Économie 16 janvier 2026

Les problèmes financiers de Colabor touchent plusieurs entreprises agricoles

Plusieurs fermes et entreprises agricoles se demandent si elles reverront les sommes que leur doivent le distributeur alimentaire Groupe Colabor, ainsi que ses filiales Transport Paul-Émile Dubé, Les Pêcheries Norref et le Groupe Resto-Achat, qui n’ont pu honorer leurs dettes dans les derniers mois, avant de se placer à l’abri des créanciers, le 8 janvier. Dans les 43 pages de créanciers se trouvent des entreprises agricoles d’un peu partout au Québec, comme Pommes de terre Cardinal, de Sainte-Brigitte-des-Saults, qui attend 20 015 $ de Groupe Colabor. Idem pour la Ferme C.M.J.I. Robert, de Rougemont, qui espère revoir ses 21 236 $, et Pommes de terre Garon, de Rimouski, et ses 23 004 $ à recevoir. Pour d’autres, les montants sont beaucoup plus élevés. La Petite cabane à sucre, située à Cleveland, a vendu ses produits de l’érable au Groupe Colabor et attend de se faire payer une facture de 98 679 $. Le Groupe Colabor n’a également pas payé 260 442 $ à l’entreprise Les vergers Leahy, de Franklin, 248 982 $ à Miel Labonté, de Victoriaville, et 144 891 $ à Nutri-Œuf, de Saint-Hyacinthe, entreprise qui appartient à des agriculteurs.

Processus de vente

En autorisant Colabor à se mettre à l’abri de ses créanciers, la Cour supérieure du Québec a aussi autorisé la vente de la compagnie de Saint-Bruno-de-Montarville, cotée en bourse.

Un processus de recherche d’acquéreurs et d’investisseurs a été lancé, le 12 janvier. Le syndic autorisé en insolvabilité responsable du dossier chez Raymond Chabot, Dominic Deslandes, explique qu’une série d’acquéreurs potentiels ont été ciblés. Ceux qui auront démontré un intérêt à acheter une partie de la compagnie ou sa totalité auront jusqu’au 27 février pour soumettre des offres.

On va ultimement en choisir une ou plusieurs, tout dépendant si ce sont des offres globales ou des offres pour des parties d’entreprise, puis, une fois regroupées, ça fait des lots. Et ensuite, si tout se passe comme prévu, on va aller devant le tribunal pour faire approuver une ou des transactions, puis on va procéder aux transactions.

Dominic Deslandes

Pour l’instant, la compagnie et ses créanciers garantis travaillent en collaboration afin de mener à terme la transaction la plus intéressante pour toutes les parties, fait valoir le syndic. « Il n’y a pas de chicane. Ça se passe relativement bien entre toutes les parties. [À terme], on vise un maintien des opérations, un maintien de la clientèle, donc on essaie de faire le moins de vagues possible avec tout ça pour permettre éventuellement une transaction la plus favorable pour tout le monde », explique ce dernier. 

Au pied du mur

Depuis un an, Colabor était accolée au pied du mur. Dans un rapport sur l’état des affaires et des finances du groupe, le syndic mentionne que « bien que Colabor ait connu une croissance des ventes en 2025, cette progression n’a pas suffi à compenser la détérioration de sa rentabilité et l’augmentation substantielle de l’endettement ».

Dominic Deslandes
Dominic Deslandes

En effet, la renégociation d’une entente avec un client institutionnel en 2024 qui représentait 12,4 % de la marge de profit du groupe a « substantiellement » réduit sa marge de profit. 

De plus, la dette totale de Colabor a grimpé de 47,8 M$ en 2024 à 112 M$ en septembre 2025 en raison d’une transaction pour acquérir la division de la distribution alimentaire du Groupe Mayrand, Alimplus. « C’est une transaction de l’ordre de 48,5 millions, plus des besoins de fonds de roulement additionnels reliés à l’augmentation du volume, qui a fait en sorte que l’endettement a augmenté d’à peu près 60 M$ », souligne M. Deslandes. Dans son rapport, le syndic précise qu’en raison d’un retard dans la clôture de la transaction, Colabor a dû supporter une structure de coûts dédoublée jusqu’à la fin de décembre 2025. 

Durant cette période névralgique, un incident de cybersécurité, en juillet 2025, a occasionné des pertes de revenus chiffrées à 8 M$ et l’entreprise a subi les contrecoups de la faiblesse économique dans le secteur de la restauration, ce qui a entraîné une diminution de ses volumes de ventes. 

Devant le défaut de paiement, en septembre, les créanciers de l’entreprise ont accepté de ne pas exercer leurs droits de recours, à condition que Colabor parvienne à lever 15 M$ en capitaux propres avant le 15 décembre. Peu avant les Fêtes, la société a annoncé ne pas avoir été en mesure de le faire, puis s’est placée à l’abri de ses créanciers au début janvier.