Lori-Anne Berthiaume remporte le prestigieux Concours jeunes agriculteurs d’élite du Canada, section Québec. Photo : Martin Ménard/TCN
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S'abonner maintenantSAINT-HYACINTHE – Le sourire de Lori-Anne Berthiaume a traversé la salle remplie de convives venus d’un peu partout au Québec. Une joie sincère mêlée d’un peu d’étonnement se dégageait de cette productrice porcine, qui venait de remporter, en compagnie de son conjoint Steeve Nadeau, le prestigieux Concours jeunes agriculteurs d’élite du Canada, section Québec, lors d’une cérémonie présentée le 13 janvier 2026 à Saint-Hyacinthe.
« Je suis vraiment très heureuse, c’est un beau prix, je suis vraiment très fière de l’avoir gagné avec mon équipe et ma famille, qui m’a accompagnée », dit Lori-Anne. Cette victoire l’a cependant prise par surprise. « Je trouvais qu’il y avait trois bons candidats, des gens avec de super beaux profils, de beaux discours; on est vraiment très surpris, mais très heureux de la situation », affirme-t-elle, à chaud, quelques secondes après être descendue de l’estrade où elle a accepté son prix.
Un avenir qui a changé
De Saint-Elzéar, dans la région de Chaudière-Appalaches, Lori-Anne Berthiaume se voyait entrepreneure en restauration et non agricultrice. Titulaire d’une maîtrise en administration des affaires, elle a accepté l’offre de son père et de son frère de se joindre à eux sur la ferme Porc S. B. Lori-Anne se fixe alors un objectif ambitieux : amener la ferme parmi les 25 % plus performantes du secteur. Mission accomplie. En quelques années, la production passe de 42 000 à 51 000 porcelets par an, avec une productivité en hausse constante. L’agricultrice dirige une équipe de 20 à 30 employés, dont la moitié provient d’Amérique du Sud. Les épreuves n’ont cependant pas manqué : le départ de son frère, un incendie majeur détruisant la maternité, et des problèmes de santé personnels. Elle se relève et transforme les crises en opportunité. Par exemple, après l’incendie, elle renouvelle le troupeau menant à une hausse significative de la productivité. « On était à 26,8 porcelets par truie, on est maintenant à 32,8; on parle d’une amélioration de 400 000 $ par année », glisse-t-elle. Guidée par les conseils de son père et mentor, Cécilien Berthiaume, elle veut consolider la production, continuer d’améliorer chaque détail technique et maintenir un équilibre entre sa vie professionnelle et familiale. Lori-Anne est aujourd’hui la seule propriétaire de la ferme. Au niveau de la taille de l’entreprise, elle compte six pouponnières et 19 engraissements, ainsi qu’une meunerie.
Rappelons qu’une seule candidature par année remporte le Concours jeunes agriculteurs d’élite du Canada à l’échelle provinciale. Les gagnants de cette année auront ensuite rendez-vous, dès le 25 novembre, au centre-ville de Vancouver pour tenter de remporter le concours à l’échelle canadienne.

Deux autres candidats solides
Parmi les deux autres fermes en lice pour remporterle concours, on retrouve celle d’Alexandre et de Maxime Laroche. Ils dirigent la Ferme La Seigneurie, située à Saint-Camille, en Estrie, une entreprise laitière de sixième génération comptant 406 têtes et 395 hectares cultivés. Maxime, diplômé en mécanique agricole, et Alexandre, diplômé en technologie des productions animales, ont tous deux ramené à la ferme leurs forces complémentaires et leur désir d’aller plus loin. Ils ont repris une entreprise endettée, qu’ils ont modernisée avec un nouveau complexe laitier en 2020 misant sur des robots de traite. Les années ont apporté leur lot d’épreuves, mais aussi d’immenses réussites. Maxime mentionne l’accroissement de la production, qui est passée d’un quota de 95 à 315 kilos, malgré la vente de 10 kilos de quotas il y a quelques années en raison d’un épisode de maladie qui a affecté le troupeau. Il nomme aussi comme réussite, les gains génétiques du troupeau, permettant notamment d’améliorer les composantes du lait. Ils se sont également lancés dans la production de lait A2A2, plus digestible pour certains consommateurs et ont endossé le concept Ecofeed dans l’alimentation des vaches, visant à diminuer l’empreinte carbone de leur production laitière. Ils ont acheté des terres, passant de 121 hectares cultivables en 2006 à 329 ha, en plus de louer une centaine d’hectares pour rentabiliser leurs équipements. Ils misent sur le soutien de leurs conjointes, Emmanuelle et Andréanne, ainsi que sur la participation grandissante de leurs enfants dont plusieurs s’orientent vers des études ou des emplois liés à l’agriculture. Les frères Laroche ont des projets de biométhanisation, de valorisation de résidus miniers, de production avicole et de pratiques agroécologiques avancées.

La reine des reines
Avec son entreprise Rayons de miel, située à Saint-Adrien-d’Irlande, dans la région de Chaudière-Appalaches, Maggie Lamothe-Boudreau demeure une pionnière dans la production d’abeilles reines. En 2014, elle fonde son entreprise, poussée par sa passion pour les abeilles et sa formation en agronomie. Ce qui n’était au départ qu’un modeste passe-temps, c’est-à-dire produire un peu de miel pour ses proches, est rapidement devenu une aventure entrepreneuriale. Elle s’est impliquée au sein de la Fédération des apiculteurs du Québec où elle a pris conscience de la dépendance aux importations de reines et de la fragilité des colonies d’abeilles québécoise. Sans terr, ni bâtiment, avec seulement 16 ruches, elle a démarré son entreprise chez d’autres agriculteurs, pour ensuite développer un projet d’élevage de reines locales, adaptées au climat québécois. En 2019, elle devient entièrement propriétaire de sa production. Son entreprise a ensuite connu une croissance remarquable atteignant 700 ruches, six employés saisonniers et plus de 5 000 reines produites annuellement. Les défis n’ont pas manqué : en 2022, une perte de 66 % de son cheptel met son entreprise à rude épreuve, suivi en 2023 d’actes de vandalisme. Elle s’est toutefois relevé les manches et a terminé 2025 avec une production de près de 7 000 reines. Maggie contribue à l’avancement scientifique de son domaine en participant à plusieurs projets de recherche sur la résistance des abeilles à l’hiver, de même que des projets sur la sélection génétique, notamment avec l’Université Laval. Elle envisage l’avenir avec confiance en optimisant ses infrastructures, en diversification les produits et en valorisant ce métier au féminin.