise que leur tolérance au froid est accentuée par la pousse d’un pelage plus épais et par la digestion, qui dégage énormément de chaleur.
Jean-Marie Baril avoue humblement que de rentrer les vaches alors que le thermomètre affiche -40 °C et qu’un vent mordant se fait sentir dans son coin de pays lui fait parfois regretter le temps où il pouvait rester au chaud avec les vaches dans l’étable l’hiver.
Il ne retournerait toutefois pas en arrière. L’homme apprécie la qualité de vie qu’offre une traite par jour et aime que ses animaux soient à l’extérieur, ce qui est plus naturel, selon lui.
Réduction des dépenses
Bien que le changement ait mené à une importante baisse de rendement, admet-il, les effets financiers n’ont pas été ceux anticipés. « Financièrement, on n’a pas vu la différence », dit l’éleveur. Au contraire, il a même occasionné une réduction des dépenses et une amélioration de la santé financière de l’entreprise.
« On s’était dit, au départ, que si notre situation financière ne s’empirait pas, on allait être bien contents. Mais on considère qu’elle s’est améliorée quand même pour la peine. Malgré le fait que ça allait déjà très bien avant, aujourd’hui, on s’en sort mieux que la moyenne », dit-il.
Celui qui possède aujourd’hui un cheptel d’environ 200 têtes, dont une soixantaine de bovins de boucherie utilisés pour valoriser des pâturages plus éloignés de la ferme, précise que les dépenses en soins vétérinaires sont devenues « quasiment anecdotiques » dans le budget de la ferme depuis que les vaches laitières sont dehors. « À -40 °C, il n’y en a pas, de bactéries, dit-il. La problématique, c’est la proximité [dans l’étable], le manque de ventilation, l’humidité. Mais nous autres, on n’a pas ça. Les diarrhées d’hiver, on ne connaît pas ça. On ne voit plus jamais ça ici parce que les vaches sont dehors; et même si elles pognaient de quoi de contagieux, ç’a moins de chances de se transmettre de l’une à l’autre. » Il fait aussi valoir qu’en étant moins poussées à produire, les vaches tombent moins souvent malades.
Les économies se sont aussi reflétées dans l’alimentation des animaux. En passant de deux traites à une seule par jour, le producteur a cessé de donner du grain aux vaches. « On est certifié bio depuis 2016 et c’est sûr que dans le bio, le grain est quand même assez dispendieux. Mais nous autres, dans notre cas, on n’a pas cette dépense-là non plus ». Elles se nourrissent à 100 % aux pâturages l’été et à 100 % de foin l’hiver.
En utilisant seulement l’étable pour la traite et les vêlages au mois de mai, l’éleveur a économisé sur les coûts d’électricité et de chauffage du bâtiment.
Oiseaux bénéfiques
Il y a huit ans, Jean-Marie Baril n’aurait pu se douter que sa décision allait le rapprocher des consommateurs grâce à…des oiseaux rares. Les haies brise-vent et les prairies naturelles qu’il a implantées sur ses terres (totalisant 1 000 hectares) attirent notamment de nombreux oiseaux de proie ainsi que les amateurs et les professionnels qui les observent sur une base quotidienne.
Le producteur ne s’attendait pas non plus à tirer tant de bénéfices des arbres fruitiers, à noix et à fleurs plantés dans ses haies brise-vent. « On a l’impression qu’il y a de moins en moins de mouches qui dérangent les vaches au pâturage, mais d’un autre côté, on a une quantité industrielle d’hirondelles qui se promènent ici, parce qu’elles ont à manger dans les brise-vent, etc. », soutient l’éleveur, qui est heureux de constater que le système finit par faire un tout.