L’éleveur ovin Marc-Antoine Roy et sa conjointe, Karine Fortier, propriétaires des Bergeries Malvibois et Newport, à Sawyerville, en Estrie. Photo : Gracieuseté des Bergeries Malvibois et Newport
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S'abonner maintenantUn producteur ovin de l’Estrie s’est retrouvé avec un important surplus d’agneaux lourds dans ses parcs d’engraissement au cours des derniers mois, sans possibilité de les écouler vers les abattoirs.
« Ce n’est jamais arrivé en 15 ans », affirme Marc-Antoine Roy, copropriétaire des Bergeries Malvibois et Newport, à Sawyerville. L’éleveur est l’un des plus gros producteurs ovins de la province, avec une production de près de 4 800 agneaux lourds et légers en 2025. « Normalement, on sort les mâles à 55-60 kg. Là, je me suis retrouvé avec des agneaux de 70-75 kg », illustre-t-il en entrevue avec La Terre, le 5 janvier.
L’éleveur dit avoir perdu beaucoup économiquement en coûts d’alimentation avec des animaux de plus en plus lourds et gourmands. Il évalue ses pertes de 20 $ à 30 $ par carcasse, puisqu’il est payé selon le nombre d’animaux livrés à l’abattoir, et non selon leur poids.
Un système mis à l’épreuve
La production d’agneaux lourds est gérée par Les Éleveurs ovins du Québec (LEOQ), qui répartissent le nombre de contrats de production parmi les éleveurs en fonction de la demande des acheteurs, laquelle est révisée annuellement. Malgré la stabilité offerte par ce système, des agneaux lourds sont toujours produits en surplus, indique l’éleveur Marc-Antoine Roy. « C’est pour ça que ça refoule, car il faut souvent en envoyer plus que le nombre prévu à notre contrat. À un moment donné, on n’a pas le choix, car on ne peut pas arrêter [les brebis] de produire. Et l’encan [pour le marché de l’agneau léger], c’est en bas de 80 livres [36 kg], donc on ne peut pas les envoyer là », précise-t-il.
Dans les dernières années, ces agneaux lourds produits en surplus des contrats, qui sont affichés en ventes dites hebdomadaires, s’écoulaient facilement, puisque la demande des acheteurs excédait toujours l’offre des producteurs. Or, en 2025, cette situation s’est renversée, rendant cet écoulement plus complexe et mettant à l’épreuve les stratégies habituelles de LEOQ, a résumé Jimmy Lapointe, président de l’organisation, dans une entrevue accordée à La Terre après l’assemblée générale annuelle des producteurs, lors de laquelle le problème avait initialement été soulevé. Pour remédier à cette situation exceptionnelle, LEOQ a conclu, dans les derniers mois, une entente d’approvisionnement ponctuel avec un acheteur ontarien pour écouler, selon un prix fixe, une partie des surplus. Ceci a permis de diminuer la pression sur les élevages, tout en évitant d’inonder le marché ontarien d’agneaux lourds québécois, ce qui aurait pu influencer les prix à la baisse. Cette stratégie pourrait être réutilisée si la situation se répète dans l’avenir, a laissé entendre M. Lapointe.
Le problème des agneaux en attente a de plus été accentué par une faille découverte dans un système informatique de gestion de la production, implanté il y a deux ans, mais qui n’avait pas encore été testé dans ce genre de situation, a ajouté le président.
Selon lui, plusieurs autres producteurs ont été touchés par le problème, mais l’incidence a été plus flagrante dans les bergeries de M. Roy, « en raison de son plus grand volume de production », a-t-il soutenu.
En parallèle, la demande des acheteurs québécois, qui a retrouvé sa vigueur en 2026, a contribué à accélérer l’écoulement d’une grande partie des agneaux en attente dans l’élevage de M. Roy, qui entrevoit un retour à la normale dans les prochaines semaines.