En mélangeant le fumier produit par leur cheptel à des résidus de bois comme de la ripe sèche servant de litière ou des écorces de bois, Simon Lafontaine et Frédérique Lavallée, d’Écoboeuf, produiront un biogaz qu'ils prévoient utiliser comme carburant pour alimenter la machinerie agricole, et un digestat qui servira de fertilisant dans les champs. Photo : Gracieuseté de la MRC d’Abitibi-Ouest – Elye Carrier
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S'abonner maintenantLe ministre de l’Agriculture, Donald Martel, s’était déplacé chez Machinerie Dubois, le 4 novembre dernier, pour annoncer le coup de pouce du gouvernement du Québec à neuf projets d’innovation qui se sont partagé un peu plus de 3 M$. On vous présente ici quatre d’entre eux, qui proposent des innovations technologiques en lien avec la valorisation des fumiers et la fertilisation développées par Écoboeuf, Machinerie Dubois, Circulus Agtech et Logiag.
Écoboeuf expérimente la biométhanisation
Basé à Amos en Abitibi, Écoboeuf prend part à un projet de biométhanisation en développant un digesteur anaérobie alimenté par du fumier solide et des résidus forestiers environnants.
En collaboration avec Nexx Énergie, une firme d’ingénierie spécialisée dans la conception et l’intégration de solutions innovantes de production de bioénergie, le producteur bovin procédera à ses premiers tests en 2026.
En mélangeant le fumier produit par son cheptel à des résidus de bois comme de la ripe sèche servant de litière ou des écorces de bois, l’usine pilote de biométhanisation produira un biogaz, qu’Écoboeuf prévoit utiliser comme carburant pour alimenter la machinerie agricole, et un digestat qui servira de fertilisant dans les champs.
« C’est un modèle à échelle réduite qu’on va tester, explique Simon Lafontaine, copropriétaire d’Écoboeuf avec sa conjointe Frédérique Lavallée. On vise les producteurs agricoles situés en régions périphériques avec des fermes de moyenne ou grande taille, mais où il n’y a pas de densité d’élevage. » Selon les recherches, les résidus forestiers peuvent s’avérer un vecteur efficace pour augmenter le pouvoir de production de méthane du fumier bovin. « On restera dans la recherche et développement en 2026. L’objectif, c’est de faire nos classes et de trouver la bonne recette », termine l’agronome et producteur bovin. Le projet, d’une valeur de 380 897 $, bénéficie d’une aide financière de 190 449 $. Outre Nexx Énergie, des chercheurs de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) et du Cégep de Rivière-du-Loup participent au projet.
Une rampe à engrais électrique pour Machinerie Dubois
L’équipementier Machinerie Dubois, de Manseau, au Centre-du-Québec, travaille sur le développement d’une rampe à engrais électrique pour les producteurs de canneberges, munie de fonctions avancées orientées vers l’agriculture de précision.
La rampe à engrais électrique épandra des engrais liquides et granulaires, mais dans le cas de ces derniers, les éclateurs seraient gérés par un système relié à un satellite qui permettra un épandage de précision pouvant aller jusqu’à 3 mètres carrés.

« Les éclateurs de la rampe s’activeraient ou se refermeraient en fonction des données transmises par le satellite à propos de la croissance de la plante au sol. Il y a beaucoup de bénéfices reliés à ce nouvel équipement, autant au niveau économique qu’environnemental », explique Liliane Trudel, responsable de la gestion et de la logistique chez Machinerie Dubois.
Une fois que sa rampe 2.0 sera prête à aller au champ pour le printemps 2027, Machinerie Dubois prévoit qu’elle permettra une augmentation de la production de canneberges de 10 à 25 %, se traduisant par des gains potentiels de 200 000 $ par 40 hectares cultivés pour les producteurs. Mené en partenariat avec le consortium Centre national intégré du manufacturier intelligent/Université du Québec à Trois-Rivières et Canneberges Bieler, le projet est d’une valeur de 766 302 $ et bénéficie d’une aide financière de 383 151 $.
Circulus Agtech testera ses solutions directement sur le terrain
Spécialisée dans la production de biofertilisants liquides de haute précision fabriqués à partir entre autres de fumiers, Circulus Agtech travaille sur la conception d’une unité mobile qui permettra d’aller traiter les résidus agricoles directement à la ferme puis d’appliquer les biofertilisants au champ.

« Nous avons choisi de faire nos tests sur des fermes laitières parce que ces producteurs cultivent généralement de grandes superficies en maïs-grain, une des cultures qui consomment le plus d’engrais de synthèse », explique David Leroux, président et cofondateur de Circulus Agtech.
Dans ses locaux à la Centrale Agricole à Montréal, Circulus Agtech a déjà développé et éprouvé la technologie Système Circulus permettant de fabriquer un biofertilisant sous forme minéralisée similaire à l’azote synthétique.
Notre unité de démonstration permettra aux producteurs de valider les performances agronomiques du procédé avant d’adopter une technologie à plus grande échelle. Avec le fumier bovin, nos tests indiquent pour le moment que notre biofertilisant peut remplacer jusqu’à 50 % des engrais de synthèse sans que le rendement soit affecté.
Le projet Fertigation de précision à base de fumier minéralisé dans le maïs-grains est évalué à 840 004 $ et bénéficie d’une aide financière de 348 498 $. Circulus Agtech travaille sur ce dossier en collaboration avec des entreprises spécialisées en irrigation et l’unité mobile sera prête à aller sur le terrain dès ce printemps 2026.
Logiag veut trouver la dose optimale d’azote avec l’IA
Détenteur exclusif de la licence de l’algorithme SCAN développé par Agriculture Canada, Logiag veut optimiser le système en le jumelant avec un modèle d’intelligence artificielle (IA) avec pour objectif de trouver la dose optimale d’azote à appliquer en période postémergence au mois de juin.

« Les producteurs sont souvent réticents à suivre les recommandations de SCAN qui leur apparaissent un peu trop conservatrices. Donc, à partir des images NDVI fournies par le satellite Sentinel-2, qui a une précision de 10 mètres carrés au sol, on va aller chercher les images du 20 avril au 15 juin. On va prendre non seulement les images de la saison en cours, mais aussi celles des 5 dernières années pour la même période », explique Charles Nault, PDG et cofondateur de Logiag. Le système inclura également les images satellites de fin de saison des mêmes parcelles.
Toutes ces images et données seront ensuite analysées par l’IA pour finalement déterminer la dose optimale d’azote à appliquer. Le système sera testé une première fois en 2026 sur 1 000 sites de 10 mètres carrés chacun, mais avec des caractéristiques différentes.
Pour que l’IA soit correctement entraînée, il faut quand même une bonne variabilité de conditions.
Pour l’instant, le projet est uniquement mené sur l’optimisation de l’azote en postémergence, mais éventuellement, son application pourra être élargie. « Le producteur pourrait inscrire la quantité de fumier qu’il a mis à l’automne ou au printemps puis là, le système pourrait lui dire combien il reste à mettre. »
Le projet Optimisation de l’utilisation des engrais azotés en agriculture est d’une valeur de 2 434 940 $ et bénéficie d’une aide financière de 973 976 $.