Lait 16 janvier 2026

Une limite à la capacité de croissance des petits

SAINT-AMBROISE-DE-KILDARE – Deux relèves en production laitière de Lanaudière, dont les entreprises respectives ne logent qu’une trentaine de vaches en lactation, voient d’un bon œil l’adoption potentielle d’un changement réglementaire, qui permettrait aux petites fermes, comme les leurs, d’acheter plus de quota, chaque mois. Ils constatent cependant qu’ils en profiteront peu, par manque d’espace.

« Nous, on en achète chaque mois pour grossir, mais rendu à 51-52 kilos, on ne pourra plus, parce qu’on n’aura plus de place pour ajouter des vaches. Pour monter plus, il va falloir construire, mais on n’est pas rendus là. On doit rentabiliser ce qu’on a, avant », témoigne Michaël Gauthier, copropriétaire, avec son frère, de la Ferme Rami Gauthier, à Saint-Ambroise-de-Kildare. 

Depuis qu’il a repris la petite exploitation de ses parents, en 2016, la production laitière a presque triplé à la ferme, passant de seulement 16 kilos de quota à 44 kilos, avec l’ajout de cinq vaches laitières. Pour y parvenir, de nombreux changements de régie ont été apportés, au fil du temps, favorisant une meilleure productivité du troupeau. En parallèle, du quota a été acheté chaque mois, par l’entremise du Système centralisé de vente de quota (SCVQ). La croissance, cependant, ne pourra plus continuer à ce rythme bien longtemps, parce que l’espace dont il dispose et la capacité de produire de ses vaches ont une limite. L’agriculteur estime qu’il ne pourra acquérir que 8 kilos de plus, avant de plafonner, et de devoir arrêter d’acheter du quota. 

Avec le nouveau règlement, je pourrais aller à ce quota plus vite, ce qui me permettrait de payer mes dettes plus vite, donc ce serait une bonne chose, mais après, ça ne me servira plus à rien, parce que je vais devoir arrêter d’en acheter. Après, ça va peut-être prendre 10 ans avant que je puisse prendre de l’expansion.

Michaël Gauthier

Pour se conformer aux nouvelles normes de bien-être animal de 2027, il envisage l’ajout d’une serre ou d’une structure en bois, l’an prochain, où il pourra loger ses vaches taries et ses taures en stabulation libre. Bien qu’économique, ce projet est un investissement non négligeable pour un producteur de petite taille, comme lui, qui devra attendre, par la suite, avant de songer à réinvestir.

« On veut grossir, mais il faut diminuer nos dettes avant. Juste l’étable à taures, ça va quand même nous hypothéquer pour quelques années », dit-il. 

L’agriculteur précise cependant être favorable au changement de la réglementation sur les quotas, croyant qu’il aidera certainement d’autres producteurs. 

Joël Dalpé, qui a un profil similaire à celui de Michaël Gauthier, et qui ne prévoit pas d’expansion de sitôt par l’entremise du SCVQ, partage cet avis. 

« Moi, j’ai voté en faveur de ce règlement-là, parce que je pense que c’est une bonne chose pour les gens qui ont déjà leur projet d’expansion. C’est sûr qu’il y a de petites fermes à qui ça donnera une chance », croit le copropriétaire de la Ferme Dalmarke, à Sainte-Marie-Salomée.

Au moment de mettre le journal sous presse, la Régie des marchés agricoles et agroalimentaires du Québec n’avait pas encore autorisé le changement réglementaire, mais une décision était attendue d’un moment à l’autre.  

Joël Dalpé

Joël Dalpé

Un pro de la qualité du lait

Équipé d’une trayeuse qu’il qualifie lui-même d’antiquité, le copropriétaire de la Ferme Dalmarke, Joël Dalpé, a toujours préconisé la traite classique, en stabulation entravée, mais l’attention qu’il accorde aux détails le hisse parmi les meilleurs sur le plan de la qualité de lait.

« Vu que c’est juste moi qui tire, le moindrement qu’il y a un petit son qui n’est pas pareil, ou pas normal, je l’entends tout de suite, parce que je suis habitué avec mes trayeuses », explique celui qui apporte rapidement les corrections lorsque quelque chose cloche, et qui accorde beaucoup d’importance au confort de ses 31 vaches.

Selon lui, avoir un troupeau de cette taille est « un couteau à double tranchant » pour la qualité du lait, car la moindre erreur affecte les résultats. 

« C’est certain que ça fait moins de vaches à gérer et que tu es plus habitué dans tes affaires, mais aussitôt qu’il y en a une qui a quelque chose, le taux de cellules somatiques monte vite, bien plus que pour un grand troupeau. Donc, il faut vraiment être à son affaire », constate l’agriculteur.

Sa ferme a reçu plusieurs récompenses, mais la plus récente a été décernée par Agropur, qui l’a sacré champion pour la région de Lanaudière. Lors de l’assemblée générale annuelle de la coopérative, en février, il saura s’il est le meilleur à l’échelle provinciale. 

Après de loyaux services, la trayeuse « antique » de Joël Dalpé en était à ses derniers instants et sur le point d’être changée, lorsque La Terre a rendu visite au producteur, le 9 janvier.
Après de loyaux services, la trayeuse « antique » de Joël Dalpé en était à ses derniers instants et sur le point d’être changée, lorsque La Terre a rendu visite au producteur, le 9 janvier.

Pas le droit à l’erreur

Le copropriétaire de la Ferme Rami Gauthier, Michaël Gauthier, estime que la rentabilisation d’une ferme de 30 vaches est possible, mais exigeante, car la marge d’erreur est mince.

« Chaque année, on achète du quota et on voit qu’il y a plus de revenus qui rentrent, donc on a de bons chiffres, mais on ne peut pas se permettre d’avoir une mauvaise année. De mauvaises décisions, on en prend, comme tout le monde, mais on doit en prendre plus de bonnes que de mauvaises, si on veut rester dans la course. »

Son confrère, Joël Dalpé, vivait bien de sa production lorsqu’il était seul, mais depuis qu’il a trois enfants en bas âges, c’est plus compliqué. « Si je regarde l’argent qui rentre et qui sort de l’étable, on est rentables, mais pour faire vivre trois personnes, c’est limite », constate celui qui, comme Michaël Gauthier, doit redoubler d’efforts pour bien préparer une potentielle croissance.