Technologie 16 janvier 2026

L’agriculture entre dans l’ère de l’IA, sans renier son passé

SAINT-HYACINTHE – Difficile de ne pas remarquer la présence de nombreux équipements intégrant l’intelligence artificielle en se promenant à travers les quelque 300 exposants du 40e Salon de l’agriculture, qui s’est déroulé du 13 au 15 janvier, à Saint-Hyacinthe, en Montérégie.

Des drones servant à l’épandage des intrants pouvant analyser l’état de stress des végétaux du haut des airs, des désherbeurs capables de travailler avec une grande précision à partir d’images vidéo traitées en temps réel, ou encore la caractérisation des sols à partir d’une simple photo ne sont que quelques exemples des nombreuses déclinaisons que prend cette nouvelle technologie dans le monde agricole.  

Les étudiants en agriculture, comme les producteurs d’expérience, étaient nombreux à s’attrouper autour des modèles dernier cri offrant des promesses de très grande précision et de rapidité encore inégalées. « C’est la technologie qui évolue. Maintenant, pour être à la mode, on dit que c’est avec l’IA, mais c’est de la technologie quand même », analyse avec un recul Vincent Machabée, ingénieur et président de l’entreprise québécoise Innotag, qui se spécialise dans la fabrication d’équipement agricole.

Vincent Machabée explique comment une caméra installée directement sur l’outil de travail permet ensuite, avec une technologie d’intelligence artificielle, de traiter en temps réel des informations comme la couleur ou la hauteur de la végétation pour désherber entre les rangs avec une très grande précision.

D’ailleurs, pas besoin d’IA pour être efficace : certaines bonnes idées arrivent encore à répondre aux enjeux d’aujourd’hui sans se démoder. « Ça fait 40 ans qu’on vend les mêmes tapis [pour les étables]; ça n’a pratiquement pas changé. C’est un gros vendeur, car il permet d’améliorer significativement le bien-être et la productivité des vaches. On revient au Salon année après année, pas pour présenter nos nouveautés, mais surtout pour voir nos clients », admet Pascal Ares, représentant des ventes pour Promat.

Pascal Ares, de l’entreprise Promat, montre un tapis de mousse pour les vaches qui a fait ses preuves depuis 40 ans.

D’autres outils, quant à eux, ont mal vieilli, comme ceux exposés sur une table couverte d’un drap rouge vin, à quelques pas d’un kiosque de drones. Recueillis dans les fermes des quatre coins de la province par les bénévoles de l’Association provinciale du patrimoine agricole du Québec, ces objets d’un passé pas si lointain, parfois rouillés, ne sont néanmoins pas sans intérêt : ils démontrent que la technologie s’est affinée en quelques décennies. En tournant la manivelle d’une lourde pompe en fonte noire, Gilles Marcil nous explique comment il fallait s’y prendre, à l’époque, pour remplir le réservoir d’eau des vaches. « C’était des outils qui servaient à accomplir les mêmes tâches qu’aujourd’hui, mais c’est la manière de les faire fonctionner qui a évolué », philosophe-t-il.  

Gilles Marcil (devant) et Bertrand Lemay font partie des 850 membres de l’Association provinciale du patrimoine agricole du Québec.

Un retour en force de la mode western

L’intelligence artificielle n’est pas la seule à avoir la cote en 2026. La bonne vieille époque western fait aussi un retour en force, confrontant avec style les nouvelles technologies. « Depuis la pandémie, on ne fournit plus; ça n’arrête pas. La demande pour les bottes et les vêtements a beaucoup augmenté. On a même dû engager un employé supplémentaire », rapporte Ève Brodeur, de la boutique Premier Choix Agricole, spécialisée dans la vente de vêtements agricoles et équestres. Même les bottes de travail avec embout renforcé en acier ont subi l’influence de la popularité croissante du western, avec l’arrivée récente de différents modèles imitant les traditionnelles bottes de cowboy. « C’est beau, c’est vraiment confortable, et en plus, c’est sécuritaire quand je vais visiter les fermes », vante Stéphanie Beaudoin, qui travaille dans le domaine des assurances et qui venait à peine de payer ses nouvelles bottes chez un commerçant tenant kiosque au Salon de l’agriculture, le 13 janvier.

Ève Brodeur et Satiana Boucher-Bédard, employées chez Premier Choix Agricole.

Les signes cliniques détectés par l’IA dans les troupeaux

Question bien-être animal, de plus en plus d’outils connectés à un système d’intelligence artificielle, comme les tags SenseHub, de la compagnie Merck Santé animale, aident à détecter les signes cliniques de maladies ou de problèmes dès qu’ils se manifestent, à partir d’une analyse de leur mouvement et de leur comportement. Les données recueillies sur chaque animal peuvent même être partagées rapidement avec le vétérinaire pour un suivi plus rapide, explique Patrice Proulx, directeur des ventes chez Équipements 3V.

Patrice Proulx, directeur des ventes chez Équipements 3V.

Une sélection génétique plus précise

Mathieu Désy, directeur aux ventes au Centre d’insémination artificielle du Québec (CIAQ), indique que l’IA est déjà utile en sélection génétique pour mesurer plus précisément la mobilité des spermatozoïdes des taureaux, en faisant le lien entre l’échantillon au microscope et la banque de données du CIAQ sur la fertilité. « On peut également, avec les outils de gestion de troupeaux, détecter les chaleurs des vaches et l’état de santé des veaux », ajoute-t-il.

Mahieu Désy, du CIAQ

Une appli gratuite avec votre achat?

L’installation d’une application sur un téléphone cellulaire peut rehausser les fonctionnalités d’équipements agricoles, comme les épandeurs d’engrais chimiques de la compagnie Amazone, en leur ouvrant les portes vers l’IA. Laurent Valcourt, représentant chez Amazone, explique que leur application peut ainsi, à partir d’une photo, analyser les propriétés physiques (granulométrie, forme, structure) de l’engrais en les comparant à une vaste base de données. Le résultat permet ensuite au producteur d’optimiser les réglages de l’épandeur et de gagner en rapidité et en efficacité. Sur les modèles récents, l’ajustement peut même s’automatiser grâce aux données récoltées en temps réel par les différents capteurs, notamment pour compenser l’effet du vent, ajoute-t-il.

Laurent Valcourt, représentant pour l’entreprise Amazone

Caractériser les sols en un clic

L’application mobile Profisol, développée par l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), permet aux producteurs agricoles de caractériser leurs sols à partir d’une photo prise avec leur téléphone cellulaire. L’analyse d’image – propulsée par l’intelligence artificielle – permet ensuite de qualifier la structure de sols minéraux et d’identifier les problèmes. « Les chercheurs de l’IRDA ont travaillé pendant trois ans pour développer ce système, qui compare l’image avec une base de données comptant des milliers de photos, ayant différentes caractéristiques représentatives », détaille Vincent Pelletier, directeur adjoint aux pratiques agricoles à l’Institut.

Vincent Pelletier, directeur adjoint aux pratiques agricoles à l’IRDA, et Annabelle Firlej, directrice adjointe de la phytoprotection.

« C’est le dernier bout qui manque! »

Selon Michel St-Pierre, directeur des projets spéciaux chez Fusioncom, qui offre des services de réseau et de câblage de fibre optique, un réseau Internet efficace, résistant à la corrosion et aux cyberattaques, est bien souvent « le dernier bout qui manque » dans les fermes pour connecter efficacement les différents outils technologiques entre eux et avoir un signal fort sur un grand rayon. « C’est la nouvelle réalité, car aujourd’hui, presque
70 % des activités de la ferme peuvent se faire à partir d’un portable », indique-t-il.

Michel St-Pierre, directeur des projets spéciaux chez Fusioncom