Cédric Guillemette en compagnie de sa conjointe, Virginie Gagnon. Photos : Gracieuseté de Cédric Guillemette
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S'abonner maintenantSAINT-ANTOINE-DE-L’ISLE-AUX-GRUES — Cédric Guillemette n’est pas né agriculteur. Pourtant, il est aujourd’hui à la tête de la Ferme River Cross Holstein, bâtie sur l’audace, l’entraide et une gestion serrée, dans un village insulaire de L’Isle-aux-Grues. Portrait d’un jeune producteur non traditionnel qui a fait de l’isolement un levier, pas un obstacle.
À L’Isle-aux-Grues, en Chaudière-Appalaches, trois producteurs laitiers suffisent à faire tourner la fromagerie locale. Il y a 50 ans, au moment de sa fondation, ils étaient 14. Parmi les rares à tenir le fort aujourd’hui : Cédric Guillemette, 25 ans, relève non traditionnelle et propriétaire de la Ferme River Cross Holstein.

Sur le plan académique, Cédric a amorcé son parcours en 2017 au campus de l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec (ITAQ) de Saint-Hyacinthe, en gestion et technologies d’entreprise agricole. La pandémie l’a forcé à interrompre ses études quelques mois avant la fin. Il a alors saisi une occasion de devenir gérant de troupeau dans une ferme laitière de Coaticook, en Estrie, avec 285 vaches et six robots de traite. « J’ai choisi l’école de la vie. Ce que j’ai appris sur le terrain, ça vaut bien plus qu’un diplôme », affirme-t-il. En parallèle, il continuait à multiplier les démarches pour s’établir à son compte.
Cédric n’a pas grandi dans une ferme, mais l’agriculture fait partie de son histoire familiale. Son grand-père exploitait une ferme à Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud, à 40 km de L’Isle-aux-Grues, reprise ensuite par son oncle. « En 2012, mon père s’est lancé dans un projet de relève non apparentée à Saint-Herménégilde [en Estrie], mais le projet n’a pas abouti, et il a abandonné la ferme en 2018 », explique-t-il. En parallèle, Cédric a continué à multiplier les démarches pour s’établir à son compte. Il a aussi obtenu récemment un diplôme d’études professionnelles en production laitière du Centre de formation agricole Saint-Anselme.
Deux options
En 2020, Cédric a entamé une démarche avec un producteur de Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud via L’Arterre, mais le vendeur s’est désisté. « Je ne voulais pas attendre que tout tombe du ciel. Il fallait que je trouve autre chose », indique ce dernier. L’agente de L’Arterre lui a alors proposé deux options : une ferme à L’Islet et une à L’Isle-aux-Grues. Il a opté pour l’île, séduit par un reportage de l’émission La Semaine verte qu’il avait vu en 2017.
Toutefois, à ce moment-là, le propriétaire n’était pas prêt à vendre immédiatement. Cédric a loué une maison avec sa conjointe, Virginie Gagnon, et a travaillé quelque temps à la fromagerie avant de conclure l’achat de la Ferme Dency, en décembre 2023. Il attribue le succès de son projet en grande partie à l’ancien propriétaire, Denis Bernier. « Sans son aide, au financement, ça ne se serait pas fait », souligne l’éleveur. Encore aujourd’hui, celui-ci vient donner un coup de main à la ferme.

Prendre le temps de comprendre la réalité du vendeur peut faire toute la différence, fait valoir Cédric. « Il faut savoir d’où l’autre part. Ça permet d’avancer dans la bonne direction », soutient-il en ajoutant que pour réussir, il ne faut pas s’attacher à une seule région. « Si tu veux une ferme, sois prêt à te déplacer », mentionne le jeune. C’est ce qu’il a fait, en choisissant L’Isle-aux-Grues. Un choix qui demande une solide dose d’adaptation.
Être insulaire, ce n’est pas qu’une image de carte postale. Cela demande de la logistique. « Le plus gros défi, c’est le transport. Quand une pièce brise, elle doit traverser par bateau. Et le bateau, il part à l’heure qu’il veut, pas quand tu veux », indique le producteur. Autant que possible, tout doit être planifié des mois à l’avance : les grains, les fourrages, les équipements, même les visites du vétérinaire. Cédric est tout de même en mesure d’exécuter lui-même plusieurs tâches, telles que la taille des sabots, les écornages, les traitements.
L’autonomie, ici, ce n’est pas un luxe. C’est une condition de survie.
Le troupeau
Le troupeau se compose de 85 têtes, dont 46 vaches Holsteins en lactation, pour un quota de 65 kilos de matière grasse par jour. Le cheptel est resté à peu près le même depuis l’achat, mais une nouvelle régie, une meilleure ventilation et des améliorations aux installations ont permis d’augmenter le rendement de façon considérable. « Dix vaches de plus, c’est 40 minutes de plus par jour. À la fin de la semaine, ça paraît. Je préfère avoir des journées raisonnables et du temps de qualité », mentionne celui qui possède 160 hectares de foin, dont 120 sont en location.
Cédric a choisi d’exploiter seul sa ferme, avec le soutien ponctuel de son cousin Israël, de l’ancien propriétaire, M. Bernier, et de sa conjointe, Virginie, directrice générale de la municipalité. Le fait d’habiter dans une petite communauté insulaire renforce aussi les liens. « On s’entraide entre producteurs. J’ai pressé le foin de mes voisins cet été. Là, ma pompe à fumier est brisée, je vais aller louer celle du voisin », dit-il. Et quand les obstacles s’accumulent ? Il fonce. « Tu veux quelque chose ? Fais-le. Si on te met des bâtons dans les roues, tasse-les », affirme le jeune producteur.
L’achat d’un mélangeur a été positif pour l’entreprise.
Le bon coup de l’entreprise
Dès sa première année à la tête de la Ferme River Cross Holstein, Cédric Guillemette a misé sur deux améliorations structurantes : la ventilation et l’alimentation. Il a investi dans un système de ventilation plus efficace, ce qui a réduit les cellules somatiques l’été, amélioré la fertilité et optimisé le confort du troupeau. Parallèlement, il a fait l’acquisition d’un mélangeur, lui permettant de hacher ses balles rondes et d’augmenter la consommation de matière sèche. Résultat : un bond de deux litres de lait par vache par jour. Ces deux décisions ont eu un effet direct sur les performances de l’entreprise et sa capacité de remboursement. « Ce sont des investissements qui ont porté fruit tout de suite », explique Cédric. Des choix simples, mais stratégiques, qui démontrent sa capacité à gérer avec lucidité et à viser l’efficacité plutôt que la croissance à tout prix.
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme River Cross Holstein |
| Spécialité : | Lait |
| Année de fondation : | 2023 |
| Nom du propriétaire : | Cédric Guillemette |
| Nombre de générations : | 1 |
| Superficie en culture : | 160 hectares |
| Cheptel : | 85 vaches, dont 46 en lactation |
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