Avec l’ajout de lactosérum liquide (doux) à l’alimentation des veaux de lait, les coproduits ont également leur place dans cette production nichée. Photo : Gracieuseté de Delimax
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S'abonner maintenantCe n’est pas d’hier que les coproduits, ces résidus variés (drêche, gluten, lactosérum et autres) issus de la transformation alimentaire, sont ajoutés à l’alimentation des bovins. Et leur présence dans les mangeoires des animaux est plus que jamais incontournable, non seulement d’un point de vue économique, mais également environnemental. Tour d’horizon.
« L’accès à des ingrédients à moindre coût a un impact important pour les entreprises de bouvillons d’abattage », fait valoir Jessica Guay-Jolicoeur, agronome et coordonnatrice des ventes chez OptiBœuf.
« L’alimentation représente une bonne partie des dépenses entourant l’engraissement d’un bouvillon, ajoute-t-elle. Chaque diminution des coûts de production représente un gain net par tête. »

Selon Mme Guay-Jolicoeur, les coproduits, aussi identifiés sous le vocable de sous-produits, peuvent représenter de 40 à 60 % des rations offertes aux bovins. Ils remplacent généralement des sources d’énergie et de protéines plus coûteuses, comme le maïs et le soya.
Difficile toutefois de quantifier de façon précise les économies potentielles. « C’est variable et ça dépend de la situation géographique des producteurs, de leur proximité avec les fournisseurs [de coproduits] », estime-t-elle.
Sources de nutriments essentiels, les résidus de pommes de terre (entières, pelures, frites, etc.), les drêches (de brasserie ou de distillerie), ainsi que le gluten figurent parmi les coproduits les plus utilisés. L’offre peut d’ailleurs varier selon les régions. Par exemple, les producteurs bovins de Mirabel profitent des activités maraîchères locales et peuvent à l’occasion obtenir des carottes, brocolis et autres navets, souligne l’agronome chez OptiBoeuf.
Catégories essentielles
Chose certaine, les coproduits doivent tous avoir fait l’objet d’analyses et figurer dans le Tableau canadien des ingrédients des aliments du bétail, de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), pour se retrouver dans les mangeoires des bovins. Bref, rien n’est laissé au hasard.

En règle générale, les agronomes utilisent les données nutritives fournies avec les analyses garanties des fournisseurs pour élaborer les plans alimentaires des bovins. Il peut cependant arriver qu’une analyse supplémentaire soit requise en cas de doute sur le taux de matière sèche ou de gras, par exemple avec un nouveau fournisseur de pommes de terre frites, illustre Jessica Guay-Jolicoeur.
Selon elle, l’utilisation de coproduits est particulièrement répandue dans les parcs d’engraissement de bouvillons d’abattage. Les rations totales des animaux en finition peuvent comporter de 10 à 14 aliments. Leurs besoins en énergie, en protéines et en fibres doivent être comblés.
Chaque catégorie est importante et nécessaire pour l’alimentation d’un grand ruminant.

La drêche humide, produite par le plan d’éthanol de Greenfield Global, à Varennes, répond en partie à ces besoins et est utilisée dans environ 90 % des parcs d’engraissement, cite-t-elle en exemple.
« Une fois l’amidon [du maïs] retiré, les drêches de distillerie constituent un aliment riche en fibres, hautement digestible, qui inclut des protéines de contournement, des cellules de levure séchées et des minéraux essentiels, souligne le directeur des ventes agricoles de Greenfield Global au Québec, Éric Léonard. Cela contribue à la fois à la nutrition animale et à la protection de l’environnement. »
Du choix
Mais comment s’y retrouver et quels produits choisir?
Spécialisée depuis 30 ans dans la récupération et la valorisation alimentaire pour l’alimentation animale, l’entreprise Prorec, de Saint-Hyacinthe, en Montérégie, a développé une expertise en la matière. Elle a en quelque sorte contribué à « professionnaliser » les sous-produits, estime le cofondateur et président-directeur général, Stéphane Le Moine.

« On met beaucoup d’efforts sur la caractérisation des produits et les analyses nutritionnelles pour bâtir des mélanges très fiables, avec peu de variantes », renchérit le vice-président opérations, Yannick Morel.
Les produits et suppléments développés par Prorec (Pro-Maïs, Pro-Développement, Pro-Gain, etc.) offrent chacun différentes valeurs en matière d’énergie, de fibres et de protéines.
Yannick Morel recommande ainsi aux producteurs de consulter leur nutritionniste-agronome afin de faire les choix adaptés au plan alimentaire de leurs animaux. Il leur conseille également au passage d’être ouverts à essayer de nouveaux produits qui pourraient se traduire par des économies.
Veaux et autres
Les coproduits ont également leur place dans la production de veau de lait. L’ajout, à partir de 2017, de lactosérum liquide de type doux1 à l’alimentation de ces animaux s’est révélé très avantageux, relève Vincent Couture, agronome chez Delimax, une entreprise québécoise incontournable dans la production de veau lourd en Amérique du Nord.
Selon lui, cela a contribué à assurer la pérennité, voire la compétitivité, de cette production nichée, tout en réduisant ses coûts. Sans rien sacrifier à la valeur nutritive, le lactosérum, ou « petit-lait », produit par l’industrie laitière lors de la fabrication de fromage, a pris le pas sur le lactoremplaceur (poudre de lait), répandu dans le passé. Ce dernier est encore utilisé, mais dans une moindre mesure, pré cise M. Couture.

Lentement mais sûrement , les coproduits tendent d’ailleurs à gagner en popularité dans les fermes laitières, surtout celles ayant un grand cheptel, affirment les différents intervenants sondés. Et cette demande accrue des différentes productions animales n’est pas sans effet sur les prix de ces coproduits.
L’approvisionnement régulier et la volatilité des prix de certains coproduits représentent des enjeux, estime Jessica Guay-Jolicoeur, qui accompagne les producteurs bovins de la région de Chaudière-Appalaches. « Il est difficile de budgéter l’alimentation du troupeau quand les ingrédients disponibles et leur prix changent souvent dans l’année », déplore-t-elle.
« Ce n’est plus vrai aujourd’hui que tous les sous-produits sont avantageux sur le plan économique, ajoute-t-elle. C’est pour ça qu’on prend toujours le temps de tout bien calculer pour s’assurer qu’on ne rentre pas un nouveau produit qui ne nous permet pas d’économiser des sous et d’avoir des performances
supérieures. »
Et l’environnement?
L’aspect environnemental lié à la valorisation des coproduits n’est surtout pas à négliger, insiste l’agronome.
« Les producteurs de bœuf les utilisent depuis longtemps, dit Mme Guay-Jolicoeur. Ça fait un bout qu’ils font de l’économie circulaire. S’il n’y avait pas de bouvillons pour consommer les sous-produits, les sites d’enfouissement seraient pleins. »
Une opinion partagée par Stéphane Le Moine, de Prorec. Alors que la réduction de l’empreinte carbone des différentes productions est de plus en plus favorisée, l’utilisation de coproduits y contribue de façon positive, souligne-t-il.
