Une partie de la ferme expérimentale de Saint-Augustin-de-Desmaures, près de Québec, fermera ses portes. Photo : Gracieuseté d’AAC
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S'abonner maintenantLa moitié de la ferme expérimentale de Saint-Augustin-de-Desmaures, près de Québec, fermera ses portes dans la foulée des compressions budgétaires annoncées par Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) le 23 janvier.
La ferme était associée au Centre de recherche et de développement (CRD) de Québec, qui, comme six autres centres et fermes de recherche d’AAC à travers le pays, mettra la clé sous la porte au cours des douze prochains mois. Celle de Normandin, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, la deuxième ferme expérimentale associée au CRD de Québec, sera réaffectée à un autre CRD.
L’Université Laval, qui occupe l’autre moitié du site de Saint-Augustin-de-Desmaures à des fins de recherche, n’écarte pas la possibilité d’acquérir les infrastructures d’AAC, explique la professeure titulaire à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, Caroline Halde. « C’est l’Université Laval qui est propriétaire du terrain, et c’est nous, historiquement, qui avons accueilli Agriculture Canada quand ils ont fermé leur ferme de Chapais [à Lévis] en 2017 », indique-t-elle en précisant que le ministère fédéral loue des parcelles depuis et a construit d’autres bâtiments que ceux de l’Université, où sont entreposés des équipements. Caroline Halde ajoute que la viabilité de deux projets de recherche en place depuis près de 10 ans dans les parcelles d’AAC, l’un sur la rotation des cultures et l’autre sur les fumiers, est menacée par la fermeture. Bien que le manque d’information ne permettait pas encore à l’Université de préparer un plan d’action, des rencontres étaient prévues en février pour en discuter.
Abolitions de postes
Rappelons qu’afin de réduire les dépenses de fonctionnement de l’État de 60 G$ d’ici cinq ans, AAC a identifié des économies à réaliser sur trois ans dans son budget de fonctionnement de 1,58 G$. « À ce stade, nous pouvons confirmer que le personnel d’AAC sera réduit d’environ 665 postes et que des avis de réaménagement des effectifs ont été remis aux 1 043 employés touchés, le 22 janvier », a indiqué le ministère par courriel.
À Québec, dont le CRD était spécialisé dans la productivité et la durabilité agricole en climat froid et humide, certains scientifiques ont reçu une offre de réaffectation au centre de recherche de Saint-Jean-sur-Richelieu, notamment. D’autres n’ont pas eu cette chance.
« Tous les postes [de chercheurs] en plantes fourragères ont été coupés alors que c’était des personnes très productives, scientifiquement parlant. Et les plantes fourragères, c’est important au Québec. Le secteur laitier est très très important au Québec », indique Mme Halde.
La perte de cette expertise inquiète grandement Les Producteurs de lait du Québec. « La réduction des impacts environnementaux, l’accroissement de la productivité et l’amélioration du secteur des fourrages et du secteur laitier risquent d’être compromis sans la recherche pour poursuivre l’innovation dans ces secteurs », a souligné le porte-parole de l’organisation, François Dumontier.
À l’Université Laval, Mme Halde estime que la fermeture du CRD de Québec aura un « impact majeur » pour la formation des étudiants des cycles supérieurs, notamment en raison de la perte des nombreux co-directeurs de recherche chapeautant leurs travaux. « On les envoyait se former dans les laboratoires d’AAC, juste de l’autre côté de la rue, dit Caroline Halde. Il y avait tellement de collaboration avec l’Université Laval. »
Viabilité financière
La secrétaire parlementaire du ministre de l’Agriculture, la députée Sophie Chatel, souligne que ce n’était pas une décision facile à prendre, mais que l’objectif d’AAC était avant tout d’atteindre une viabilité financière. « Ce n’est pas qu’on va abandonner les projets de recherche, mais les activités scientifiques vont être recentrées sur les priorités du secteur et sur la consolidation des recherches, parce qu’il y a eu du dédoublement de la recherche à certains endroits », dit-elle, en précisant que l’aide aux agriculteurs n’a pas été touchée et qu’elle a même été renforcée avec l’annonce du premier ministre le 26 janvier.
Labs vivants : financement maintenu, résultats incertains
Bien que le financement des deux Laboratoires vivants actifs au Québec, les projets de recherche Racines d’avenir et Lait carboneutre, sera maintenu, comme prévu, jusqu’en 2028, les coupes annoncées à Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) menacent les résultats scientifiques des projets selon les Producteurs de lait du Québec (PLQ).
« Certains postes de chercheurs seront supprimés, ce qui pourrait entraîner des conséquences sur plusieurs angles scientifiques du projet. Des connaissances seront perdues si les chercheurs ne peuvent pas publier les résultats de leurs projets avant de quitter Agriculture Canada », indique le directeur des communications de l’organisation, François Dumontier. « Nous avons épousé l’objectif du gouvernement du Canada d’atteindre la carboneutralité en 2050, répondant aussi à une attente de la société. Dans le même sens, le gouvernement nous a aussi appuyés dans notre Laboratoire vivant, il a maintenant la responsabilité de nous indiquer rapidement comment il entend nous soutenir pour atteindre les objectifs suite aux coupes annoncées. »
Rappelons que près de 90 fermes sont impliquées dans les deux Laboratoires vivants du Québec.